VIDEO Les mandarines oranges et clémentines de l’UDF



…Il se plaignait en ronchonnant que je n’étais, pas venu depuis longtemps, qu’on l’abandonnait;

il m’offrait un massepain ou une mandarine, nous traversions un salon dans lequel on ne s’arrêtait jamais, où on ne faisait jamais de feu, dont les murs étaient ornés de moulures dorées, les plafonds peints d’un bleu qui prétendait imiter le ciel et les meubles capitonnés en satin comme chez mes grands-parents, mais jaune; puis nous passions dans ce qu’il appelait son cabinet de “travail”;

aux murs duquel étaient accrochées de ces gravures représentant sur fond noir une déesse charnue et rose conduisant un char, montée sur un globe, ou une étoile au front, qu’on aimait sous le Second Empire parce qu’on leur trouvait un air pompéien, puis qu’on détesta, et qu’on recommence à aimer pour une seule et même raison, malgré les autres qu’on donne, et qui est qu’elles ont l’air Second Empire.

Combray, Marcel Proust

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MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - TEXTE INTEGRAL EN LIGNE









  1. 2 Responses to “VIDEO Les mandarines oranges et clémentines de l’UDF”

  2. By bienvenu on Apr 16, 2007

    Congo-Brazzaville : Les législatives de 2007, des élections à haut risque.

    Depuis l’annonce par le gouvernement de la « date officielle » des futures élections législatives au Congo, quand vous arrivez à Brazzaville, c’est l’effervescence, sous une chaleur torride. Pas étonnant quand on sait qu’à Brazzaville les débats sur l’organisation des élections et le partage du pouvoir ont toujours été omniprésents, ce qui contraste d’ailleurs fortement avec l’absence presque totale de vision à long terme du développement et des questions économiques. Il faut dire que, par essence, ce petit pays d’Afrique subsaharienne s’est toujours singularisé par ses contrastes et ses paradoxes difficilement compréhensibles qui laissent perplexes tous les analystes économiques. Producteur actif de pétrole depuis 1972, et quatrième producteur d’Afrique après le Nigéria, l’Angola et le Gabon, le Congo compte, paradoxalement, parmi les pays les plus pauvres et les plus endettés de la planète, à tel point qu’il est souvent considéré, non sans ironie d’ailleurs, par nombre d’observateurs internationaux comme « un cas à part ». En effet, en l’absence de conscience nationale forte et de distinction entre l’intérêt général et les intérêts particuliers, les inquiétants phénomènes de la corruption et de l’impunité généralisées laissent libre cour à toutes sortes de déviances sociales dans ce pays, ce qui a contribué à réduire l’Etat au rôle de ‘‘vache à lait’’ au service des seuls dignitaires du pouvoir, leur famille et leurs proches ; une attitude indigne qui porte un coup supplémentaire aux perspectives déjà très faibles de développement du pays. Par ailleurs, l’ethnocentrisme poussé à son paroxysme a engendré un fanatisme aveugle et un esprit partisan unique au monde, et l’ouverture de la scène politique aux jeux d’influences régionales, commerciales et internationales qui ont interrompu une expérience de démocratisation déjà exténuée.

    Le Congo (Brazzaville), ce petit pays d’Afrique équatoriale de moins de 3 millions d’habitants, au sol et au sous-sol infiniment riches, riche en pétrole et en bois, avait pourtant tout pour réussir. Mais seulement voilà, comme si ce pays portait une tare congénitale, de génération en génération, les années passent et l’histoire se répète. Et frappées par cette malédiction séculaire, les Congolais passent constamment de l’espoir à la désillusion. Résultat : en 2007, soit près d’un demi-siècle après son « indépendance », le constat est sans appel : ‘‘depuis l’indépendance les gouvernements successifs du Congo n’ont pas réussi à traduire le riche potentiel économique du pays en une amélioration sensible des conditions de vie de la majorité des congolais’’. Bien que doté de ressources naturelles, parmi lesquelles de significatives réserves pétrolières et d’abondantes ressources forestières, le Congo, notre pays, n’a pas réussi à convertir ses avantages potentiels en avancements mesurables en termes de développement humain, ni en une amélioration substantielle des indicateurs sociaux. Les intérêts particuliers priment toujours au détriment de l’intérêt supérieur du pays. 70 % des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’un dollar US par jour, le chômage touche plus des deux tiers de la population active et les jeunes représentent plus de la moitié des chômeurs. Or cette question de l’emploi est une préoccupation qui dépasse de cent coudées les considérations d’ordre politique, et la lutte contre ce fléau doit être considérée comme une priorité absolue. Le chômage, faut-il le rappeler, provoque chez les personnes concernées un sentiment d’exclusion sociale et porte un coup à l’estime de soi.

    Recettes pétrolières en très forte hausse, revenus tirés de la vente du bois également en forte hausse (faute de contrôle sérieux de ce secteur, ceux-ci sont vraisemblablement sous-estimés et seraient actuellement de l’ordre de 30 milliards de francs CFA relevant essentiellement des taxes dites de superficie, de déboisement, d’abattage et des taxes des ventes de bois sur pieds, qui sont reversées au Trésor Public sous forme de chèque libellé au nom du directeur du Trésor Public. La part de la filière bois et forêt dans le produit intérieur brut (PIB) reste donc très marginale, soit environ 5 % du PIB contre 10 % dans les années antérieures à l’exploitation du pétrole dans notre pays. C’est dire qu’aujourd’hui, la forêt, deuxième pilier de l’économie congolaise, ne contribue que faiblement à l’effort du développement du pays). Cependant, en dépit de ces augmentations conjuguées des revenus du pétrole et du bois, on assiste paradoxalement à des phénomènes qui sont difficilement explicables d’un point de vue de l’analyse économique : fort endettement extérieur et intérieur, recours accru au préfinancement sur fonds de pétrole gagé, de nombreuses coupures budgétaires, absence d’investissements productifs, faible pouvoir d’achat des ménages, inflation galopante, absence d’électricité et d’eau courante, systèmes sanitaire et éducatif en panne (à l’hôpital, il n’y a pas de médicaments et à l’école, les enfants sont assis par terre faute de tables bancs). Bref, une interminable et très longue « série noire » qui fait froid dans le dos. Celle-ci trouve son explication sans doute dans la gestion catastrophique de ces revenus tirés de la vente du pétrole et du bois.

    C’est donc sur fond de crise de confiance profonde que les Congolais s’apprêteraient à aller aux urnes ; enfin, si élections il y a. Dans ces conditions, même si le gouvernement veut éviter à tout prix que le bilan désastreux du mandant qui s’achève soit au centre du débat, c’est raté. Les élections parlementaires de 2007, si elles ont lieu, vont tourner inévitablement autour de la mal gouvernance, de la corruption, de l’impunité, et bien évidemment sur la colossale dette extérieure et les déficits budgétaires inexpliqués. Jamais une fin de mandat n’a été aussi difficile et un gouvernement n’a été aussi impopulaire.

    En effet, nombreux sont aujourd’hui des électeurs traditionnels du parti au pouvoir qui se sentent trahis et qui considèrent que même si le gouvernement et les députés sortants de l’actuelle majorité parlementaire multiplient des gestes d’attention en leur direction à la veille des élections, cela est un peu tard peut être pour convaincre l’opinion publique et les militants de base de leur donner à nouveau une chance.

    En réalité il n’y a pas que le bourbier de la mégestion qui déchaîne l’ire des électeurs traditionnels du parti au pouvoir. Ils reprochent aussi au gouvernement les dissensions internes au niveau du parti, le clivage ‘‘conservateurs - refondateurs’’ qui a écorné sérieusement l’image de ce parti, sans oublier l’arrogance et les frasques financières de certains dignitaires qui ont fait preuve de mépris à leur égard et que le parti a toujours couvertes. En clair, il y a comme une sorte de perte de confiance de la part de ces électeurs car ils ont de plus en plus le sentiment qu’au niveau du parti, bien qu’ils s’en défendent, les « refondateurs » cherchent une porte de sortie. Le gouvernement et les députés sortants de l’actuelle majorité doivent donc se préparer au pire car de nombreux sièges restent vulnérables notamment dans la partie sud du pays. Plus stupéfiant encore, le nord, forteresse PCTiste qui semblait inexpugnable, pourrait également basculer du fait de ce profond déchirement interne. Et même si le gouvernement espérait encore remobiliser son électorat en agitant une fois de plus le spectre de la guerre civile et de l’insécurité, ce n’est pas gagné. C’est dire que la sortie de crise ne sera pas facile pour le gouvernement et la majorité sortante qui est aujourd’hui totalement éclatée au point où certains députés évincés non contents menacent clairement d’aller aux élections en rangs dispersés. Ce n’est donc pas gagné d’avance, même en arrosant à coups de millions de francs CFA.

    Dans ces conditions, il est évident que si des élections libres et transparentes devaient être organisées, l’opposition aurait de fortes chances de rafler la majorité des sièges au parlement. Avec un terrain aussi bien préparé par un gouvernement, il faut bien le dire incompétent, qui n’aura pas facilement su apporter au peuple « la nouvelle espérance » tant promise, pour gagner, il suffirait donc à l’opposition de faire preuve de réactivité et de pragmatisme pour creuser davantage l’écart et consolider son ‘‘capital sympathie’’ dont elle jouit auprès d’une population amère et profondément déçue. L’opposition n’aura même pas besoin de dresser ce tableau noir de la gestion des ressources du pays pour convaincre tant le ras-le-bol est général.

    Face à cette réalité qui ne lui est guère favorable, et sous la pression de plus en plus insistante, y compris de son propre camp, le gouvernement est finalement obligé de mettre une sourdine à la rhétorique triomphante et faire des ‘‘ajustements tactiques’’. Résultat : on assiste aujourd’hui à un blocage du processus électoral sur une question pourtant simple mais capitale de la mise en place ou non d’une commission électorale indépendante.

    Sans préjuger des analyses à venir sur les conditions dans lesquelles le régime actuel mis en place en décembre 1997 après la guerre civile qui a endeuillé la quasi-totalité des Congolais, risque définitivement de perdre la face, il convient de revenir ici sur le scénario de sortie de transition qui amène le système politique congolais à la veille de ces périlleuses “ secondes élections ” de l’après guerre. Ce faisant, cette analyse ne vise pas à fournir des éclairages nouveaux mais s’assigne un but particulier. Il s’agit de situer l’expérience congolaise actuelle dans la comparaison, c’est-à-dire de comprendre sa spécificité au regard de ce qui est désormais connu d’autres expériences ressemblantes opérées dans ce pays, notamment entre 1990 et 1997.

    Comme nous l’avons vu, au Congo on achève mal les transitions. Comme en 1990, la crise transitionnelle congolaise actuelle passe par un mode de conflit réaliste, où les sentiments diffus de frustration et d’hostilité sont canalisés dans la négociation de changements concrets. Il convient donc de comparer quelques traits pertinents de la transition actuelle tel que les mettent en lumière les expériences comparables qui se sont déroulées dans ce pays au début des années 1990. Cette analyse incite à réviser les diagnostics qui ont pu être émis à chaud.

    Quand on revient sur la genèse de la conjoncture économico sociopolitique de 1990 et qu’on y établit un rapprochement avec la conjoncture actuelle, on constate que le déclenchement et même le déroulement de nombreux épisodes de la transition au Congo (Brazzaville) présentent, du point de vue de la stratégie des acteurs, les caractéristiques d’une crise qui peut pourtant être résolue par la négociation. Cette situation évoque celle du conflit réaliste dans lequel les protagonistes orientent leurs coups en vue d’atteindre un objectif précis ; la satisfaction de cet objectif éteignant l’hostilité. Plus précisément, elle conduit à une nouvelle répartition de l’optimisme et du pessimisme. De l’optimisme, il y en a probablement eu trop au sortir de la conférence nationale et même encore à l’issue du processus électoral, en Août 1992.

    En effet, alors qu’après dix années sombres marquées par une série de guerres civiles à répétition et particulièrement meurtrières (1993 à 1999), on nous avait dit « plus jamais ça », aujourd’hui encore, nous assistons à des données de la conjoncture critique, avec des nombreux indices d’un conflit réaliste. Promesses non tenues des autorités en place, frustrations des uns et des autres, bref ; les mêmes causes produisant les mêmes les effets, le pays se prépare inéluctablement à sombrer de nouveau dans des hostilités à cause de l’épineuse question de la mise en place ou non d’une commission électorale indépendante. Une question pourtant simple et dont la réponse est évidente dans une démocratie, mais qui devient visiblement un goulot d’étranglement au Congo.

    Et pourtant, comme 1990, tout avait bien commencé. Voici par exemple ce que les observateurs extérieurs disaient du Congo en 1992 : Le Congo (Brazzaville) est l’un des 16 pays africains qui ont connu une transition démocratique conclue par des élections et l’alternance au pouvoir (un nouveau parti : UPADS et un nouveau président : Pascal Lissouba). Ces seuls critères lui permettaient de figurer dans la catégorie avantageuse des expériences de « transitions achevées » où il se retrouvait en compagnie de pays tels que le Bénin et la Zambie, ou encore le Mali et le Malawi. Ces mêmes critères le distinguaient d’autres pays dans lesquels le processus a été contrôlé, et le plus souvent manipulé, par les dirigeants du régime autoritaire antérieur qui se s’étaient offerts un sacre “ démocratique ” en recourant à des élections fabriquées et à l’intimidation de l’opposition. A la fin de 1994, une douzaine de pays, comme le Burkina-Faso ou le Kenya, correspondaient à ce type de transition “ imparfaite ”. Ailleurs, des transitions s’enlisaient comme au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo – RDC) ou étaient sèchement interrompues comme au Nigéria.

    Mais, alors que les observateurs extérieurs classaient un peu vite le Congo dans la colonne des “ transitions achevées ” parce qu’il y avait eu alternance au sommet, il semble que le terme de “ transition escamotée ”, utilisé par un auteur congolais du nom de Menga, résume une appréciation plus judicieuse… quels que soient les motifs qui ont pu le porter à dresser un tableau critique de cette transition.

    En effet, à la fin de 1996, comme en cette période 2007-2009, les Congolais se préparaient - dans une anxiété non dissimulée - à affronter l’épreuve des secondes élections présidentielles concurrentielles qui, faute d’assurer la consolidation d’une transition déjà incertaine, auraient pu prolonger la survie d’un régime conçu pour succéder à trois décennies d’autoritarisme néo-patrimonial. Quelques mois plus tard, l’engagement total des forces partisanes dans la guerre civile et l’ouverture de la scène politique aux jeux d’influences régionales, commerciales et internationales ont interrompu une expérience de démocratisation déjà exténuée.

    Aujourd’hui encore, l’espoir semble tourné en dérision : « 2007, nous ne l’avons pas oublié, est aussi une année électorale. Elle nous impose, pour cela, le défi d’une saine compétition démocratique qui doit affirmer notre maturité politique et notre dignité. Nous devons relever ce défi, en faisant toujours, prévaloir l’intérêt supérieur de la nation. Notre devoir et notre intérêt sont dans l’espérance d’un Congo uni, stable et moderne, scrutant les lointains horizons et visant les hautes cimes ».
    « La responsabilité incombe à nous tous, de préparer, convenablement, ces futures consultations, afin que, le moment venu, toutes les forces vives de la nation, dans la nécessaire diversité, s’y engagent, dans le scrupuleux respect républicain des règles démocratiques et des fondements de l’Etat de droit. Une démocratie apaisée, dans un Congo uni, tel a, toujours, été et sera mon combat … ». Ces belles paroles, pleines de sagesse, qui résonnent encore dans l’esprit de chaque Congolais et de chaque Congolaise sont du Président de la République lui-même. Pourtant les Congolais sont aujourd’hui interrogatifs quant à la traduction de ces bonnes intentions en des faits réels.

    Une chose est sûre, tout ce qui se passe aujourd’hui autour de cette question de la mise en place ou non d’une commission électorale indépendante apparaît clairement comme un signe avant-coureur des événements tragiques auxquels nous avons pu assistés au cours de la première transition démocratique (1990 à 1997). Et, si d’ici-là rien n’est fait, comme en 1997, les adeptes d’une paix durable au Congo risquent très vite de déchanter. Les Congolais, tous autant que nous sommes, par notre mutisme, ainsi que toute la communauté internationale par son inaction, nous porterons, comme lors des dérives tragiques de la dernière décennie, une responsabilité historique. Notre capacité d’amour nous invite donc à sortir de l’ombre et nous fait protester contre un sort absurde et cruel. Nous ne pouvons nous résigner à assister indifférents à la souffrance de tous ces enfants, de toutes ces femmes et de tous ces hommes. Nous devons avoir le courage de l’amour et de la tendresse, et notre sensibilité humaine nous suggère un acte de la plus exquise délicatesse à l’égard de ce peuple meurtri. Nous demandons à l’Union européenne et à l’ensemble de la Communauté internationale de ne pas tomber dans la facilité des raisonnements froids et secs, de laisser de coté le moralisme et les arrière-pensées, les préjugés souvent aveugles devant ces visages défigurés par la souffrance. Face à la dérive totalitaire et à l’horreur de la dictature, nous devons tous accomplir le geste de chaque jour de ceux qui savent s’arrêter devant la souffrance d’autrui, qui brisent le cercle de l’indifférence, qui savent compatir à l’épreuve des autres.

    En face de la souffrance des enfants, des femmes et des hommes, livrés à la mort la plus ignominieuse, d’abord éviter les discours. Pas de paroles de circonstance, fausses, hypocrites, vides et irritantes, mais une vraie compassion. Finies ces paroles de vent. Nous comptons sur un véritable élan international pour approcher ces enfants, ces femmes et ces hommes souffrants avec délicatesse, respect et pudeur. L’amour est fait de gestes concrets, pas seulement de bons sentiments. Ces gestes qui aident les autres à porter leur croix dans la maladie, la faim, l’injustice, l’exclusion, la solitude, la pauvreté, l’abandon. Le poids des humiliations est devenu écrasant et la perspective de ce qui les attend est terrifiante. La communauté internationale devrait voir avant tout, leurs incertitudes, leur enthousiasme refroidi, leur faiblesse. Nous devons être solidaires de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes, privés des droits les plus élémentaires et qui sont tentés de se laisser aller, de tomber dans le découragement ou la résignation stérile.

    C’est pourquoi nous demandons aux élites politiques congolaises de tous bords de faire preuve de lucidité et de sagesse afin que la logique de totalitarisme qui est l’origine de l’hostilité entre nos communautés quitte progressivement le registre de l’affrontement catastrophique attendu pour se résoudre dans une négociation globale concernant une nouvelle répartition du pouvoir et de la richesse. C’est selon nous, la seule issue qui permettra à l’actuelle transition congolaise d’échapper à la violence physique à l’issue du cycle électoral de renouvellement des autorités (2007 à 2009). Tant que la négociation globale d’une nouvelle répartition du pouvoir sera encore ouverte, tant qu’il n’y aura pas eu d’assassinat d’opposants et que l’armée restera neutre, nous somme convaincus que la démocratie survivra au Congo. Les autorités congolaises ne doivent pas oublier que les seuls fondements du compromis démocratique sont le partage des pouvoirs et l’alternance politique. La survie du régime pluraliste est à ce prix.

    Bienvenu MABILEMONO
    Diplômé de l’université Paris Dauphine

  3. By bienvenu on Apr 16, 2007

    Congo (Brazzaville) : un retour à la démocratie qui s’annonce difficile
    Comme ce fut malheureusement le cas en 1996/1997, l’approche des échéances électorales place à nouveau le Congo (Brazzaville) dans une zone de turbulence et fait planer une nouvelle fois le spectre d’une guerre civile. En effet, le refus obstiné du gouvernement de mettre en place une commission électorale indépendance, et ce malgré une pression de plus en plus insistante, y compris de son propre camp, déchaîne l’ire de l’opposition et de la société civile, qui considèrent que dans ce contexte préélectoral de plus en plus inquiétant, une vie politique sereine devient impossible. Sur toutes les questions électorales (celle relative à la commission électorale indépendante, au nouveau découpage électoral, aux résultats du recensement ou à l’absence de cartes d’identité), comme sur toutes les questions qui touchent à la vie économique et sociale, le gouvernement a semble-t-il choisi le passage en force en prônant le statu quo. Face à cette obstination du gouvernement à vouloir passer outre les dispositions constitutionnelles, les partis de l’opposition, mais aussi d’autres pourtant proches de la majorité réclament en vain le respect de la Constitution et ils y voient une manœuvre machiavélique qui vise à donner une majorité non méritée au pouvoir en place. Le statu quo est devenu le concept à la mode au Congo, après tout on ne change pas une équipe qui gagne nous dira-t-on. Or cet autisme du gouvernement n’est pas de nature à favoriser le dialogue politique dans ce pays. Comme nous pouvons le voir, il se pose également aujourd’hui la question de la légitimité de l’actuelle Constitution qui est constamment bafouée, et l’on peut se demander s’il est judicieux d’entrer dans une nouvelle législature avec une Constitution que personne ne respecte.
    Face à toutes ces incertitudes, nombreux sont aujourd’hui les hommes politiques qui craignent de futures élections, certains n’hésitant pas à dire que l’organisation d’élections signifierait le retour de la guerre civile. Ce constat pourrait être considéré comme un moyen de conserver le pouvoir le plus longtemps possible s’il ne venait que des milieux les plus proches du pouvoir. Or au contraire, le gouvernement est le seul qui se dit prêt pour des élections. Toutefois, la crainte de l’organisation de ces dernières ne vient pas seulement des partis qui sont plus éloignés du pouvoir, ce qui signifie que ce constat n’est pas seulement fondé sur des considérations d’opportunisme. C’est dire que c’est dans une anxiété non dissimulée que les Congolais se préparent à affronter cette épreuve des élections législatives (2007) et présidentielles (2009).
    Dans ce pays où la division ethnique du paysage politique est une donnée qu’il serait vain de nier et où la politique est devenue un enjeu de rapport de forces entre ethnies et d’enrichissement personnel, le recours à la force apparaît souvent comme le seul moyen d’assurer l’alternance politique. Par conséquent, la vie politique dans ce pays reste gangrenée par des affrontements perpétuels, qui rendent tout à fait illusoire l’enracinement de la démocratie. Pourtant, les carences béantes d’un pays dont les potentialités sont si grandes exigeraient un effort sans précédent pour sortir du sous-développement. Le Congo a la chance d’avoir une population peu nombreuse, des ressources naturelles - pétrole bien sûr, mais aussi le bois, encore trop peu exploité -, un approvisionnement en eau abondant… Pourtant, les handicaps au redémarrage économique du pays sont nombreux : la culture du collectivisme est bien ancrée dans les mentalités et il reste à construire un véritable secteur privé, en dehors des entreprises étrangères. De plus, les infrastructures sont dans un état déplorable. Cette situation est d’autant plus inquiétante que la rente pétrolière ne sera pas éternelle, ce dont personne ne semble se rendre compte à Brazzaville. En effet, la production pétrolière au Congo se limite depuis 2001 à des révisions marginales périodiques des réserves déjà découvertes. D’après les experts, si aucune nouvelle découverte n’intervient d’ici 2015/2020, et à production constante, quinze ans suffiront à l’épuisement des réserves prouvées du Congo. Selon l’agence internationale de l’énergie (AIE), les réserves prouvées, c’est-à-dire récupérables et exploitables à un prix acceptable avec une probabilité de 90 %, sont en constante diminution.
    Devant ce nouveau blocage du processus démocratique, nous pensons qu’il est tout à fait légitime de demander aux différents candidats à l’élection présidentielle française de faire entendre raison aux autorités de Brazzaville afin de débloquer la situation. En effet, bien que cet aspect relève de la seule vie politique congolaise, nous pensons cependant que la France a un rôle central à jouer dans la conjoncture critique actuelle qui présente du reste de nombreux indices d’un conflit latent. Il est du devoir de la France d’aider le Congo dans l’organisation des ces futures élections à haut risque afin de lui permettre de réussir cette deuxième transition démocratique.
    Nous sommes parfaitement conscients que d’aucuns pourront nous reprocher le fait de solliciter l’aide de la France d’autant que tout discours d’attachement à la France est rarement perçu comme neutre politiquement, il comporte une part importante de volonté d’instrumentalisation. Car à tort ou à raison, chacun pense que pour exister sur la scène politique congolaise, l’appui de la France est indispensable. En effet dans ses relations avec l’ancien colonisateur, le Congo ne met jamais en avant le principe de la non-ingérence dans ses affaires domestiques. A l’inverse, c’est bien souvent les Français qui rappèlent aux Congolais qu’ils sont indépendants et qu’il est impossible à la France de jouer le rôle qu’ils voudraient qu’elle joue.
    Quoiqu’il en soit, les anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne ont généralement conservé des liens très forts avec la France. Au Congo, ce phénomène est particulièrement développé, il revêt non seulement un caractère politique et économique mais aussi un aspect plus sentimental. Ainsi, au Congo, la France occupe une place qui reste privilégiée. Les Congolais n’oublient en effet pas que Brazzaville, qui n’a pas été rebaptisée à l’indépendance, a été la capitale de l’Afrique équatoriale française et surtout, en 1940, celle de la France libre. La dévotion à la personne du Général de Gaulle reste d’ailleurs très forte. Il y a donc ce sentiment non seulement d’amitié entre les deux pays, mais d’une histoire commune qui n’est pas du tout reniée, bien au contraire. Même si la France est parfois critiquée pour ne pas répondre suffisamment aux appels des Congolais, elle reste une référence, toujours citée et encore admirée. La présence française au Congo reste d’ailleurs considérable. Sur le plan économique, la France est de loin le premier partenaire commercial du pays, lui fournissant environ un tiers de ses importations. Mais surtout, les entreprises françaises au Congo, qui sont au nombre d’une centaine, voire davantage, représentent plus de la moitié de la masse salariale de l’ensemble du secteur privé. Sur un autre plan, en l’absence de structures étatiques dans le domaine culturel et artistique, la vie culturelle du pays repose largement sur l’activité des deux centres culturels français du pays. Enfin, en dépit des années de guerre civile, la communauté française reste forte, elle s’élève à environ 4000 ressortissants contre 5000 en 1997.
    A ceux qui seraient tenter d’opposer le « double refus de l’ingérence et de l’indifférence », nous disons simplement que compte tenu de la place particulière de la France au Congo, il est particulièrement difficile pour la France de ne pas mettre en oeuvre une attitude équilibrée face aux drames que pourra connaître à nouveau le Congo. Si la France prend des initiatives d’aider le processus démocratique au Congo, cela ne pourra être que louable et tout à son honneur ; une indifférence de la France dans le contexte actuel sera en revanche considérée comme un abandon ou du moins sera mal interprétée, et elle sera accusée de jouer le jeu d’un régime autocratique.
    La nouvelle politique africaine de la France, que l’on peut résumer par la formule « ni ingérence, ni indifférence » trouve là un intéressant terrain d’expérimentation, même s’il est vrai qu’atteindre l’équilibre que suppose cette politique est en effet très difficile. Il convient de rappeler qu’après la guerre civile qui avait mis fin au processus démocratique dans ce pays, contrairement à la grande majorité de la communauté internationale, la France avait en effet fait le choix de faire confiance au nouveau régime de M. Sassou Nguesso lorsqu’il est revenu au pouvoir en 1997. Certes elle avait réduit sa coopération, mais elle était restée, presque seule, présente au Congo, ce qui a pu être interprété politiquement. Car une autre option avait été prise par beaucoup d’autres pays tels que l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis par exemple, et par les organisations multilatérales, qui ne voulaient pas accepter le fait accompli et conditionnaient la reprise de relations normales à des efforts sur le plan du retour à la démocratie. Sans doute cette position tout à fait compréhensible pouvait difficilement être reprise par la France, bien plus impliquée au Congo. Et sans doute la complexité de la situation que nous avons pu observer et l’unanimité qui existe sur l’impérieuse nécessité d’en finir avec la violence politique et de reconstruire le pays avaient conduit la France à accepter de travailler avec le nouveau régime, bien que celui-ci soit arrivé au pouvoir par les armes et avec l’appui de troupes étrangères, angolaises.
    Incontestablement, la politique menée par la France dans cette période trouble était risquée et une dégradation de la situation aurait pu valoir à la France des critiques fortes. Cependant nous pouvons dire que la France avait fait le choix de ne pas abandonner un pays ami dont tout le monde se désintéressait, à la différence par exemple de son gigantesque voisin, la République démocratique du Congo (RDC). Ainsi, le rôle de la France pour sortir le Congo de son isolement diplomatique est reconnu. Ce soutien a eu des conséquences concrètes : la France s’est ainsi fait l’avocat du Congo auprès du FMI et de la Banque mondiale qui ont repris leurs relations avec Brazzaville, notamment par l’adoption d’un programme post-conflit le 17 novembre 2000. De même, au plan européen, avec la reprise par la Commission européenne de ses programmes d’infrastructures sur financement Fonds européen de développement (FED) et son appui au processus électoral de 2002. Enfin, la coopération bilatérale entre les deux pays, centrée depuis 1997 sur la reconstruction des structures du pays, notamment dans le domaine juridique, est très appréciée. Ainsi, la France a participé à la consolidation de l’Etat de droit (justice, police, gendarmerie), qui contribue à la sécurisation générale, de même que la coopération militaire, par des actions de formation, fondamentale dans un pays où l’absence de véritable armée nationale a été à l’origine de tant de drames. En outre, dans le contexte d’une situation humanitaire particulièrement préoccupante, la France a mené une action appréciée en faveur des conditions de vie des populations (santé publique…). Bref, l’amélioration de la situation, la réintégration du pays dans la communauté internationale - la reprise des relations diplomatiques avec les Etats-Unis est très révélatrice à cet égard - montrent que l’attitude de la France était probablement la bonne.
    Mais seulement voilà, aujourd’hui, comme nous avons pu l’observer, au Congo tout le monde craint l’organisation des élections et estime qu’elles ne seront possibles que lorsque le gouvernement acceptera de jouer pleinement la transparence qui s’impose à toute démocratie. Dans ce contexte, abandonner le Congo aurait pour conséquence de l’enfoncer un peu plus dans le désordre, voire dans une nouvelle la guerre civile. Et quand on sait que c’est ce même régime qui a bénéficié du soutien de la France contre la volonté du reste de la communauté internationale ? Que pourra-t-on dire de la France si elle n’exige pas aujourd’hui la tenue d’élections libres et transparentes à ce régime qu’elle a soutenu seule envers et contre tous, après une prise de pouvoir par les armes ? Est-il possible d’organiser des élections justes et dignes de ce nom alors même que les électeurs n’ont pas de cartes d’identité ? N’est-ce pas là un processus contrôlé et manipulé par les dirigeants d’un régime autoritaire désireux de s’offrir un sacre démocratique en recourant à des élections fabriquées et à l’intimidation ? Cette « victoire programmée » n’explique-t-elle pas l’attitude arrogante du gouvernement qui affiche un optimisme à toute épreuve ? C’est vrai qu’hier les chefs d’Etat qui ont agi ainsi n’ont guère vu le ciel leur tomber sur la tête, comme l’a si bien rappelé le président de la République lui-même dans son interview devenue désormais tristement célèbre accordée récemment au journal jeune afrique. Ceci explique cela. C’est vrai aussi que nous sommes face à « un peuple paupérisé qui marche à l’argent ». Un ventre affamé n’a point d’oreille ! Mais ce peuple n’est pas dupe, il est parfaitement conscient que cette paupérisation est volontaire et qu’elle est la preuve fragrante de la perversion machiavélique légendaire de ce régime qui a toujours considéré l’argent comme le principal nerf de la guerre. Ce régime utilise cette stratégie pour mieux tenir le peuple et toute la classe politique. Nous sommes donc en présence d’un « gouvernement de la paupérisation du peuple et de la domination par l’argent volé ». Alors question : la France qui vit aujourd’hui un changement générationnel de sa classe politique est-elle prête à soutenir ces pratiques d’un autre âge quand on sait que dans le même temps tout le monde demande aux Africains de rester chez eux ?
    Bienvenu MABILEMONO

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