Qu’une femme se raconte…


Dans les Carnets des Mémoires d’Hadrien, de Yourcenar:

“La vie des femmes est trop limitée, ou trop secrète.

Qu’une femme se raconte, et le premier reproche qu’on lui fera est de n’être plus femme.

Il est déjà assez difficile de mettre quelque vérité à l’intérieur d’une bouche d’homme.”
(page 329)

Tête d’Aphrodite

Lucien SCHNEGG

Marguerite Yourcenar contre les jeux de grâce et les ouvrages des femmes, la routine épaisse et comme onctueuse de la vie de famille


Complément au sujet précédent, et réponse au commentaire d’Henri Alberti sur “le cercle étroit des femmes”:

Chez Simone Proust, dans L’autobiographie dans Le Labyrinthe du Monde de Marguerite Yourcenar (L’écriture vécue comme exercice spirituel. Portraits féminins, page 75):

“Ces femmes à qui suffira toute leur vie leur petite ville” incarnent aux yeux de Yourcenar l’esprit borné et l’étroitesse du milieu féminin, cantonné dans “les jeux de grâce et les ouvrages”, la préparation des repas solennels, “la routine épaisse et comme onctueuse de la vie de famille”: tout ce à quoi elle est bien décidée à échapper:

“Pourquoi les femmes s’enferment-elles si souvent dans leur petit monde étroit, prétentieux, pauvre ?

(Je pense à la phrase que je fais employer à Hadrien: “Je retrouvais le cercle étroit des femmes, leur dur sens pratique, et leur ciel gris dès que l’amour n’y joue plus.”)

Je pense que c’est en partie au misérable petit égoïsme de la dame très bien qui sent la lavande et s’offre une petite vie “harmonieuse” que nous sommes redevables du fait que le chaos continue et grandit”.

(Lettre à Helen Howe Allen de février 1968)

Hébert, jeune lavandière songeuse

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le cercle étroit des femmes


Dans les Mémoires d’Hadrien, de Yourcenar, avant la navigation sur le Styx, le coeur d’Antinous entre les mains, quelques histoires de femmes:

“Je retrouvais le cercle étroit des femmes, leur dur sens pratique, et leur ciel gris dès que l’amour n’y joue plus.

(…)

Et pourtant, parmi ces maîtresses, il en est une au moins que j’ai délicieusement aimée.

(…)

Je lui ai connu des douzaines d’amants ; elle en perdait le compte ; je n’étais qu’un comparse qui n’exigeait pas la fidélité.

(…)

Elle mourut jeune (…) Je m’en réjouis pour elle, car elle craignait de vieillir, mais c’est un sentiment que nous n’éprouvons jamais pour ceux que nous avons véritablement aimés.

Elle avait d’immenses besoins d’argent. Un jour, elle me demanda de lui prêter cent mille sesterces. Je les lui apportai le lendemain. Elle s’assit par terre, petite figure nette de joueuse d’osselets, vida le sac sur le pavement, et se mit à diviser en tas le luisant monceau.

(…)

Je n’existais plus. Elle était seule. Presque laide, plissant le front avec une délicieuse indifférence à sa propre beauté, elle faisait et refaisait sur ses doigts, avec une moue d’écolier, les additions difficiles. Elle ne m’a jamais tant charmé.”

(Varius multiplex multiformis)

Pièces romaines, en or.

notes de Mémoires d’Hadrien


Marguerite Yourcenar. Dans les carnets de notes de Mémoires d’Hadrien :

“Projet abandonné de 1939 à 1948. J’y pensais parfois, mais avec découragement, presque avec indifférence, comme à l’impossible. Et quelque honte d’avoir jamais tenté pareille chose.” (folio page 324)

(Commencés en 1924, les Mémoires d’Hadrien furent finalement achevés et publiés en 1951. 27 ans plus tard.)

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Mensonge par omission


Dans les Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien, de Marguerite Yourcenar :

“Se dire sans cesse que tout ce que je raconte ici est faussé par tout ce que je ne raconte pas”.

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