Dans les Mémoires d’Hadrien, de Yourcenar, avant la navigation sur le Styx, le coeur d’Antinous entre les mains, quelques histoires de femmes:
“Je retrouvais le cercle étroit des femmes, leur dur sens pratique, et leur ciel gris dès que l’amour n’y joue plus.
(…)
Et pourtant, parmi ces maîtresses, il en est une au moins que j’ai délicieusement aimée.
(…)
Je lui ai connu des douzaines d’amants ; elle en perdait le compte ; je n’étais qu’un comparse qui n’exigeait pas la fidélité.
(…)
Elle mourut jeune (…) Je m’en réjouis pour elle, car elle craignait de vieillir, mais c’est un sentiment que nous n’éprouvons jamais pour ceux que nous avons véritablement aimés.
Elle avait d’immenses besoins d’argent. Un jour, elle me demanda de lui prêter cent mille sesterces. Je les lui apportai le lendemain. Elle s’assit par terre, petite figure nette de joueuse d’osselets, vida le sac sur le pavement, et se mit à diviser en tas le luisant monceau.
(…)
Je n’existais plus. Elle était seule. Presque laide, plissant le front avec une délicieuse indifférence à sa propre beauté, elle faisait et refaisait sur ses doigts, avec une moue d’écolier, les additions difficiles. Elle ne m’a jamais tant charmé.”
(Varius multiplex multiformis)
Pièces romaines, en or.
amour HADRIEN LITTERATURE YOURCENAR
February 8th, 2008 by page2007.com | Posted in litterature, Carnets | 3 Comments »