Sartre, Proust, Camus


Sartre voyait en Proust “le complice de la propagande bourgeoise. Nous ne croyons plus à la psychologie intellectualiste de Proust, et nous la tenons pour néfaste”.

C’est face à de tels jugements d’exclusion qu’on se réjouit de la fin des grandes idéologies. La politisation de la culture.

Camus est plus juste en restant sur le plan humain :

“Proust n’a pas consenti à ce que les vacances heureuses soient à jamais perdues. Il a pris sur lui de les recréer à nouveau et de montrer, contre la mort, que le passé se retrouvait au bout du temps dans un présent impérissable, plus vrai et plus riche encore qu’à l’origine.”

êtres de fuite


Chez Tadié :

Albertine est l’héroïne dont les liens avec le temps sont les plus forts.

Son physique change d’un instant à l’autre ;

elle est liée au passé, “magicienne me présentant un miroir du Temps”, comme à l’avenir, “tout un avenir d’existence qui avait pris pour moi la forme allégorique et fatale d’une jeune fille.”

Elle est liée encore à la “fuite”, celle qui emporte les jeunes filles aperçues un instant d’une voiture ou d’un train, celle qui éloigne de vous les êtres mystérieux :

“Entre vos mains mêmes, ces êtres-là sont des êtres de fuite. Pour comprendre les émotions qu’ils donnent et que d’autres êtres, même plus beaux, ne donnent pas, il faut calculer qu’ils sont non pas immobiles, mais en mouvement, et ajouter à leur personne un signe correspondant à ce qu’en physique est le signe qui signifie vitesse”.

Vitesse du secret, de la poursuite, de la fuite se confondent avec celle du temps, dont Albertine est la “grande déesse” : “m’invitant sous une forme pressante, cruelle et sans issue, à la recherche du passé, elle était plutôt comme une grande déesse du Temps”, si bien que le narrateur doit être délivré d’Albertine pour découvrir l’intemporel.

Proust et le roman, 339

Jeune femme, Place Vendôme, Avril 2007

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Pas d’horloge pour Pyrrhus


Tous les soirs en regardant le 20h de TF1, Henri Alberti se demande : comment faisaient les hommes avant la télévision ?

Mais une fois qu’on a imaginé l’homme sans télévision, sans Internet, sans machine à laver, sans électricité, sans eau courante, sans téléphone, sans automobile, sans rien de ce qui fait notre quotidien moderne, il reste encore à imaginer l’homme sans décompte des heures.

Pas facile pour un Romain d’avant la première guerre punique de fixer un rdv précis à sa maîtresse : la journée n’est alors divisée qu’en 4 périodes, sans heures:

“Au temps de la guerre de Pyrrhus, un léger progrès avait été accompli par la subdivision de chacune des moitiés du jour en deux sections : le matin et l’avant-midi, d’une part, d’autre part, l’après-midi et le soir.

Mais ce n’est qu’au début de la première guerre punique, en 263 avant Jésus-Christ, que l’horologium des Grecs et les heures des Grecs, l’un portant les autres, pénétrèrent dans la Ville (Rome).”

Jérôme Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’empire, Hachette 1939, page 174

horologium augusti

Le temps n’est pas une ligne sur laquelle on repasse… En Bergson, de Gaulle a trouvé ce professeur de liberté que cherche tout adolescent


“…ce que Bergson représente aux yeux du jeune officier (Charles de Gaulle) qui s’embarque vers des rivages inconnus, c’est le contempteur des catégories et des systèmes, du kantisme et de l’intellectualisme ;

c’est le penseur mouvant qui dit aux hommes de son temps : inventez-vous, ayez du monde une intuition neuve, c’est la seule chance d’appréhender le réel ;

“Le temps n’est pas une ligne sur laquelle on repasse…” En Bergson, de Gaulle a trouvé ce professeur de liberté que cherche tout adolescent. Il n’est que d’inventer : l’histoire qui vient, pense Charles de Gaulle, nous le montrera.”

Jean Lacouture, De Gaulle 1. Le rebelle, Seuil page 55

BERGSON"

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