SAINT-SIMON et Patrick Rambaud, La chronique du règne de Nicolas Ier


« On ne voit pas, on ne veut pas voir ce que vous êtes ;
on veut ne voir que la caricature qu’on en fait. »
Montherlant

Saint-Simon sort de l’oubli avec la publication d’un pastiche de Patrick Rambaud, La chronique du règne de Nicolas Ier.

Pas sûr que Saint-Simon, le duc, soit le bon antidote aux maux actuels.

J’ai souvent près de moi quelques volumes de Saint-Simon, plusieurs billets à son sujet ici: http://www.page2007.com/tag/saint-simon

Malgré la qualité de son style, Saint-Simon reste obsédé par les questions de rang, les vanités sociales, et les travers humains.

Son horizon politique est court. Il n’ouvre pas de portes, il referme celles qui échappent à sa vision conservatrice de la société.

Sa plus grande jouissance reste “la réduction des bâtards au rang de leurs pairies”, ce qui en dit long sur l’homme:

“Je triomphais, je me vengeais, je nageais dans ma vengeance ; je jouissais du plein accomplissement des désirs les plus véhéments et les plus continus de toute ma vie. J’étais tenté de ne plus me soucier de rien.”

Que Saint-Simon, l’homme dont le désir le plus véhément, toute la vie, fut de dégrader les bâtards du Roi, ressorte aujourd’hui, pastiché, dans l’intention de dénoncer les travers de la cour de Sarkozy, nous enfonce surtout dans cet esprit négatif qui est celui de toute cour:

la recherche des caricatures, la réduction des hommes à des étiquettes sociales, la mise en avant de leurs défauts.

Rien n’est plus facile que de transformer des hommes en caricatures. Cela ne mène pas très loin.

Lorsque Saint-Simon admire, il s’arrête tout court.

Ce qui montre bien qu’il ne parle abondamment que pour médire et régler ses comptes.

…Sauf pour quelques portraits de femmes, comme la duchesse de Bourgogne, lui laissant, une fois morte, “un vide affreux qui n’a pu être diminué”.

Axel

 

De Saint-Simon, sur Page2007:

» Quand Saint-Simon s’arrête tout court… » Blog Page 2007

DUC DE SAINT-SIMON - Lettre anonyme au Roi : Rien ne va plus

SAINT-SIMON : les ennuyeux de M. de La Rochefoucauld

SAINT-SIMON : Chamillart pensa trop grandement pour un ministre de robe. Jamais il ne voulut parler au Roi, et dès lors je compris sa chute très prochaine et sans remède

» SAINT-SIMON : grosse fille écrasée, avec un esprit d’intrigue et de manège, Mlle Choin amusa Monseigneur, et sans qu’on s’en aperçût se mit intimement dans sa confiance » Blog Page 2007

Saint-Simon et les passades du duc de Lauzun

SAINT-SIMON Les veilleuses de la marquise de Montespan

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SAINT-SIMON Les veilleuses de la marquise de Montespan


Dans le récit de Saint-Simon sur la fin de la marquise de Montespan :

“Elle était tellement tourmentée des affres de la mort, qu’elle payait plusieurs femmes dont l’emploi unique était de la veiller :

elle couchait tous ses rideaux ouverts, avec beaucoup de bougies dans sa chambre, ses veilleuses autour d’elle, qu’à toutes les fois qu’elle se réveillait, elle voulait trouver causant, jouant ou mangeant, pour se rassurer contre leur assoupissement.”

Aurore Carbonneau en suivante de Madame de Montespan (jouée par Lysa Ansaldi)

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Et il tomba la face en avant


“Et il tomba la face en avant*.

*M. L’abbé Cénabre est mort le 10 mars 1912, à la maison de santé du docteur Lelièvre, sans avoir recouvré la raison.

C’est la dernière phrase du roman de Bernanos, La Joie.

Après une contrariété, ouvrir un livre et tomber sur la mort d’un homme. Tout le reste est peu de chose.

(Il y a aussi les morts chez Saint-Simon.)

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Saint-Simon et les passades du duc de Lauzun


Chez Saint-Simon, dans les Mémoires, la façon dont les choses les plus futiles (les vanités et les rangs, ce que Chateaubriand nommait dans la Vie de Rancé “le caquetage éternel de tabourets”), se mêlent à la présence du plus tragique, qui survient d’un coup, entre deux ragots sur la Cour.

Il faudrait recenser toutes les morts qui parsèment les milliers de pages des Mémoires, la façon dont elles surviennent.

Pour le duc de Lauzun, Saint-Simon raconte qu’à plus de 90 ans il dressait encore des chevaux, “et il fit cent passades au bois de Boulogne, devant le Roi, qui allait à La Muette, sur un poulain qu’il venait de dresser…”

et alors arrive la mort :

“Sa dernière maladie se déclara sans prélude, presque en un moment, par le plus horrible de tous les maux, un cancer dans la bouche.”

Saint-Simon passe d’un coup de la frivolité des passades au cancer dans la bouche.

Il y a quelque chose de l’Ecclésiaste, dans cette proximité des contraires.

C’est du duc de Lauzun que La Bruyère disait : “qu’il n’était pas permis de rêver comme il a vécu”.

Lauzun

SAINT-SIMON : grosse fille écrasée, avec un esprit d’intrigue et de manège, Mlle Choin amusa Monseigneur, et sans qu’on s’en aperçût se mit intimement dans sa confiance


Chez Saint-Simon, portrait charmant de Mlle Choin, amie du grand Dauphin :

“Mme de Bury avait fait venir de Dauphiné Mlle Choin, sa nièce, qu’elle avait mise fille d’honneur de Mme la princesse de Conti.

C’était une grosse fille écrasée, brune, laide, camarde, avec de l’esprit et un esprit d’intrigue et de manège.

Elle voyait sans cesse Monseigneur, qui ne bougeait de chez Mme la princesse de Conti.

Elle l’amusa, et sans qu’on s’en aperçût se mit intimement dans sa confiance.”

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