Tous feux éteints :
“A quel point une femme peut empoisonner une soirée, une journée ou un déplacement.
Toujours à trois mètres derrière vous, ne pouvant se mettre à votre pas, tombant dans l’escalier, empruntée, gauche, à côté d’elle-même.
Ne sachant que dire, ou ne disant que des banalités telles qu’on n’a pas la force d’y répondre.
Si l’hôtel n’est pas assez chic, se plaignant insidieusement : “Oui, c’est modeste ! Je vais me tuer dans cet escalier !…” et on entend ses soupirs d’une chambre à l’autre.
Si l’hôtel est très chic, y détonnant par sa présence, son air emprunté, à côté d’elle-même, pas habituée aux endroits chics.
La femme silencieuse, qui ne dit pas un mot, qui pompe tout ce que vous pourriez avoir d’amusement, d’intérêt, qui fait que tout ce que vous voyez à son côté n’est pas vu, qui vous empêche de voir le musée, qui vous enlève le goût du manger quand elle est devant vous silencieuse à table. Tout ce qui est autour de vous est annulé ! Et toute votre personnalité est annulée.
A l’instant où cette femme nous quitte, le monde revient, et vous-même vous revenez.
Comme elle disait : “Vous avez des ennuis ?”, elle ne savait pas que c’était elle qui vous ennuyait.”
(Montherlant, Carnets sans dates et carnets 1972, Gallimard, page 126)
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LITTERATURE MONTHERLANT
January 6th, 2008 by page2007.com | Posted in litterature, Carnets | No Comments »