Lecture de l’Histoire des Girondins, de Lamartine.
A la fin du quatrième tome se trouve la Critique de l’Histoire des Girondins par l’auteur des Girondins lui-même à quinze ans de distance (octobre 1861).
Présentant cette auto-critique, Lamartine cite un proverbe persan :
“Accumulation d’années, élargissement d’intelligence”.
Puis il écrit :
“…en France, où l’on parle si bien, mais où l’on pense trop vite ; en France, où les paradoxes courants prennent si souvent la place des vérités acquises, les partis arriérés ou avancés ont adopté depuis quelques années un proverbe tout contraire, le proverbe du contre-sens, le proverbe du sophisme. Le sens de ce proverbe est celui-ci : Celui qui change d’opinion a tort ; celui qui reçoit les leçons de la vie et qui en profite pour rectifier ou modifier sa pensée est un grand coupable. Malheur et mépris aux esprits progressifs qui s’améliorent, qui se rectifient, qui se corrigent eux-mêmes en vivant ! Ils sont présumés intéressés, versatiles, adulateurs du temps qui court, apostats de leur tradition et d’eux-mêmes. Honneur et respect aux incorrigibles ! Confiance exclusive aux esprits pétrifiés et aux caractères têtus qui, lorsqu’ils ont une fois proféré une erreur ou une sottise, ne s’en dédisent jamais et veulent mourir, comme disait M. de Chateaubriand, ce grand oracle du respect humain dans ce siècle, “non pas conformes à la vérité, mais conformes à eux-mêmes“.
J’avoue que je n’ai jamais compris le sens de cet axiome de l’obstination des partis, quels qu’ils soient, en France : “Tu ne changeras pas.”
(pages 360-361 dans l’édition parue en 1871 chez Hachette, Furne, Jouvet et Cie, Pagnerre.)
…
Rien n’a changé en France 150 ans plus tard… Toujours cette prime morale donnée à la “fidélité” sur l’intelligence.
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November 21st, 2007 by page2007.com | Posted in litterature, histoire, politique, Carnets | No Comments »