Que faire ? Angoisse terrible
Vers 16 ans les garçons préfèrent Stendhal à Flaubert. Il y a plus d’énergie dans les personnages stendhaliens. Ceux de Flaubert sont déprimants.
Plus tard, Flaubert offre plus de matière que Stendhal. Il va plus loin, dans le style, dans les replis, dans la densité.
Si Stendhal est un bon bréviaire d’action pour l’aube de la vie, Flaubert convient aux périodes plus contemplatives, quand la vie commence à être derrière soi et qu’on la considère, avec amusement et lucidité, sans ambition vorace.
Ses personnages, qui sont presque tous en situation d’échec, ont quelque chose de rassurant. La vie n’est simple pour personne.
Très vite, leurs passions ridicules s’effacent devant la seule réalité du style de Flaubert, et son incroyable travail.
Entre le 20 septembre et le 4 août 1873, Flaubert lit 194 livres :
“Ma table est tellement encombrée de livres que je m’y perds. Je les expédie rapidement sans y trouver grand chose”.
Pour parler d’un cyprès dans un roman, Flaubert lit “un mémoire de 400 pages in-quarto sur le cyprès pyramidal”…
Cette angoisse de ne pas savoir comment aborder un sujet, sans y être préparé par un livre, qu’on retrouvera dans Bouvard et Pécuchet comme le note Claude Mouchard :
“Qqfois le bouquin indique plusieurs méthodes : il a du pour et du contre. Que faire ? Angoisse terrible. Comme un général sur le champ de bataille”
(Cento, in Claude Mouchard, La consistance des savoirs dans Bouvard et Pécuchet de Flaubert. Seuil, p.173)
Route avec cyprès et ciel étoilé, Van Gogh
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