Génie de la corruption
Dans Splendeurs et misères des courtisanes, la corruption de Lucien Chardon de Rubempré par Carlos Herrera (alias Jacques Collin, Vautrin, Trompe-la-Mort).
“Doué du génie de la corruption, il détruisit l’honnêteté de Lucien en le plongeant dans des nécessités cruelles et en l’en tirant par des consentements tacites à des actions mauvaises ou infâmes qui le laissaient toujours pur, loyal, noble aux yeux du monde.
Lucien était la splendeur sociale à l’ombre de laquelle voulait vivre le faussaire.
- Je suis l’auteur, tu seras le drame; si tu ne réussis pas, c’est moi qui serai sifflé, lui dit-il le jour où il lui avoua le sacrilège de son déguisement.
Carlos alla prudemment d’aveu en aveu, mesurant l’infamie des confidences à la force de ses progrès et aux besoins de Lucien.
Aussi, Trompe-la-Mort ne livra-t-il son dernier secret qu’au moment où l’habitude des jouissances parisiennes, les succès, la vanité satisfaite lui avaient asservi le corps et l’âme de ce poète si faible.
Là où jadis Rastignac, tenté par ce démon, avait résisté, Lucien succomba, mieux manoeuvré, plus savamment compromis, vaincu surtout par le bonheur d’avoir conquis une éminente position.
Le Mal, dont la configuration poétique s’appelle le Diable, usa envers cet homme à moitié femme de ses plus attachantes séductions, et lui demanda peu d’abord en lui donnant beaucoup.”
(Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, “Comment aiment les filles, Un abîme sous le bonheur d’Esther”)
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