Rencontre avec Grégory Chidiac : « La politique de demain devra se concentrer sur les mesures concrètes, et pas les discours creux. »




Je m’aperçois qu’il me restait un entretien non publié, réalisé hier avec un étudiant de Sciences po, Grégory Chidiac, bien connu des habitués de forum-scpo.com dont il est modérateur.

Greg est de sensibilité socialiste, mais n’étant pas au service direct de Ségolène Royal, la publication de son entretien est autorisée aujourd’hui, à ce qu’on me dit.

Seules les déclarations des candidats et de leur entourage direct ne peuvent être diffusées, ainsi que les nouveaux sondages. Et encore il y a un certain flou pour savoir si cela s’applique aux blogs, qui ne sont pas concernés par le CSA.

Cet entretien avec un socialiste équilibrera le billet précédent, consacré au bilan des responsables de la cellule blog du QG de campagne de Nicolas Sarkozy, Delphine Ganeau et Vincent Ducrey.

Les propos de Grégory Chidiac n’engagent que lui, et non Page2007.

Grégory Chidiac : « La politique de demain devra se concentrer sur les mesures concrètes, et pas les discours creux. »

GREGORY CHIDIAC

GREGORY CHIDIAC

Page2007 : Vous avez lancé au lendemain du premier tour un appel à tous les démocrates pour une France pacifiée, pensez-vous que les conditions d’un rassemblement avec Ségolène Royal sont réunies pour l’électorat de François Bayrou ?

Grégory Chidiac : Je pense en effet que face à un candidat qui a absorbé toute une partie de l’électorat d’extrême droite, en reprenant sans complexes les thèmes les plus classiques de Jean-Marie Le Pen version « années 80 », une grande partie de l’électorat centriste penchera vers une vision plus apaisée de la France.

Quelqu’un qui reprend le slogan « la France, tu l’aimes ou tu la quittes » est en totale contradiction avec les valeurs démocrates et chrétiennes de tolérance et de respect des différences. Idem en ce qui concerne les causalités génétiques qu’il prétend déceler dans le suicide des jeunes et dans le crime…

Et contrairement aux députés, les citoyens qui ont voté Bayrou ne craignent pas pour leur carrière !

Page2007 : Que pensez-vous du débat entre Ségolène Royal et François Bayrou ?

GC : Depuis quelques années, les candidats rechignent à participer à des débats télévisés en « tête à tête », étant donné les risques politiques qu’ils représentent. Ces candidats n’ont pas craint un dialogue contradictoire et respectueux qui a permis de mettre en lumière, sans sectarisme, les nombreux points de convergence entre deux des plus anciens courants politiques français.

Ils sont nombreux, sur l’Europe, sur la sécurité, sur la nécessité de réduire la dette, d’en finir avec la collusion outrancière entre certains grands patrons de medias hyper concentrés et les milieux politiques, ou de réformer nos Institutions politiques - pour les rendre plus démocratiques – et judiciaires - en insufflant plus d’indépendance dans les nominations notamment – afin de les moderniser.

J’ai pu noter que les commentaires journalistiques se focalisaient beaucoup plus sur les quelques différences « en matière économique » - disent-ils - alors qu’on note une volonté commune claire d’agir avec volontarisme pour remettre les gens au travail par exemple, ou pour agir en direction des Petites et Moyennes Entreprises afin de les rendre plus compétitives, de les inciter à embaucher et de faciliter leurs stratégies exportatrices. Idem en ce qui concerne la nécessaire parcimonie à avoir dans l’utilisation des deniers publics.

Page2007 : Pensez-vous que le programme de Ségolène Royal est en mesure de relancer l’économie française ?

GC : Je pense que Ségolène Royal ne donne pas dans l’illusion du discours, et se concentre sur les mesures concrètes. Elle propose ainsi un plan volontariste en matière d’emploi : le contrat première chance pour les jeunes sans qualification, 500 000 emplois-tremplins pour les autres permettant de donner aux jeunes une expérience concrète sur le marché du travail tout en nourrissant la consommation, les profits des entreprises, et donc les recettes budgétaires. Ceci permettrait de réduire le déficit public, et donc de trouver de nouvelles marges de manœuvre pour financer la protection sociale. L’objectif est de recréer la confiance et donc de favoriser les investissements. La France manque d’investissements et ce sont eux qui relanceront la machine économique.

Il s’agit également de permettre une vraie « flexi-sécurité » selon l’expression désormais consacrée, afin de permettre une souplesse accrue dans la gestion des ressources humaines, tout en apportant une véritable sécurisation des parcours professionnels (avec des périodes de chômages vraiment indemnisés en contrepartie d’une formation permettant un réel retour à l’emploi, à la danoise.

Il s’agit également comme je l’ai déjà dit, d’investir massivement dans les nouvelles technologies (environnementales notamment, mais pas seulement), et de favoriser l’emploi et l’investissement dans les PME (qui constituent 90% des entreprises de notre pays) pour leur permettre de mieux rayonner à l’international, puisque c’est là que nous dégagerons les profits d’aujourd’hui, les investissements de demain, et les emplois d’après demain.

Enfin, Ségolène Royal incarne une véritable volonté écologique. Le développement durable n’est pas opposé à la prospérité économique, bien au contraire. Elle veut positionner la France en tête dans le secteur des nouvelles technologies environnementales, les industries du développement durable, par des investissements en Recherche & Développement massifs de nature à dégager des retours considérables en terme de croissance et d’emploi.

Page2007 : Ne croyez-vous pas que Nicolas Sarkozy est diabolisé ?

GC : Il l’est excessivement en effet. Mais comment un responsable politique de si haut niveau peut-il tenir des propos aussi peu républicains que ceux que NS a tenu tout au long de cette campagne ? « La France, tu l’aimes ou tu la quittes », c’est un slogan de Jean Marie Le Pen des années 80. Le suicide, l’homosexualité et la pédophilie génétique, reprend les thèses du XIXè siècle du criminel né qui allaient avec une politique pénale extrêmement peu regardante sur les droits humains fondamentaux… Vendredi, Nicolas Sarkozy a réitéré en affirmant que notre jeunesse apprenait à « haïr la France » ! La France a besoin de consensus, d’apaisement.

Certes, on doit le reconnaître, du point de vue de la tactique politicienne, ça a payé, puisque NS a réalisé l’un des meilleurs scores de la droite. Du point de vue démocratique, et en terme de paix sociale, c’est très dangereux, puisque ça oppose les uns et les autres, ça renvoie chacun à ses origines ou à sa religion, ça crée une forme de suspicion des uns envers les autres. Rien, en dépit de ses discours d’ordre, qui puisse favoriser l’apaisement social, objectif principal du bon dirigeant politique.

Personne ne peut s’attribuer le monopole de l’attachement à la France. Les Français du Peuple de gauche, du centre sont attachés tout autant que les citoyens de droite à l’identité nationale, à nos valeurs républicaines, à notre Histoire, de Clovis à Jacques Chirac, en passant par la Révolution française. Nous sommes attachés à notre art de vivre, à notre gastronomie, à nos paysages sublimes façonnés par des siècles de travail, à notre patrimoine architectural accumulé par le génie de nos architectes ; et nous n’allons pas, nous, clamer nos insuffisances à l’étranger !

En revanche, nous restons lucides sur la pertinence opérationnelle et le caractère démagogique de ces exaltations nationalistes : concrètement, quelles politiques publiques sont associés à des tels discours ? En quoi cela va-t-il réduire le chômage ou améliorer le fonctionnement de l’éducation nationale ? J’attends que Nicolas Sarkozy nous dise comment ses discours galvanisant se traduiront en politiques publiques, et surtout, en résultats ! Ces exaltations patriotiques à courte vue ne peuvent que jeter de l’huile sur le feu, alors qu’il faut éteindre l’incendie !

Page2007 : Vous avez écrit en 2004 un opuscule « 150 propositions pour la France* », que pouvez-vous nous en dire ?

GC : C’est un cahier de doléances qui illustre ce que la politique devrait être en lieu et place de cette politique spectacle : un ensemble de politiques publiques concrètes destinées à remettre les gens au travail (en leur donnant les contreparties adéquates, les salaires justes), à créer de la richesse, et à répartir équitablement cette richesse. La politique de demain devra se concentrer sur les mesures concrètes, et pas les discours creux à visée purement électoraliste.

Il s’agit d’un plan qui essaye de répondre à la question Que faire ? Que faire face aux interrogations légitimes des déclinologues ? Que faire face à la dette, au déficit public, comment réformer en profondeur la fiscalité française, construite de réformes successives sans plan d’ensemble, sans cohérence, sans clarté. Que faire pour une Europe qui se constitue en véritable entité politique, et qui puisse se doter des moyens d’une véritable politique économique, monétaire et budgétaire ? Que faire, pour réformer l’Etat, et dégager les recettes nouvelles du financement de la protection sociale ? Que faire pour maintenir la France, à son rang, sur le plan international ?

Nus avons besoin d’une vision à long terme, et c’est ce dont manque la politique d’aujourd’hui : de prospective, de vision à 10-20-30 ans. C’est un travail toujours à renouveler, à réactualiser, en fonction des évolutions permanente du système politique, technologique, intellectuel, économique, etc…

J’y propose également, à la fin, un plan concret de passage à un système de transport propre avec en tête l’idée que l’objectif numéro un de l’écologie d’aujourd’hui doit être la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il est par exemple de ce point de vue assez sidérant qu’en 2007, on défavorise encore les carburants propres, alors que nous avons tous les moyens technologiques pour les utiliser à grande échelle. Ceci dit, il faut rester lucide : nous ne changerons rien tous seuls. Il faut promouvoir une diplomatie active de l’environnement, et convaincre les Etats qui ne l’ont pas encore fait de signer le protocole de Kyoto, et de l’appliquer. J’ai confiance, l’évolution des mentalités aux Etats-Unis est actuellement très positive. Reste à traduire cela en politiques publiques concrètes, comme toujours !

* http://www.forum-scpo.com/wiki/main.php?Greg

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  1. 4 Responses to “Rencontre avec Grégory Chidiac : « La politique de demain devra se concentrer sur les mesures concrètes, et pas les discours creux. »”

  2. By aneline on May 5, 2007

    la politique de demain : http://www.dailymotion.com/cluster/politics/video/x1wdg2_sarko-fauxcul-dangereux

  3. By Henri Alberti on May 5, 2007

    Il effleure ce dont je parlais au sujet de la diabolisation de Lepen, vois tu maintenant ce que je voulais dire Axel ?
    “Page2007 : Ne croyez-vous pas que Nicolas Sarkozy est diabolisé ?”
    Comment peux tu poser cette question sans penser à la diabolisation du Breton ? Je ne parle que des “politiciens démocrates”, médias et intellos connus, évidement.

  4. By yves75018 on May 5, 2007

    A lire d’urgence et à faire tourner @ vos amis centristes et de tous les bords. il faut convaincre au moins par personne une personne et plus.
    http://www.betapolitique.fr/?page=comparotron

    Pas une voix ne doit manquer à Ségolène Royal !

    Ruptures, Serge Portelli

    Azouz vote Nicolas

    NOAH a fait gagner le 1er Roland Garros a la France et la coupe Davis soutient Ségo est prend un risque pour sa carrière. Il le fait car il sait que Sarko est un mec très dangereux. J’ai vu qu’au hit machine il a perdu 2 places. :-)

    Motivez vos parents et grands parents pour qu’ils votent Ségo. Argument “il fait peur” ……

    Si vous faites circuler le mail à 5 personnes qui le fait circuler à 5 personnes : 25 personnes de touchés. Ces 25 personnes font circuler à 5 autres personnes. Cela fait 125…….. Allez faisons basculer les élections. On a le pouvoir de le faire. Si on convaint 1 personne sur 10 c’est pas mal. Moi j’ai convaincu ma maman de ne pas s’abstenir et de voter Ségo.

    C’est les personnes âgées qu’il faut convaincre qu’il n’est pas bon pour leur enfant et petit enfant. Allez voir vos grands parents …….Allez à vos téléphones ……..

    Intéressant

    Marie -Josée Mondzain, chercheur au CNRS et Serge Tisseron, psychanalyse auraient parfaitement bien démontré - si les médias les avaient invité - comment on bloque la réflexion : par la violence - le cerveau est comme tétanisé et n’enregistre plus rien - les violences répétées de Sarko (gestuels, verbales) abrutit complètement celui qui l’écoute.
    Le contenu n’a pas d’effet - les images violentes sont dangereuses pour les enfants - Non pas parce qu’ils reproduisent la violence (ça n’a pas été formellement démontré ), mais parce qu’elles leur enlèvent leur capacité à réfléchir - l’enjeu est là. (libérer leurs cerveaux pour en faire des consommateurs) - (c”était la problématique de mon mémoire de Dea en info-com)
    Evidemment, comme le projet de Ségolène n’est pas d’abrutir les français, elle a plus de mal à galvaniser les foules. La nuit porte conseil, dit-on, alors misons sur une nuit sans agression sarkozienne pour laisser les esprits se remplir de bon sens !”

    RIEN N EST PERDU, ALLONS CHERCHER LA VICTOIRE EN ALLANT VOTER ET RESTONS MOBILISER. SARKO PARLE DE CETTE ELECTION COMME D UN REFERUMDUM DONC APRES IL NE S AGIRA PAS DE SE PLAINDRE ET D ALLER MANIFESTER IL SERA TROP TARD DONC LA LCR LES VERTS LES COMMUNISTES LA GAUCHE LES BAYROUISTES LES ABSTENTIONNISTES TOUS DERRIERE SEGO OU CONTRE SARKO

    on va gagner

  1. 1 Trackback(s)

  2. May 10, 2007: » Grégory Chidiac, Sciences Po : la gauche devrait remettre en question certaines de ses méthodes BLOG POLITIQUE Page 2007 blog politique » Archives

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