SINISTRA - Talal Selhami - cebhi
SINISTRA - LE FILM
Analyse du film par Cébhi (cebhi@laposte.net), pour Films7.com et Page2007.com
Attention, la suite contient des spoilers. Pour conserver le suspense de l’histoire, ne lisez qu'après avoir visionné le film.
Puis vient le désir. Le fantasme de la voisine d’en face (Claire Lapeyre-Mazera) qui vient sonner chez lui, devenue tout à coup folle amoureuse d’un homme qu’elle n’avait jamais remarqué.
Toute cette imagination, débridée par la force du crayon, s’obscurcit, comme si Max avait un but ultime beaucoup plus malsain (ou alors est-ce son pouvoir qui le dévore ?) : devenir autre chose, faire d’un dessin inanimée et irréel, une réalité consistante, passer de deux à trois dimensions, aller d’un espace défini et fermé vers un espace libéré de toutes limites géographiques. Le héros s’attache à un rêve qui devient cauchemar car non seulement le dessin déforme son physique mais il déforme également sa pensée, au point qu’il en arrive à tuer et que les premiers désirs qui l’animaient, et qui sont un peu le lot commun, (faim, soif, amour, richesse) sont ici supplantés par une force au-delà de toute notion, un désir de création qu’il s’applique sur lui-même. Comment ne pas penser alors au film « La Mouche » de « David Cronenberg », où un jeune physicien Seth Brundle invente une machine permettant la téléportation. C’est lors d’une expérience que Seth fusionne accidentellement avec une mouche et devient peu à peu l’animal, son corps et sa psyché subissant une transformation radicale.
Autant le personnage de « Cronenberg » subit sa transformation et finit par l’accepter, au point de devenir complètement fou, autant Max s’impose lui-même sa transformation, se faisant mal, ses crayons devenant des instruments chirurgicaux, mutilant sa chair, pour la faire muter, la remodeler afin de devenir un des héros qu’il dessine. Pour Seth, c’est la transformation qui le rend fou, pour Max, c’est son désir de création qui le rend dingue et visiblement la volonté de voir jusqu’où son corps peut se transformer, jusqu’à ce que la bête qu’il dessine prenne le contrôle (« C’est moi qui commande maintenant »).
Le meurtre de la voisine, devenue petite copine, n’était qu’un succédané simulant une vie « normale ». On peut d’ailleurs se demander le rôle réel de cette jeune femme, transformée en pantin, à partir du moment où elle vient sonner chez le héros parce qu’il l’a dessinée, lui a imposé une volonté qui n’est pas la sienne. On ne peut l’imaginer que prisonnière d’une confusion mentale due à l’emprise du dessin. Elle n’est plus qu’une marionnette dont la volonté est contenue dans un simple dessin qui revêt sa nature carcérale. Peut-être est ce par la nature illusoire et fallacieuse de cet amour et aussi par ses rêves purement matériels, que Max décide de créer quelque chose que lui-même pourra réellement ressentir dans sa propre chair et ainsi transcender sa propre condition humaine, s’élever au-dessus des piètres ambitions humaines.
Le film aborde donc le dépassement de soi, de sa condition, la folie artistique, la création d’hommes fous ou d’hommes rendus fous par leurs propres créations.
Un point sur le décor de plus en plus oppressant. Au début du film, un espace ouvert sur l’extérieur qui se confine peu à peu (baisse de la luminosité, perception du lieu rendu de plus en plus indistinct). On glisse lentement vers l’oppression, jusqu’à l’étouffement.
Un point aussi sur la mise en scène et les effets spéciaux, notamment le maquillage, très crédible. L’intention est de suggérer plutôt que de montrer avec une très belle lumière qui ne dévoile que des parcelles. L’intérêt est d’imaginer le monstre engendré, plutôt que de le voir clairement avec des effets clinquants. Ainsi, je rapproche également ce film d’Alien ou des meilleurs épisodes d’X-Files, dans sa manière d’instiller la peur, qui repose d’abord sur notre imagination. La bête est une menace réelle mais cachée, et laissera une empreinte plus nette dans notre inconscient en se manifestant par un courant d’air glacé ou un bruit suintant de chitine craquelée.
Enfin, comment ne pas penser au « Devilman » de « Go Nagai » quand le monstre déploie ses ailes dans un magnifique jeu d’ombres et qu’il s’envole dans une mise en scène le suggérant grâce au son et à un petit détail bien pensé que je vous laisse découvrir dans le dernier plan de ce très bon court métrage.
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