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0994 - La belle fille à la cigarette - A Saint–Pierre-des-Ifs monta une splendide jeune fille

A Saint–Pierre-des-Ifs monta une splendide jeune fille qui, malheureusement, ne faisait pas partie du petit groupe.

Je ne pouvais détacher mes yeux de sa chair de magnolia, de ses yeux noirs, de la construction admirable et haute de ses formes.

Au bout d’une seconde elle voulut ouvrir une glace, car il faisait un peu chaud dans le compartiment, et ne voulant pas demander la permission à tout le monde, comme seul je n’avais pas de manteau, elle me dit d’une voix rapide, fraîche et rieuse:

«Ça ne vous est pas désagréable, Monsieur, l’air?»

J’aurais voulu lui dire: «Venez avec nous chez les Verdurin», ou: «Dites-moi votre nom et votre adresse.» Je répondis: «Non, l’air ne me gêne pas, Mademoiselle.»

Et après, sans se déranger de sa place: «La fumée, ça ne gêne pas vos amis?» et elle alluma une cigarette.

A la troisième station elle descendit d’un saut.

Le lendemain, je demandai à Albertine qui cela pouvait être. Car, stupidement, croyant qu’on ne peut aimer qu’une chose, jaloux de l’attitude d’Albertine à l’égard de Robert, j’étais rassuré quant aux femmes. Albertine me dit, je crois très sincèrement, qu’elle ne savait pas.

«Je voudrais tant la retrouver, m’écriai-je.

—Tranquillisez-vous, on se retrouve toujours», répondit Albertine.

Dans le cas particulier elle se trompait; je n’ai jamais retrouvé ni identifié la belle fille à la cigarette.

On verra du reste pourquoi, pendant longtemps, je dus cesser de la chercher. Mais je ne l’ai pas oubliée. Il m’arrive souvent en pensant à elle d’être pris d’une folle envie.

Mais ces retours du désir nous forcent à réfléchir que, si on voulait retrouver ces jeunes filles-là avec le même plaisir, il faudrait revenir aussi à l’année, qui a été suivie depuis de dix autres pendant lesquelles la jeune fille s’est fanée.

On peut quelquefois retrouver un être, mais non abolir le temps.

Tout cela jusqu’au jour imprévu et triste comme une nuit d’hiver, où on ne cherche plus cette jeune fille-là, ni aucune autre, où trouver vous effraierait même. Car on ne se sent plus assez d’attraits pour plaire, ni de force pour aimer. Non pas, bien entendu, qu’on soit, au sens propre du mot, impuissant. Et quant à aimer, on aimerait plus que jamais. Mais on sent que c’est une trop grande entreprise pour le peu de forces qu’on garde.

Le repos éternel a déjà mis des intervalles où l’on ne peut sortir, ni parler. Mettre un pied sur la marche qu’il faut, c’est une réussite comme de ne pas manquer le saut périlleux. Être vu dans cet état par une jeune fille qu’on aime, même si l’on a gardé son visage et tous ses cheveux blonds de jeune homme!

On ne peut plus assumer la fatigue de se mettre au pas de la jeunesse. Tant pis si le désir charnel redouble au lieu de s’amortir! On fait venir pour lui une femme à qui l’on ne se souciera pas de plaire, qui ne partagera qu’un soir votre couche et qu’on ne reverra jamais.



Le narrateur qui eût pu me parler d’Albertine

...dépositaire elle-même d’un secret qu’elle ne voulait pas livrer

Photo: SELF PORTRAIT - CELINE M

"Les romanciers prétendent souvent, dans une introduction, qu’en voyageant dans un pays ils ont rencontré quelqu’un qui leur a raconté la vie d’une personne.

Ils laissent alors la parole à cet ami de rencontre, et le récit qu’il leur fait, c’est précisément leur roman.

Ainsi la vie de Fabrice del Dongo fut racontée à Stendhal par un chanoine de Padoue.

Combien nous voudrions, quand nous aimons, c’est-à-dire quand l’existence d’une autre personne nous semble mystérieuse, trouver un tel narrateur informé !

Et certes il existe.

Nous-même, ne racontons-nous pas souvent, sans aucune passion, la vie de telle ou telle femme à un de nos amis, ou à un étranger, qui ne connaissaient rien de ses amours et nous écoutent avec curiosité ?

L’homme que j’étais quand je parlais à Bloch de la princesse de Guermantes, de Mme Swann, cet être-là existait qui eût pu me parler d’Albertine, cet être-là existe toujours... mais nous ne le rencontrons jamais.

Il me semblait que, si j’avais pu trouver des femmes qui l’eussent connue, j’eusse appris tout ce que j’ignorais. Pourtant, à des étrangers il eût dû sembler que personne autant que moi ne pouvait connaître sa vie. Même ne connaissais-je pas sa meilleure amie, Andrée ?

 C’est ainsi que l’on croit que l’ami d’un ministre doit savoir la vérité sur certaines affaires ou ne pourra pas être impliqué dans un procès. Seul, à l’user, l’ami a appris que, chaque fois qu’il parlait politique au ministre, celui-ci restait dans des généralités et lui disait tout au plus ce qu’il y avait dans les journaux, ou que, s’il a eu quelque ennui, ses démarches multipliées auprès du ministre ont abouti chaque fois à un « ce n’est pas en mon pouvoir » sur lequel l’ami est lui même sans pouvoir.

Je me disais : « Si j’avais pu connaître tels témoins ! » desquels, si je les avais connus, je n’aurais probablement pas pu obtenir plus que d’Andrée, dépositaire elle-même d’un secret qu’elle ne voulait pas livrer."

Proust Albertine Disparue 1364 - Les romanciers prétendent souvent, dans une introduction, qu’en voyageant dans un pays



0205 Bien que les mérites spirituels d’un salon et son élégance soient généralement en rapports inverses

Bien que les mérites spirituels d’un salon et son élégance soient généralement en rapports inverses plutôt que directs, il faut croire, puisque Swann trouvait Mme Bontemps agréable, que toute déchéance acceptée a pour conséquence de rendre les gens moins difficiles sur ceux avec qui ils sont résignés à se plaire, moins difficiles sur leur esprit comme sur le reste. Et si cela est vrai, les hommes doivent, comme les peuples, voir leur culture et même leur langage disparaître avec leur indépendance. Un des effets de cette indulgence est d’aggraver la tendance qu’à partir d’un certain âge on a à trouver agréables les paroles qui sont un hommage à notre propre tour d’esprit, à nos penchants, un encouragement à nous y livrer; cet âge-là est celui où un grand artiste préfère à la société de génies originaux celle d’élèves qui n’ont en commun avec lui que la lettre de sa doctrine et par qui il est encensé, écouté; où un homme ou une femme remarquables qui vivent pour un amour trouveront la plus intelligente dans une réunion la personne peut-être inférieure, mais dont une phrase aura montré qu’elle sait comprendre et approuver ce qu’est une existence vouée à la galanterie, et aura ainsi chatouillé agréablement la tendance voluptueuse de l’amant ou de la maîtresse; c’était l’âge aussi où Swann, en tant qu’il était devenu le mari d’Odette se plaisait à entendre dire à Mme Bontemps que c’est ridicule de ne recevoir que des duchesses (concluant de là, au contraire de ce qu’il eût fait jadis chez les Verdurin, que c’était une bonne femme, très spirituelle et qui n’était pas snob) et à lui raconter des histoires qui la faisaient «tordre», parce qu’elle ne les connaissait pas et que d’ailleurs elle «saisissait» vite, aimant à flatter et à s’amuser. «Alors le docteur ne raffolle pas comme vous, des fleurs», demandait Mme Swann à Mme Cottard. — «Oh! vous savez que mon mari est un sage; il est modéré en toutes choses. Si, pourtant, il a une passion.» L’il brillant de malveillance, de joie et de curiosité: — «Laquelle, madame?» demandait Mme Bontemps. Avec simplicité, Mme Cottard répondait: — «La lecture.» — «Oh! c’est une passion de tout repos chez un mari!» s’écriait Mme Bontemps en étouffant un rire satanique. — «Quand le docteur est dans un livre, vous savez!» — «Hé bien, madame, cela ne doit pas vous effrayer beaucoup...» — «Mais si!... pour sa vue. Je vais aller le retrouver, Odette, et je reviendrai au premier jour frapper à votre porte. A propos de vue, vous a-t-on dit que l’hôtel particulier que vient d’acheter Mme Verdurin sera éclairé à l’électricité? Je ne le tiens pas de ma petite police particulière, mais d’une autre source: c’est l’électricien lui-même, Mildé, qui me l’a dit. Vous voyez que je cite mes auteurs! Jusqu’aux chambres qui auront leurs lampes électriques avec un abat-jour qui tamisera la lumière. C’est évidemment un luxe charmant. D’ailleurs nos contemporaines veulent absolument du nouveau, n’en fût-il plus au monde. Il y a la belle-soeur d’une de mes amies qui a le téléphone posé chez elle! Elle peut faire une commande à un fournisseur sans sortir de son appartement! J’avoue que j’ai platement intrigué pour avoir la permission de venir un jour parler devant l’appareil. Cela me tente beaucoup, mais plutôt chez une amie que chez moi. Il me semble que je n’aimerais pas avoir le téléphone à domicile. Le premier amusement passé, cela doit être vrai casse-tête. Allons, Odette, je me sauve, ne retenez plus Mme Bontemps puisqu’elle se charge de moi, il faut absolument que je m’arrache, vous me faites faire du joli, je vais être rentrée après mon mari!»



Ne pas laisser voir que c’était à la recherche de la Vérité que je partais

« J’ai trouvé plus probe et plus délicat comme artiste de ne pas laisser voir que c’était justement à la recherche de la Vérité que je partais, ni en quoi elle consistait pour moi.

 Je déteste tellement les ouvrages idéologiques où le récit n’est tout le temps qu’une faillite des intentions de l’auteur que j’ai préféré ne rien dire.

 Ce n’est qu’à la fin du livre, et une fois les leçons de la vie comprises, que ma pensée se dévoilera ».[…]

(Proust, lettre à Jacques Rivière de 1914, Correspondance, t. 13, Plon, 1985, p. 98)

Source:

Anne Herschberg Pierrot, Les notes de Proust | ITEM



SANIETTE et les bonnes grâces du petit noyau Verdurin

La cruauté mondaine: le renvoi de Saniette par M. Verdurin.

La dimension sectaire du clanisme à la Verdurin apparaît dans le passage sur la dame, "amie" de Saniette, qui l'abandonne d'un coup, par grégarisme de clan:

"Et une dame très amie avec lui jusque-là, à qui il avait la veille prêté un livre précieux, le lui renvoya le lendemain, sans un mot, à peine enveloppé dans un papier sur lequel elle fit mettre tout sec l'adresse de Saniette par son maître d'hôtel;

elle ne voulait "rien devoir" à quelqu'un qui visiblement était loin d'être dans les bonnes grâces du petit noyau."

Toute la scène, depuis la fin du concert de Morel à l'attaque de Saniette:

""C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette.

- Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n'offusque un peu le sentiment général de l'oeuvre.

- Offusquer, qu'est-ce que vous voulez dire ?" hurla M. Verdurin tandis que des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé.

"Oh ! je ne vise pas à lui seulement...

- Mais il ne sait plus ce qu'il dit. Viser à quoi ?

- Il... faudrait... que... j'entende... encore une fois pour porter un jugement à la rigueur.

- A la rigueur ! Il est fou !" dit M. Verdurin se prenant la tête dans les mains. "On devrait l'emmener.

- Cela veut dire : avec exactitude, vous... dites bbbien... avec une exactitude rigoureuse. Je dis que je ne peux pas juger à la rigueur.

- Et moi, je vous dis de vous en aller", cria M. Verdurin grisé par sa propre colère, en lui montrant la porte du doigt, l'oeil flambant. "Je ne permets pas qu'on parle ainsi chez moi!"

Saniette s'en alla en décrivant des cercles comme un homme ivre.

Certaines personnes pensèrent qu'il n'avait pas été invité pour qu'on le mît ainsi dehors. Et une dame très amie avec lui jusque-là, à qui il avait la veille prêté un livre précieux, le lui renvoya le lendemain, sans un mot, à peine enveloppé dans un papier sur lequel elle fit mettre tout sec l'adresse de Saniette par son maître d'hôtel; elle ne voulait "rien devoir" à quelqu'un qui visiblement était loin d'être dans les bonnes grâces du petit noyau.

Saniette ignora d'ailleurs toujours cette impertinence. Car cinq minutes ne s'étaient pas écoulées depuis l'algarade de M. Verdurin, qu'un valet de pied vint prévenir le Patron que M. Saniette était tombé d'une attaque dans la cour de l'hôtel.

Mais la soirée n'était pas finie. "Faites-le ramener chez lui, ce ne sera rien", dit le Patron dont l'hôtel "particulier" , comme eut dit le directeur de l'hôtel de Balbec, fut assimilé ainsi à ces grands hôtels où on s'empresse de cacher les morts subites pour ne pas effrayer la clientèle, et où on cache provisoirement le défunt dans un garde-manger, jusqu'au moment où, eût-il été de son vivant le plus brillant et le plus généreux des hommes, on le fera sortir clandestinement par la porte reservée aux "plongeurs" et aux sauciers.

Mort, du reste, Saniette ne l'était pas. Il vécut encore quelques semaines, mais sans reprendre que passagèrement connaissance."

Source:    PROUST, 1242 - LA PRISONNIERE



SANIETTE CHEZ PROUST


"Inutile d'ajouter que Saniette comme Mme de Saint Euverte sont complices des actes de cruauté exercés à leur encontre. Le narrateur précise même que "les victimes sont lâches" ["Malheureusement dans le monde, comme dans le monde politique, les victimes sont si lâches qu’on ne peut pas en vouloir bien longtemps aux bourreaux."] et qu'elles participent à leur propre déchéance."
(LA CRUAUTE DANS SODOME ET GOMORRHE,
Michel Erman, Université de Bourgogne - à lire en ligne.)

Les occurrences du personnage de SANIETTE dans A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU:

1460 - Que cette parenthèse sur Mme de Forcheville m'autorise

... avait paru être autrefois, sinon une tête de turc comme Saniette, du moins l'objet de leurs railleries à peine déguisées. Du moins ...

proust - 21/07/2008 - 16:55 - 0 comments

1254 - Pour revenir en arrière, à la soirée Verdurin

... : « Tu sais où est allé Cottard ? Il est auprès de Saniette dont le coup de bourse pour se rattraper a échoué. En arrivant chez ... un franc et qu’il avait près d’un million de dettes, Saniette a eu une attaque. – Mais aussi pourquoi a-t-il joué, c’est idiot, ...

proust - 19/07/2008 - 19:17 - 0 comments

1242 - Au reste, le contraste apparent, cette union profonde entre le génie (le talent aussi et même la vertu) et la gaine de vi

... "C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette. - Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la ... "Je ne permets pas qu'on parle ainsi chez moi!" Saniette s'en alla en décrivant des cercles comme un homme ivre. ...

proust - page2007 - 13/11/2008 - 17:45 - 0 comments

1231 - Pour en revenir à M. de Charlus, Mme Verdurin n’eût pas trop souffert s’il n’avait mis à l’index que la comtesse Molé

... – Mais je ne l’ai jamais entendu dire, protesta Saniette. – Mais comment ? s’écria Mme Verdurin, c’était ...

proust - 19/07/2008 - 19:01 - 0 comments

1229 - A ce moment M. Verdurin vint à notre rencontre

... – Mais non, elle est morte à six heures », s’écria Saniette. « Vous, vous exagérez toujours », dit brutalement à Saniette M. Verdurin, qui, la soirée n’étant pas décommandée, préférait ...

proust - 19/07/2008 - 19:00 - 0 comments

1227 - Au moment où nous allions sonner à la porte de l’hôtel, nous fûmes rattrapés par Saniette

... à la porte de l’hôtel, nous fûmes rattrapés par Saniette qui nous apprit que la princesse Sherbatoff était morte à six heures ... baron, qui vit dans cet adverbe une critique. « Notre ami Saniette, se hâta d’expliquer Brichot qui joua le rôle d’interprète, ...

proust - 19/07/2008 - 18:58 - 0 comments

1039 - Bien entendu, la règle que j’avais imposée à Saint–Loup

... autorisé par moi à venir, ne fut presque jamais Saniette, et je me le suis bien souvent reproché. Mais la conscience que Saniette avait d’ennuyer (naturellement encore bien plus en venant faire une ...

proust - 16/07/2008 - 14:43 - 0 comments

1019 - On distinguait à peine la mer par les fenêtres de droite

... dehors. La Patronne fut particulièrement câline avec Saniette afin d’être certaine qu’il reviendrait le lendemain. «Mais vous ... sombra avec eux pendant la traversée. «Adieu, mon petit Saniette, ne manquez pas de venir demain, vous savez que mon mari vous aime ...

proust - 16/07/2008 - 14:13 - 0 comments

1018 - Du sermon que m’avait adressé Brichot

... de rage et a besoin de prendre l’air. «C’est encore Saniette qui t’a agacé? Mais puisque tu sais qu’il est idiot, prends-en ... qu’il faut parfois une patience d’ange pour supporter Saniette, et surtout se rappeler que c’est une charité de le recueillir. ...

proust - 16/07/2008 - 14:12 - 0 comments

1015 - Saniette, appelé pour faire le mort, déclara qu’il ne savait pas jouer au whist

Saniette, appelé pour faire le mort, déclara qu’il ne savait pas jouer au ... M. Verdurin, furieux, marcha d’un air terrible sur Saniette: «Vous ne savez donc jouer à rien!» cria-t-il, furieux d’avoir ...

proust - 16/07/2008 - 14:10 - 0 comments

1013 - Mme Verdurin vint à moi pour me montrer les fleurs d’Elstir

... de lui dire qu’elle l’était bien peu pour Saniette. «Comment, pas gentille! Mais il nous adore, vous ne savez pas ce que ... de calmer mon mari parce que, s’il allait trop loin, Saniette n’aurait qu’à ne pas revenir; et cela je ne le voudrais pas parce ...

proust - 16/07/2008 - 14:09 - 0 comments

1012 - Mon cher — collègue, dit-il à Brichot

... de M. de La Pommeraye, que nous entendîmes conférencier, Saniette, vous en souvient-il, du temps que le bon Porel avait été envoyé ... confins du monde, comme proconsul en Odéonie? Au nom de Saniette prononcé par Brichot, M. Verdurin lança à sa femme et à Cottard un ...

proust - 16/07/2008 - 14:08 - 0 comments

1011 - Peut-être le mieux serait-il d’attendre un peu, de commencer par voir Albertine

... encore, puisqu’il se nomme de Selves, sylva.» Saniette voyait avec joie la conversation prendre un tour si animé. Il ... d’hôtel de mettre une carafe d’eau près de M. Saniette qui ne buvait pas autre chose. (Les généraux qui font tuer le plus ... bien nourris.) Enfin Mme Verdurin avait une fois souri à Saniette. Décidément, c’étaient de bonnes gens. Il ne serait plus ...

proust - 16/07/2008 - 14:07 - 0 comments

1001 - Cottard, docile, avait dit à la Patronne

... des pronoms. M. Verdurin fut heureux de constater que Saniette, malgré les rebuffades que celui-ci avait essuyées l’avant-veille, ... frémissante, à sa timidité craintive et vite affolée, Saniette leur offrait un souffre-douleur quotidien. Aussi, de peur qu’il ...

proust - 16/07/2008 - 13:41 - 0 comments

0997 - Oubliant qu’elle tenait à son «coin», Mme Sherbatoff

... une des voitures. Dans l’autre montèrent le docteur, Saniette et Ski. (MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU, SODOME ET ...

proust - 16/07/2008 - 13:30 - 0 comments

0993 - Cottard disait beaucoup plus souvent: Je le verrai mercredi chez les Verdurin

... alors que je sauterai dessus.—De quoi parliez-vous, dit Saniette, qui fit semblant d’avoir été prendre l’air.—Je citai à ...

proust - 16/07/2008 - 13:01 - 0 comments

0990 - Après l’aveu qu’avait fait Mme Verdurin de l’intelligence de la princesse

... qui montèrent dans mon wagon à Graincourt se trouvait Saniette, qui jadis avait été chassé de chez les Verdurin par son cousin ... mêmes défauts s’étaient au contraire exagérés chez Saniette, au fur et à mesure qu’il cherchait à s’en corriger. Sentant ...

proust - 16/07/2008 - 12:59 - 0 comments

0783 - Le dreyfusisme avait rendu Swann d’une naïveté extraordinaire

... d’origine juive. Si un catholique pratiquant comme Saniette tenait aussi pour la révision, c’était qu’il était chambré par ... radicale. Elle était avant tout contre les «calotins». Saniette était plus bête que méchant et ne savait pas le tort que la ...

proust - 03/07/2008 - 13:59 - 0 comments

0084 Mais, à d’autres moments, sa douleur le reprenait, il s’imaginait qu’Odette était la maîtresse

... et sournois, que le jour où celui-ci avait chassé Saniette de chez les Verdurin. Alors Swann la détestait. «Mais aussi, je ...

edition - 03/04/2008 - 21:40 - 0 comments

0074 Un soir où Swann avait accepté de dîner avec les Verdurin

... chez les Verdurin. Soit que Forcheville sentant que Saniette, son beau-frère, n’était pas en faveur chez eux, eût voulu le ... présence, Forcheville répondit à ce propos maladroit de Saniette avec une telle grossièreté, se mettant à l’insulter, ... à cette scène, mais quand la porte se fut refermée sur Saniette, faisant descendre en quelque sorte de plusieurs crans l’expression ...

edition - 03/04/2008 - 21:28 - 0 comments

0070 Il aurait pourtant pu se dire qu’il y avait des anciens amis de ses parents aussi simples que les Verdurin

... (Il se trouva qu’il était justement le beau-frère de Saniette, ce qui remplit d’étonnement les fidèles: le vieil archiviste ... dit Mme Verdurin d’un ton aigre en s’adressant à Saniette, lequel absorbé dans des réflexions, avait cessé de manger. Et ...

edition - 03/04/2008 - 20:55 - 0 comments

0055 En disant aux Verdurin que Swann était très «smart», Odette leur avait fait craindre un «ennuyeux»

... de tout le monde, même d’un vieil ami des Verdurin, Saniette, à qui sa timidité, sa simplicité et son bon cœur avaient fait ... était incapable. En demandant à être présenté à M. Saniette, Swann fit à Mme Verdurin l’effet de renverser les rôles (au point ...

edition - 03/04/2008 - 20:34 - 0 comments



1242 - Au reste, le contraste apparent, cette union profonde entre le génie (le talent aussi et même la vertu) et la gaine de vi

Au reste, le contraste apparent, cette union profonde entre le génie (le talent aussi et même la vertu) et la gaine de vices où, comme il était arrivé pour Vinteuil, il est si fréquemment contenu, conservé, étaient lisibles, comme en une vulgaire allégorie, dans la réunion même des invités au milieu desquels je me retrouvai quand la musique fut finie. Cette réunion, bien que limitée cette fois au salon de Mme Verdurin, ressemblait à beaucoup d’autres, dont le gros public ignore les ingrédients qui y entrent, et que les journalistes philosophes, s’ils sont un peu informés, appellent parisiennes, ou panamistes, ou dreyfusardes, sans se douter qu’elles peuvent se voir aussi bien à Pétersbourg, à Berlin, à Madrid et dans tous les temps ; si, en effet, le sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, homme véritablement artiste, bien élevé et snob, quelques duchesses et trois ambassadeurs avec leurs femmes étaient ce soir chez Mme Verdurin, le motif proche, immédiat, de cette présence résidait dans les relations qui existaient entre M. de Charlus et Morel, relations qui faisaient désirer au baron de donner le plus de retentissement possible aux succès artistiques de sa jeune idole, et d’obtenir pour lui la croix de la Légion d’honneur ; la cause plus lointaine qui avait rendu cette réunion possible était qu’une jeune fille entretenant avec Mlle Vinteuil des relations parallèles à celles de Charlie et du baron avait mis au jour toute une série d’œuvres géniales et qui avaient été une telle révélation qu’une souscription n’allait pas tarder à être ouverte, sous le patronage du Ministre de l’Instruction publique, en vue de faire élever une statue à Vinteuil. D’ailleurs, à ces œuvres, tout autant que les relations de Mlle Vinteuil avec son amie, avaient été utiles celles du baron avec Charlie, sorte de chemin de traverse, de raccourci, grâce auquel le monde allait rejoindre ces œuvres sans le détour, sinon d’une incompréhension qui persisterait longtemps, du moins d’une ignorance totale qui eût pu durer des années. Chaque fois que se produit un événement accessible à la vulgarité d’esprit du journaliste philosophe, c’est-à-dire généralement un événement politique, les journalistes philosophes sont persuadés qu’il y a quelque chose de changé en France, qu’on ne reverra plus de telles soirées, qu’on n’admirera plus Ibsen, Renan, Dostoïevski, d’Annunzio, Tolstoï, Wagner, Strauss. Car les journalistes philosophes tirent argument des dessous équivoques de ces manifestations officielles pour trouver quelque chose de décadent à l’art qu’elles glorifient, et qui bien souvent est le plus austère de tous. Mais il n’est pas de nom, parmi les plus révérés de ces journalistes philosophes, qui n’ait tout naturellement donné lieu à de telles fêtes étranges, quoique l’étrangeté en fût moins flagrante et mieux cachée. Pour cette fête-ci, les éléments impurs qui s’y conjuguaient me frappaient à un autre point de vue ; certes, j’étais aussi à même que personne de les dissocier, ayant appris à les connaître séparément, mais surtout il arrivait que les uns, ceux qui se rattachaient à Mlle Vinteuil et à son amie, me parlant de Combray me parlaient aussi d’Albertine, c’est-à-dire de Balbec, puisque c’est parce que j’avais vu jadis Mlle Vinteuil à Montjouvain et que j’avais appris l’intimité de son amie avec Albertine, que j’allais tout à l’heure, en rentrant chez moi, trouver, au lieu de la solitude, Albertine qui m’attendait, et que les autres, ceux qui concernaient Morel et M. de Charlus, en me parlant de Balbec où j’avais vu, sur le quai de Doncières, se nouer leurs relations, me parlaient de Combray et de ses deux côtés, car M. de Charlus c’était un de ces Guermantes, comtes de Combray, habitant Combray sans y avoir de logis, entre ciel et terre, comme Gilbert le Mauvais dans son vitrail ; enfin Morel était le fils de ce vieux valet de chambre qui m’avait fait connaître la dame en rose et permis, tant d’années après, de reconnaître en elle Mme Swann.

"C'est bien rendu, hein ? demanda M. Verdurin à Saniette.

- Je crains seulement, répondit celui-ci en bégayant, que la virtuosité même de Morel n'offusque un peu le sentiment général de l'oeuvre.

- Offusquer, qu'est-ce que vous voulez dire ?" hurla M. Verdurin tandis que des invités s'empressaient, prêts, comme des lions, à dévorer l'homme terrassé.

"Oh ! je ne vise pas à lui seulement...

- Mais il ne sait plus ce qu'il dit. Viser à quoi ?

- Il... faudrait... que... j'entende... encore une fois pour porter un jugement à la rigueur.

- A la rigueur ! Il est fou !" dit M. Verdurin se prenant la tête dans les mains. "On devrait l'emmener.

- Cela veut dire : avec exactitude, vous... dites bbbien... avec une exactitude rigoureuse. Je dis que je ne peux pas juger à la rigueur.

- Et moi, je vous dis de vous en aller", cria M. Verdurin grisé par sa propre colère, en lui montrant la porte du doigt, l'oeil flambant. "Je ne permets pas qu'on parle ainsi chez moi!"

Saniette s'en alla en décrivant des cercles comme un homme ivre.

Certaines personnes pensèrent qu'il n'avait pas été invité pour qu'on le mît ainsi dehors. Et une dame très amie avec lui jusque-là, à qui il avait la veille prêté un livre précieux, le lui renvoya le lendemain, sans un mot, à peine enveloppé dans un papier sur lequel elle fit mettre tout sec l'adresse de Saniette par son maître d'hôtel; elle ne voulait "rien devoir" à quelqu'un qui visiblement était loin d'être dans les bonnes grâces du petit noyau.

Saniette ignora d'ailleurs toujours cette impertinence. Car cinq minutes ne s'étaient pas écoulées depuis l'algarade de M. Verdurin, qu'un valet de pied vint prévenir le Patron que M. Saniette était tombé d'une attaque dans la cour de l'hôtel.

Mais la soirée n'était pas finie. "Faites-le ramener chez lui, ce ne sera rien", dit le Patron dont l'hôtel "particulier" , comme eut dit le directeur de l'hôtel de Balbec, fut assimilé ainsi à ces grands hôtels où on s'empresse de cacher les morts subites pour ne pas effrayer la clientèle, et où on cache provisoirement le défunt dans un garde-manger, jusqu'au moment où, eût-il été de son vivant le plus brillant et le plus généreux des hommes, on le fera sortir clandestinement par la porte reservée aux "plongeurs" et aux sauciers.

Mort, du reste, Saniette ne l'était pas. Il vécut encore quelques semaines, mais sans reprendre que passagèrement connaissance.



La conviction crée l’évidence : la jeune beauté, "vieille rombière de 80 ans"

"Le témoignage des sens est lui aussi une opération de l’esprit où la conviction crée l’évidence."

Après l'exemple de la pistière du maître d'hôtel, Proust donne celui la jeune beauté, vue en "vieille rombière de 80 ans":

"Je ne connais rien de plus beau, de plus noble et plus jeune qu’une nièce de Mme de Guermantes.

Mais j’entendis le concierge d’un restaurant où j’allais quelquefois dire sur son passage :

«Regarde-moi cette vieille rombière, quelle touche ! et ça a au moins quatre-vingts ans.»

Pour l’âge il me paraît difficile qu’il le crût. Mais les chasseurs groupés autour de lui, qui ricanaient chaque fois qu’elle passait devant l’hôtel pour aller voir non loin de là ses deux charmantes grand’tantes, Mmes de Fezensac et de Ballery, virent sur le visage de cette jeune beauté les quatre-vingts ans que, par plaisanterie ou non, avait donnés le concierge à la vieille « rombière ».

On les aurait fait tordre en leur disant qu’elle était plus distinguée que l’une des deux caissières de l’hôtel, qui, rongée d’eczéma, ridicule de grosseur, leur semblait belle femme."

Proust 1211 - LA PRISONNIERE

Photo: Lizzie par Comte de Pique



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