Thierry de Montbrial, René Girard, François Bayrou, et le mécanisme cathartique

Thierry de Montbrial consacre deux pages à René Girard, dans l'Action et le système du monde (PUF p. 199-200).

Quelques extraits et commentaires (application au concept de centre défendu par François Bayrou).

Thierry de Montbrial :

"Posons-nous à ce stade la question plus générale de savoir ce qui peut préserver une société de la décomposition violente."

...

"(Pour René Girard), expulser le sacré, liquider le religieux, c'est préparer le retour de la violence." (La fonction du sacré étant d'assurer la catharsis de la violence).

Thierry de Montbrial n'est pas d'accord, et voit dans l'alternance politique un fusible suffisant, assurant la fonction cathartique, au sein d'un système libéral émancipé du sacré:

"l'alternance politique, mécanisme cathartique s'il en est".

Relier cette fonction à l'analyse girardienne de la violence constitutive des sociétés, éclaire d'un jour nouveau les haines politiques partisanes:

bien loin d'exprimer simplement la crainte d'une politique précise, et de pouvoir se résoudre par un accord sur le programme politique, la violence politique partisane serait l'équivalent moderne du sacrifice sacré dans les sociétés primitives : une violence nécessaire, indépassable, assurant la catharsis de toutes les violences étouffées.

S'il en était ainsi, cette violence dialectique, trouvant sa résolution dans l'exigence d'alternance, expliquerait l'impasse du centre, et rendrait impossible la conception d'un centre tel que rêvé par François Bayrou : un lieu pacifié rassemblant toutes les compétences.

Ce centre ne répondrait pas aux exigences de violence des peuples. Il ne remplirait pas la fonction cathartique de l'alternance manichéenne.

Le mépris contenu dans l'expression courante : "centre mou", renverrait à l'exigence de violence sacrée.

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