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OUVERTURE
0001 Longtemps, je me suis couché de bonne heure
0002 Quelquefois, comme Eve naquit d’une côte d’Adam
0003 Ces évocations tournoyantes et confuses
0004 A Combray, tous les jours dès la fin de l’après-midi
0005 Après le dîner, hélas, j’étais bientôt obligé de quitter maman
0006 Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m’embrasser
0007 Pendant bien des années, où pourtant, surtout avant son mariage, M. Swann
0008 Un jour qu’il était venu nous voir à Paris après dîner en s’excusant d’être en habit
0009 Mais le seul d’entre nous pour qui la venue de Swann devint l’objet d’une préoccupation douloureuse
0010 Je ne quittais pas ma mère des yeux
0011 L’angoisse que je venais d’éprouver
0012 J’entendis les pas de mes parents qui accompagnaient Swann
0013 Maman passa cette nuit-là dans ma chambre
0014 Maman s’assit à côté de mon lit; elle avait pris François le Champi
0015 C’est ainsi que, pendant longtemps, quand, réveillé la nuit, je me ressouvenais de Combray
COMBRAY
0016 Combray de loin, à dix lieues à la ronde, vu du chemin de fer
0017 Dans la chambre voisine, j’entendais ma tante qui causait toute seule
0018 Françoise, en effet, qui était depuis des années a son service
0019 Pendant que ma tante devisait ainsi avec Françoise, j’accompagnais mes parents à la messe
0020 En rentrant de la messe, nous rencontrions souvent M. Legrandin
0021 Quand, à notre retour, ma tante nous faisait demander si Mme Goupil
0022 Enfin ma mère me disait: «Voyons, ne reste pas ici indéfiniment
0023 Aussi je n’entrais plus dans le cabinet de repos maintenant fermé, de mon oncle Adolphe
0024 Pendant que la fille de cuisine,—faisant briller involontairement la supériorité de Françoise
0025 Quelquefois j’étais tiré de ma lecture, dès le milieu de l’après-midi par la fille du jardinier
0026 Sauf ces jours-là, je pouvais d’habitude, au contraire, lire tranquille
0027 Mais au sujet de Bergotte il avait dit vrai
0028 Tandis que je lisais au jardin
0029 Ainsi passait la vie pour ma tante Léonie, toujours identique
0030 Le samedi avait encore ceci de particulier que ce jour-là
0031 Si la journée du samedi, qui commençait une heure plus tôt
0032 Un dimanche, où ma tante avait eu la visite simultanée du curé et d’Eulalie
0033 Hélas! nous devions définitivement changer d’opinion sur Legrandin
0034 Nous rentrions toujours de bonne heure de nos promenades
0035 Quand on voulait aller du côté de Méséglise
0036 Le départ de Mlle Swann qui,—en m’ôtant la chance terrible de la voir apparaître dans une allée, d’être connu et méprisé
0037 Léonie, dit mon grand-père en rentrant, j’aurais voulu t’avoir avec nous tantôt
0038 Cette année-là, quand, un peu plus tôt que d’habitude, mes parents eurent fixé le jour de rentrer
0039 C’est du côté de Méséglise, à Montjouvain
0040 Comme la promenade du côté de Méséglise était la moins longue des deux
0041 C’est peut-être d’une impression ressentie aussi auprès de Montjouvain
0042 S’il était assez simple d’aller du côté de Méséglise, c’était une autre affaire d’aller du côté de Guermantes
0043 Le plus grand charme du côté de Guermantes
0044 Mais plus loin le courant se ralentit, il traverse une propriété
0045 Un jour ma mère me dit: «Puisque tu parles toujours de Mme de Guermantes
0046 Combien depuis ce jour, dans mes promenades du côté de Guermantes
0047 Pendant toute la journée, dans ces promenades, j’avais pu rêver au plaisir
0048 C’est ainsi que je restais souvent jusqu’au matin à songer au temps de Combray
UN AMOUR DE SWANN :
0049 Pour faire partie du «petit noyau», du «petit groupe», du «petit clan» des Verdurin
0050 Certes le «petit noyau» n’avait aucun rapport avec la société où fréquentait Swann
0051 Quelquefois tel couple ami de mes grands-parents et qui jusque-là s’était plaint de ne jamais voir Swann
0052 Mais tandis que chacune de ces liaisons, ou chacun de ces flirts
0053 Odette de Crécy retourna voir Swann
0054 Mon grand-père avait précisément connu, ce qu’on n’aurait pu dire d’aucun de leurs amis actuels, la famille de ces Verdurin
0055 En disant aux Verdurin que Swann était très «smart», Odette leur avait fait craindre un «ennuyeux»
0056 Cependant, M. Verdurin, après avoir demandé à Swann la permission d’allumer sa pipe
0057 Or quand le pianiste eut joué, Swann fut plus aimable encore avec lui
0058 Vous savez que votre ami nous plaît beaucoup, dit Mme Verdurin à Odette
0059 Mais Swann se disait que s’il montrait à Odette
0060 Mais il n’entrait jamais chez elle. Deux fois seulement
0061 Une seconde visite qu’il lui fit eut plus d’importance peut-être
0062 Et cependant ce n’était pas seulement la lassitude d’Odette qu’il s’ingéniait à prévenir
0063 Mais une fois qu’ayant songé avec maussaderie à cet inévitable retour ensemble
0064 De tous les modes de production de l’amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré
0065 Maintenant, tous les soirs, quand il l’avait ramenée chez elle, il fallait qu’il entrât
0066 Il n’allait chez elle que le soir, et il ne savait rien de l’emploi de son temps pendant le jour
0067 Sauf en lui demandant la petite phrase de Vinteuil au lieu de la Valse des Roses
0068 Sentant que souvent il ne pouvait pas réaliser ce qu’elle rêvait, il cherchait du moins à ce qu’elle se plût avec lui
0069 Comme tout ce qui environnait Odette et n’était en quelque sorte que le mode selon lequel il pouvait la voir
0070 Il aurait pourtant pu se dire qu’il y avait des anciens amis de ses parents aussi simples que les Verdurin
0071 Swann ignorait encore la disgrâce dont il était menacé chez les Verdurin
0072 Un jour que des réflexions de ce genre le ramenaient encore au souvenir du temps
0073 Le soir, quand il ne restait pas chez lui à attendre l’heure de retrouver Odette chez les Verdurin
0074 Un soir où Swann avait accepté de dîner avec les Verdurin
0075 Un jour que Swann était sorti au milieu de l’après-midi
0076 Quand il voulut dire adieu à Odette pour rentrer
0077 Un mois après le jour où il avait lu la lettre adressée par Odette à Forcheville
0078 En somme la vie qu’on menait chez les Verdurin
0079 Alors ce salon qui avait réuni Swann et Odette devint un obstacle à leurs rendez-vous
0080 D’autres fois il lui disait que ce qui plus que tout ferait qu’il cesserait de l’aimer
0081 Bien qu’elle ne lui permît pas en général de la rejoindre dans des lieux publics
0083 Pourtant il se doutait bien que ce qu’il regrettait ainsi
0084 Mais, à d’autres moments, sa douleur le reprenait, il s’imaginait qu’Odette était la maîtresse
0085 Maintenant qu’après cette oscillation, Odette était naturellement revenue à la place d’où la jalousie
0086 Ainsi, par le chimisme même de son mal, après qu’il avait fait de la jalousie avec son amour
0087 Certes l’étendue de cet amour, Swann n’en avait pas une conscience directe
0088 S’il était obligé de donner des excuses aux gens du monde
0089 Mon oncle conseilla à Swann de rester un peu sans voir Odette qui ne l’en aimerait que plus
0090 Même quand il ne pouvait savoir où elle était allée
0091 Comme Odette ne lui donnait aucun renseignement
0092 Il arrivait encore parfois, quand, ayant rencontré Swann
0093 Ces nouvelles façons indifférentes, distraites, irritables
0094 Mais sa si précautionneuse prudence fut déjouée
0095 Swann retrouva rapidement le sentiment de la laideur masculine
0096 Swann s’était avancé, sur l’insistance de Mme de Saint-Euverte
0097 Or, la princesse des Laumes qu’on ne se serait pas attendu à voir
0098 Le pianiste qui avait à jouer deux morceaux de Chopin
0099 Cependant le pianiste redoublant de vitesse
0100 Swann aimait beaucoup la princesse des Laumes
0101 Swann voulait partir, mais au moment où il allait enfin s’échapper
0102 Mais le concert recommença et Swann comprit
0103 A partir de cette soirée, Swann comprit que le sentiment qu’Odette
0104 Quelquefois il espérait qu’elle mourrait sans souffrances dans un accident
0105 Un jour il reçut une lettre anonyme, qui lui disait qu’Odette avait été la maîtresse
0106 Un jour, étant dans la période de calme la plus longue
0107 Swann avait envisagé toutes les possibilités
0108 Ma chérie, lui dit-il, c’est fini, était-ce avec une personne que je connais
0109 Mais elle vit que ses yeux restaient fixés sur les choses qu’il ne savait pas
0110 Mais souvent les choses qu’il ne connaissait pas
0111 D’ailleurs ses aveux même, quand elle lui en faisait
0112 Certains soirs elle redevenait tout d’un coup avec lui d’une gentilless
0113 Quelquefois il allait dans des maisons de rendezvous, espérant apprendre quelque chose d’elle
0114 Le peintre ayant été malade, le docteur Cottard lui conseilla un voyage en mer
0115 Jadis ayant souvent pensé avec terreur qu’un jour il cesserait d’être épris d’Odette
NOMS DE PAYS : LE NOM :
0116 Parmi les chambres dont j’évoquais le plus souvent l’image
0117 J’aurais voulu prendre dès le lendemain le beau train généreux
0118 Mais si ces noms absorbèrent à tout jamais l’image que j’avais de ces villes
0119 Si ma santé s’affermissait
0120 Un jour, comme je m’ennuyais à notre place familière, à côté des chevaux de bois
0121 Retournerait-elle seulement aux Champs-Élysées
0122 Le premier de ces jours—auxquels la neige, image des puissances
0123 Ce jour que j’avais tant redouté fut au contraire
0124 Mais quand j’arrivais aux Champs-Élysées
0125 Une autre fois, toujours préoccupé du désir d’entendre la Berma
0126 Mais au moment même, je ne pouvais apprécier la valeur de ces plaisirs nouveaux
0127 J’emmenais Françoise au-devant de Gilberte
0128 Un de ces jours de soleil qui n’avait pas réalisé mes espérances
0129 En attendant je relisais une page que ne m’avait pas écrite Gilberte
0130 J’avais toujours à portée de ma main un plan de Paris
0131 Quant à Swann, pour tâcher de lui ressembler
0132 Les jours où Gilberte m’avait annoncé qu’elle ne devait pas venir
0133 Mais le plus souvent,—quand je ne devais pas voir Gilbert
0134 J’assignais la première place à la simplicité
0135 Cette complexité du bois de Boulogne qui en fait un lieu factice
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OVERTURE
0001 For a long time I used to go to bed early
0002 Sometimes, too, just as Eve was created from a rib of Adam
0003 These shifting and confused gusts of memory
0004 At Combray, as every afternoon ended, long before the time
0005 But after dinner, alas, I was soon obliged to leave Mamma
0006 My sole consolation when I went upstairs for the night
0007 For many years, albeit — and especially before his marriage
0008 One day when he had come to see us after dinner
0009 But the only one of us in whom the prospect of Swann’s
0010 I never took my eyes off my mother
0011 As for the agony through which I had just passed
0012 I could hear my parents’ footsteps as they went with Swann
0013 Mamma spent that night in my room
0014 Mamma sat down by my bed
0015 And so it was that, for a long time afterwards
COMBRAY
0016 Combray at a distance, from a twenty-mile radius
0017 In the next room I could hear my aunt talking
0018 Françoise, who had been for many years in my aunt’s service
0019 While my aunt gossiped on in this way with Françoise
0020 On our way home from mass we would often meet M. Legrandin
0021 When, on our reaching the house
0022 At length my mother would say to me
0023 And so I no longer used to go into the little sitting-room
0024 Then while the kitchen-maid—who
0025 Sometimes I would be torn from my book
0026 Except on such days as these
0027 For the first few days, like a tune
0028 While I was reading in the garden
0029 In this way life went by for my aunt Léonie
0030 The day had yet another characteristic feature
0031 Although Saturday, by beginning an hour earlier
0032 One Sunday, when my aunt had received simultaneous visits
0033 Alas! we had definitely to alter our opinion of
0034 We used always to return from our walks
0035 When we had decided to go the ‘Méséglise way’
0036 The absence of Mlle. Swann
0037 “Léonie,” said my grandfather on our return
0038 That year my family fixed the day of their return to Paris
0039 It was along the ‘Méséglise way,’ at Montjouvain
0040 Since the ‘Méséglise way’
0041 And it is perhaps from another impression which I received
0042 If the ‘Méséglise way’ was so easy
0043 The great charm of the ‘Guermantes’ way
0044 But farther on the current slackened
0045 One day my mother said: “You are always talking about
0046 How often, after that day, in the course of my walks
0047 All day long, during these walks
SWANN IN LOVE :
0048 And so I would often lie until morning
0049 To admit you to the little nucleus
0050 Now there was no connection whatsoever
0051 Occasionally a couple of my grandparents’ acquaintance
0052 But while each of these attachments, each of these
0053 Odette de Crécy came again to see Swann
0054 It so happened that my grandfather had
0055 In telling the Verdurins that Swann was extremely smart
0056 Meanwhile M. Verdurin, after first asking Swann’s
0057 After the pianist had played, Swann felt and shewed
0058 D’you know; we like your friend so very much
0059 But Swann said to himself that, if he could make Odette
0060 He would escort her to her gate, but no farther
0061 More important, perhaps, was a second visit which he paid
0062 It was not only Odette’s indifference
0063 But one evening, when, irritated by the thought
0064 Among all the methods by which love is brought into being
0065 The ice once broken, every evening, when he had taken her
0066 He went to her only in the evenings
0067 Except when he asked her for Vinteuil’s little phrase
0068 Feeling that, often, he could not give her in reality
0069 Like everything else that formed part of Odette’s
0070 He might have reminded himself, all the same
0071 Swann was still unconscious of the disgrace that threatened
0072 One day, when reflections of this order had brought him
0073 In the evening, when he did not stay at home until it was
0074 One evening, when Swann had consented to dine with the
0075 One day when Swann had gone out early in the afternoon
0076 When he proposed to take leave of Odette
0077 A month after the evening on which he had intercepted and
0078 In a word, the life which they led at the Verdurins
0079 And so that drawing-room which had brought Swann and
0080 On other occasions he had assured himself
0081 Although she would not allow him, as a rule, to meet her
0083 And yet he was inclined to suspect
0084 But at other times, grief would again take hold of him
0085 Now that, after this swing of the pendulum, Odette
0086 And so, by the chemical process of his malady
0087 Certainly, of the extent of this love Swann
0088 If he was obliged to make excuses to his fashionable
0089 My uncle advised Swann not to see Odette for some days
0090 Even when he could not discover where she had gone
0091 Since Odette never gave him any information
0092 It sometimes happened, again, that, when, after meeting
0093 These new manners, indifferent, listless, irritable
0094 But his so meticulous prudence was defeated
0095 He speedily recovered his sense of the general ugliness
0096 Swann had gone forward into the room, under pressure
0097 At this moment the Princesse des Laumes
0098 The pianist, who was ‘down’ to play two pieces by Chopin
0099 Meanwhile, the pianist having doubled his speed
0100 Swann was extremely fond of the Princesse des Laumes
0101 Swann now wished to go home
0102 Meanwhile the concert had begun again, and Swann
0103 From that evening, Swann understood that the feeling
0104 Sometimes he hoped that she would die, painlessly
0105 One day he received an anonymous letter
0106 One day, after the longest period of calm
0107 Swann had prepared himself for all possibilities
0108 “My darling,” he began again
0109 But she saw that his eyes remained fixed upon the things
0110 But, often enough, the things that he did not know
0111 Besides, her very admissions—when she made any—of faults
0112 On certain evenings she would suddenly resume towards him
0113 Sometimes he repaired to ‘gay’ houses
0114 The painter having been ill, Dr. Cottard
0115 In former times, having often thought with terror
PLACE-NAMES: THE NAME :
0116 Among the rooms which used most commonly
0117 I should have liked to take, the very next day
0118 But if their names thus permanently absorbed
0119 Had my health definitely improved
0120 One day, as I was weary of our usual place
0121 Only, would she come again to the Champs-Elysées?
0122 The first of these days—to which the snow
0123 This day, which I had begun with so many misgivings
0124 But when I arrived at the Champs-Elysées
0125 Another time, being still obsessed by the desire
0126 But at that actual moment, I was not able to appreciate
0127 I dragged Françoise, on the way towards Gilberte
0128 On one of these sunny days which had not realised my hopes
0129 While I waited I read over again a page
0130 I had always, within reach, a plan of Paris
0131 As for Swann, in my attempts to resemble him
0132 On the days when Gilberte had warned me
0133 But most often of all, on days when I was not to see
0134 I assigned the first place, in the order of aesthetic
0135 That sense of the complexity of the Bois
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