1517 - En d'autres êtres d'ailleurs, ces changements, ces véritables aliénations

En d'autres êtres d'ailleurs, ces changements, ces véritables aliénations semblaient sortir du domaine de l'histoire naturelle et on s'étonnait en entendant un nom qu'un même être pût présenter non comme M. d'Argencourt les caractéristiques d'une nouvelle espèce différente mais les traits extérieurs d'un autre caractère. C'étaient bien comme pour M. d'Argencourt des possibilités insoupçonnées que le temps avait tirées de telle jeune fille, mais ces possibilités bien qu'étant toutes physionomiques ou corporelles, semblaient avoir quelque chose de moral. Les traits du visage s'ils changent, s'ils s'assemblent autrement, s'ils se contractent de façon habituelle d'une manière plus lente, prennent avec un aspect autre, une signification différente. De sorte qu'il y avait telle femme qu'on avait connue bornée et sèche, chez laquelle un élargissement des joues devenues méconnaissables, un busquage imprévisible du nez, causaient la même [vol II.90] surprise, la même bonne surprise souvent, que tel mot sensible et profond, telle action courageuse et noble qu'on n'aurait jamais attendus d'elle. Autour de ce nez, nez nouveau on voyait s'ouvrir des horizons qu'on n'eût pas osé espérer. La bonté, la tendresse jadis impossibles devenaient possibles avec ces joues-là. On pouvait faire entendre devant ce menton ce qu'on n'aurait jamais eu l'idée de dire devant le précédent. Tous ces traits nouveaux du visage impliquaient d'autres traits de caractère; la sèche et maigre jeune fille était devenue une vaste et indulgente douairière. Ce n'est plus dans un sens zoologique comme M. d'Argencourt, c'est dans un sens social et moral qu'on pouvait dire que c'était une autre personne.