Une page de Proust au hasard:
1420 - Ce qu’il y avait eu de réel sous l’apparence d’alors
Aussi me fallait-il, à tant d’années de distance, faire subir une retouche à une image que je me rappelais si bien, opération qui me rendit assez heureux en me montrant que l’abîme infranchissable que j’avais cru alors exister entre moi et un certain genre de petites filles aux cheveux dorés était aussi imaginaire que l’abîme de Pascal, et que je trouvai poétique à cause de la longue série d’années au fond de laquelle il me fallut l’accomplir. J’eus un sursaut de désir et de regret en pensant aux souterrains de Roussainville. Pourtant j’étais heureux de me dire que ce bonheur vers lequel se tendaient toutes mes forces alors, et que rien ne pouvait plus me rendre, eût existé ailleurs que dans ma pensée, en réalité si près de moi, dans ce Roussainville dont je parlais si souvent, que j’apercevais du cabinet sentant l’iris. Et je n’avais rien su! En somme, elle résumait tout ce que j’avais désiré dans mes promenades, jusqu’à ne pas pouvoir me décider à rentrer, croyant voir s’entr’ouvrir, s’animer les arbres. Ce que je souhaitais si fiévreusement alors, elle avait failli, si j’eusse seulement su le comprendre et la retrouver, me le faire goûter dès mon adolescence. Plus complètement encore que je n’avais cru, Gilberte était à cette époque-là vraiment du côté de Méséglise.
Et même ce jour où je l’avais rencontrée sous une porte, bien qu’elle ne fût pas Mlle de l’Orgeville, celle que Robert avait connue dans les maisons de passe (et quelle drôle de chose que ce fût précisément à son futur mari que j’en eusse demandé l’éclaircissement!), je ne m’étais pas tout à fait trompé sur la signification de son regard, ni sur l’espèce de femme qu’elle était et m’avouait maintenant avoir été. « Tout cela est bien loin, me dit-elle, je n’ai jamais plus songé qu’à Robert depuis le jour où je lui ai été fiancée. Et, voyez-vous, ce n’est même pas ce caprice d’enfant que je me reproche le plus. »
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