Une page de Proust au hasard:
1386 - Elle aimait aussi parler du prince d’Agrigente et de M. de Bréauté
Elle aimait aussi parler du prince d’Agrigente et de M. de Bréauté pour une autre raison. Le prince d’Agrigente l’était par héritage de la maison d’Aragon, mais sa seigneurie était poitevine. Quant à son château, celui du moins où il résidait, ce n’était pas un château de sa famille mais de la famille d’un premier mari de sa mère, et il était situé à peu près à égale distance de Martinville et de Guermantes. Aussi Gilberte parlait-elle de lui et de M. de Bréauté comme de voisins de campagne qui lui rappelaient sa vieille province. Matériellement, il y avait une part de mensonge dans ces paroles, puisque ce n’est qu’à Paris, par la comtesse Molé, qu’elle avait connu M. de Bréauté, d’ailleurs vieil ami de son père. Quant au plaisir de parler des environs de Tansonville, il pouvait être sincère. Le snobisme est pour certaines personnes analogue à ces breuvages agréables auxquels elles mêlent des substances utiles. Gilberte s’intéressait à telle femme élégante parce qu’elle avait de superbes livres et des Nattiers que mon ancienne amie n’eût sans doute pas été voir à la Bibliothèque nationale et au Louvre, et je me figure que, malgré la proximité plus grande encore, l’influence attrayante de Tansonville se fût moins exercée pour Gilberte sur Mme Sazerat ou Mme Goupil que sur M. d’Agrigente.
« Oh! pauvre Bébel et pauvre Gri-Gri, dit Mme de Guermantes, ils sont bien plus malades que du Lau, je crains qu’ils n’en aient pas pour longtemps, ni l’un ni l’autre. »
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