1229 - A ce moment M. Verdurin vint à notre rencontre
Cependant Mme Verdurin était en grande conférence avec Cottard et Ski. Morel venait de refuser (parce que M. de Charlus ne pouvait s’y rendre) une invitation chez des amis auxquels elle avait pourtant promis le concours du violoniste. La raison du refus de Morel de jouer à la soirée des amis des Verdurin, raison à laquelle nous allons tout à l’heure en voir s’ajouter de bien plus graves, avait pu prendre sa force grâce à une habitude propre, en général, aux milieux oisifs, mais tout particulièrement au petit noyau. Certes, si Mme Verdurin surprenait, entre un nouveau et un fidèle, un mot dit à mi-voix et pouvant faire supposer qu’ils se connaissaient, ou avaient envie de se lier (« Alors, à vendredi chez les un Tel » ou : « Venez à l’atelier le jour que vous voudrez, j’y suis toujours jusqu’à cinq heures, vous me ferez vraiment plaisir »), agitée, supposant au nouveau une « situation » qui pouvait faire de lui une recrue brillante pour le petit clan, la Patronne, tout en faisant semblant de n’avoir rien entendu et en conservant à son beau regard, cerné par l’habitude de Debussy plus que n’aurait fait celle de la cocaïne, l’air exténué que lui donnaient les seules ivresses de la musique, n’en roulait pas moins, sous son front magnifique, bombé par tant de quatuors et les migraines consécutives, des pensées qui n’étaient pas exclusivement polyphoniques, et, n’y tenant plus, ne pouvant plus attendre une seconde sa piqûre, elle se jetait sur les deux causeurs, les entraînait à part, et disait au nouveau en désignant le fidèle : « Vous ne voulez pas venir dîner avec lui, samedi par exemple, ou bien le jour que vous voudrez, avec des gens gentils ? N’en parlez pas trop fort parce que je ne convoquerai pas toute cette tourbe » (terme désignant pour cinq minutes le petit noyau, dédaigné momentanément pour le nouveau en qui on mettait tant d’espérances).
Mais ce besoin de s’engouer, de faire aussi des rapprochements, avait sa contre-partie. L’assiduité aux mercredis faisait naître chez les Verdurin une disposition opposée. C’était le désir de brouiller, d’éloigner. Il avait été fortifié, rendu presque furieux par les mois passés à la Raspelière, où l’on se voyait du matin au soir. M. Verdurin s’y ingéniait à prendre quelqu’un en faute, à tendre des toiles où il pût passer à l’araignée sa compagne quelque mouche innocente. Faute de griefs, on inventait des ridicules. Dès qu’un fidèle était sorti une demi-heure, on se moquait de lui devant les autres, on feignait d’être surpris qu’ils n’eussent pas remarqué combien il avait toujours les dents sales, ou, au contraire, qu’il les brossât, par manie, vingt fois par jour. Si l’un se permettait d’ouvrir la fenêtre, ce manque d’éducation faisait que le Patron et la Patronne échangeaient un regard révolté. Au bout d’un instant, Mme Verdurin demandait un châle, ce qui donnait le prétexte à M. Verdurin de dire, d’un air furieux : « Mais non, je vais fermer la fenêtre, je me demande qu’est-ce qui s’est permis de l’ouvrir », devant le coupable, qui rougissait jusqu’aux oreilles. On vous reprochait indirectement la quantité de vin qu’on avait bue. « Ça ne vous fait pas mal ? C’est bon pour un ouvrier. » Les promenades ensemble de deux fidèles qui n’avaient pas préalablement demandé son autorisation à la Patronne avaient pour conséquence des commentaires infinis, si innocentes que fussent ces promenades. Celles de M. de Charlus avec Morel ne l’étaient pas. Seul le fait que le baron n’habitait pas la Raspelière (à cause de la vie de garnison de Morel) retarda le moment de la satiété, des dégoûts, des vomissements. Il était pourtant prêt à venir.
SCENARIO ALBERTINE
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