1168 - Aussi parfois, certains soirs, j’eus recours à une ruse qui me donnait le baiser d’Albertine

Aussi parfois, certains soirs, j’eus recours à une ruse qui me donnait le baiser d’Albertine. Sachant combien, dès qu’elle était étendue, son ensommeillement était rapide (elle le savait aussi, car, instinctivement, dès qu’elle s’étendait, elle ôtait ses mules, que je lui avais données, et sa bague, qu’elle posait à côté d’elle comme elle faisait dans sa chambre avant de se coucher), sachant combien son sommeil était profond, son réveil tendre, je prenais un prétexte pour aller chercher quelque chose, je la faisais étendre sur mon lit. Quand je revenais elle était endormie, et je voyais devant moi cette autre femme qu’elle devenait dès qu’elle était entièrement de face. Mais elle changeait bien vite de personnalité, car je m’allongeais à côté d’elle et la retrouvais de profil. Je pouvais mettre ma main dans sa main, sur son épaule, sur sa joue. Albertine continuait de dormir.