Une page de Proust au hasard:
1164 - Je crois que vraiment, ce jour-là, j’allais décider notre séparation et partir pour Venise
Elle avait oublié le mensonge qu’elle m’avait fait un soir sur la dame susceptible chez qui c’était de toute nécessité d’aller prendre le thé, dût-elle en allant voir cette dame perdre mon amitié et se donner la mort. Je ne lui rappelai pas son mensonge. Mais il m’accabla. Et je remis encore à une autre fois la rupture. Il n’y a pas besoin de sincérité, ni même d’adresse, dans le mensonge, pour être aimé. J’appelle ici amour une torture réciproque. Je ne trouvais nullement répréhensible, ce soir, de lui parler comme ma grand’mère, si parfaite, l’avait fait avec moi, ni, pour lui avoir dit que je l’accompagnerais chez les Verdurin, d’avoir adopté la façon brusque de mon père qui ne nous signifiait jamais une décision que de la façon qui pouvait nous causer le maximum d’une agitation en disproportion, à ce degré, avec cette décision elle-même. De sorte qu’il avait beau jeu à nous trouver absurdes de montrer pour si peu de chose une telle désolation, qui, en effet, répondait à la commotion qu’il nous avait donnée. Comme – de même que la sagesse inflexible de ma grand’mère – ces velléités arbitraires de mon père étaient venues chez moi compléter la nature sensible, à laquelle elles étaient restées si longtemps extérieures et que, pendant toute mon enfance, elles avaient fait tant souffrir, cette nature sensible les renseignait fort exactement sur les points qu’elles devaient viser efficacement : il n’y a pas de meilleur indicateur qu’un ancien voleur, ou qu’un sujet de la nation qu’on combat. Dans certaines familles menteuses, un frère venu voir son frère sans raison apparente et lui demandant dans une incidente, sur le pas de la porte, en s’en allant, un renseignement qu’il n’a même pas l’air d’écouter, signifie par cela même à son frère que ce renseignement était le but de sa visite, car le frère connaît bien ces airs détachés, ces mots dits comme entre parenthèses, à la dernière seconde, car il les a souvent employés lui-même. Or il y a aussi des familles pathologiques, des sensibilités apparentées, des tempéraments fraternels, initiés à cette tacite langue qui fait qu’en famille on se comprend sans se parler. Aussi, qui donc peut plus qu’un nerveux être énervant ? Et puis, il y avait peut-être à ma conduite, dans ces cas-là, une cause plus générale, plus profonde. C’est que, dans ces moments brefs, mais inévitables, où l’on déteste quelqu’un qu’on aime – ces moments qui durent parfois toute la vie avec les gens qu’on n’aime pas – on ne veut pas paraître bon pour ne pas être plaint, mais à la fois le plus méchant et le plus heureux possible pour que votre bonheur soit vraiment haïssable et ulcère l’âme de l’ennemi occasionnel ou durable. Devant combien de gens ne me suis-je pas mensongèrement calomnié, rien que pour que mes « succès » leur parussent immoraux et les fissent plus enrager ! Ce qu’il faudrait, c’est suivre la voie inverse, c’est montrer sans fierté qu’on a de bons sentiments, au lieu de s’en cacher si fort. Et ce serait facile si on savait ne jamais haïr, aimer toujours. Car, alors, on serait si heureux de ne dire que les choses qui peuvent rendre heureux les autres, les attendrir, vous en faire aimer !
SUR LE MEME THEME:
- LA PRISONNIERE - MARCEL PROUST
- 1293 - Quand ainsi le départ d’Albertine n’aurait plus d’inconvénients
- 1292 - Nous revînmes très tard, dans une nuit où, çà et là, au bord du chemin, un pantalon rouge à côté d’un jupon révélaient de
- 1290 - Ce jour-là et le lendemain nous sortîmes ensemble, puisque Albertine ne voulait plus sortir avec Andrée
- 1291 - Au fond, nous n’avons faim ni l’un ni l’autre, on aurait pu passer chez les Verdurin, me dit Albertine
Deux notes littéraires au hasard:
PROUST
TAGS
FILMS7
- THE POGUES - DIRTY OLD TOWN - LIVE
- LOUIS JOUVET - UN REVENANT - On ne se rencontrera jamais
- LOUIS JOUVET - L'album des princesses disponibles - Choisir sa femme dans un catalogue illustré
- JULIA DELAGE
- LILIE PARM
- DEPARDIEU : J'ai un tatouage à plusieurs dimensions - MICHEL BLANC - TENUE DE SOIREE - BERTRAND BLIER
- BREF LE MAGAZINE DU COURT METRAGE
- ORFEO - GUSTAVE MOREAU & MONTEVERDI & GLUCK
- FILMS7 - LES "UNE"
- KATHLEEN FERRIER - CHE PURO CIEL - ORFEO - GLUCK
- NIGEL ROGERS & JAMES BOWMAN - MONTEVERDI : ORFEO : la descente aux Enfers d'Orphée
- NIGEL ROGERS & IAN PARTRIDGE - MONTEVERDI : Zefiro Torna - NIGEL ROGERS le demi-dieu de Monteverdi
- EMMANUELLE GUILBART, LAGARDERE ACTIVE & OLIVIER-RENE VEILLON : Médias à la demande VS Broadcasting
- ERICH VON STROHEIM - Derrière la Façade - 1939 - Elvire Popesco - Michel Simon - Jules Berry
- LOUIS JOUVET - ERICH VON STROHEIM - JANY HOLT - L'ALIBI
- LOUIS JOUVET - KNOCK
- Pure laine vierge - Emmanuel Malherbe - Viviane Bonelli - Nahel
- NIGEL ROGERS - Possente Spirto - ORFEO - MONTEVERDI
- POSSENTE SPIRTO - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI - Lajos Kozma
- Vittorio Prato - POSSENTE SPIRTO - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI


