Une page de Proust au hasard:
1093 - D’Albertine, en revanche, je n’avais plus rien à apprendre
En attendant, je chargeais mille circonstances, mille plaisirs, de lui procurer auprès de moi l’illusion de ce bonheur que je ne me sentais pas capable de lui donner. J’aurais voulu, dès ma guérison, partir pour Venise ; mais comment le faire, si j’épousais Albertine, moi, si jaloux d’elle que, même à Paris, dès que je me décidais à bouger c’était pour sortir avec elle. Même quand je restais à la maison toute l’après-midi, ma pensée la suivait dans sa promenade, décrivait un horizon lointain, bleuâtre, engendrait autour du centre que j’étais une zone mobile d’incertitude et de vague. « Combien Albertine, me disais-je, m’épargnerait les angoisses de la séparation si, au cours d’une de ces promenades, voyant que je ne lui parlais plus de mariage, elle se décidait à ne pas revenir, et partait chez sa tante, sans que j’eusse à lui dire adieu ! » Mon cœur, depuis que sa plaie se cicatrisait, commençait à ne plus adhérer à celui de mon amie ; je pouvais par l’imagination la déplacer, l’éloigner de moi sans souffrir. Sans doute, à défaut de moi-même, quelque autre serait son époux, et, libre, elle aurait peut-être de ces aventures qui me faisaient horreur. Mais il faisait si beau, j’étais si certain qu’elle rentrerait le soir, que, même si cette idée de fautes possibles me venait à l’esprit, je pouvais, par un acte libre, l’emprisonner dans une partie de mon cerveau, où elle n’avait pas plus d’importance que n’en auraient eu pour ma vie réelle les vices d’une personne imaginaire ; faisant jouer les gonds assouplis de ma pensée, j’avais, avec une énergie que je sentais, dans ma tête, à la fois physique et mentale comme un mouvement musculaire et une initiative spirituelle, dépassé l’état de préoccupation habituelle où j’avais été confiné jusqu’ici et commençais à me mouvoir à l’air libre, d’où tout sacrifier pour empêcher le mariage d’Albertine avec un autre et faire obstacle à son goût pour les femmes paraissait aussi déraisonnable à mes propres yeux qu’à ceux de quelqu’un qui ne l’eût pas connue.
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