Une page de Proust au hasard:
1067 - La tristesse de la vie de M. de Crécy
La tristesse de la vie de M. de Crécy venait, tout autant que de ne plus avoir de chevaux et une table succulente, de ne voisiner qu’avec des gens qui pouvaient croire que Cambremer et Guermantes étaient tout un. Quand il vit que je savais que Legrandin, lequel se faisait maintenant appeler Legrand de Méséglise, n’y avait aucune espèce de droit, allumé d’ailleurs par le vin qu’il buvait, il eut une espèce de transport de joie. Sa soeur me disait d’un air entendu: «Mon frère n’est jamais si heureux que quand il peut causer avec vous.» Il se sentait en effet exister depuis qu’il avait découvert quelqu’un qui savait la médiocrité des Cambremer et la grandeur des Guermantes, quelqu’un pour qui l’univers social existait. Tel, après l’incendie de toutes les bibliothèques du globe et l’ascension d’une race entièrement ignorante, un vieux latiniste reprendrait pied et confiance dans la vie en entendant quelqu’un lui citer un vers d’Horace. Aussi, s’il ne quittait jamais le wagon sans me dire: «A quand notre petite réunion?» c’était autant par avidité de parasite, par gourmandise d’érudit, et parce qu’il considérait les agapes de Balbec comme une occasion de causer, en même temps, des sujets qui lui étaient chers et dont il ne pouvait parler avec personne, et analogues en cela à ces dîners où se réunit à dates fixes, devant la table particulièrement succulente du Cercle de l’Union, la Société des bibliophiles. Très modeste en ce qui concernait sa propre famille, ce ne fut pas par M. de Crécy que j’appris qu’elle était très grande et un authentique rameau, détaché en France, de la famille anglaise qui porte le titre de Crécy. Quand je sus qu’il était un vrai Crécy, je lui racontai qu’une nièce de Mme de Guermantes avait épousé un Américain du nom de Charles Crécy et lui dis que je pensais qu’il n’avait aucun rapport avec lui. «Aucun, me dit-il. Pas plus—bien, du reste, que ma famille n’ait pas autant d’illustration—que beaucoup d’Américains qui s’appellent Montgommery, Berry, Chandos ou Capel, n’ont de rapport avec les familles de Pembroke, de Buckingham, d’Essex, ou avec le duc de Berry.» Je pensai plusieurs fois à lui dire, pour l’amuser, que je connaissais Mme Swann qui, comme cocotte, était connue autrefois sous le nom d’Odette de Crécy; mais, bien que le duc d’Alençon n’eût pu se froisser qu’on parlât avec lui d’Émilienne d’Alençon, je ne me sentis pas assez lié avec M. de Crécy pour conduire avec lui la plaisanterie jusque-là. «Il est d’une très grande famille, me dit un jour M. de Montsurvent. Son patronyme est Saylor.» Et il ajouta que sur son vieux castel au-dessus d’Incarville, d’ailleurs devenu presque inhabitable et que, bien que né fort riche, il était aujourd’hui trop ruiné pour réparer, se lisait encore l’antique devise de la famille. Je trouvai cette devise très belle, qu’on l’appliquât soit à l’impatience d’une race de proie nichée dans cette aire, d’où elle devait jadis prendre son vol, soit, aujourd’hui, à la contemplation du déclin, à l’attente de la mort prochaine dans cette retraite dominante et sauvage. C’est en ce double sens, en effet, que joue avec le nom de Saylor cette devise qui est: «Ne sçais l’heure.»
SCENARIO ALBERTINE
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PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
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