0943 - Le lendemain, quand Albertine m’écrivit

Le lendemain, quand Albertine m’écrivit qu’elle venait seulement de rentrer à Egreville, n’avait donc pas eu mon mot à temps, et viendrait, si je le permettais, me voir le soir, derrière les mots de sa lettre comme derrière ceux qu’elle m’avait dits une fois au téléphone, je crus sentir la présence de plaisirs, d’êtres, qu’elle m’avait préférés. Encore une fois je fus agité tout entier par la curiosité douloureuse de savoir ce qu’elle avait pu faire, par l’amour latent qu’on porte toujours en soi; je pus croire un moment qu’il allait m’attacher à Albertine, mais il se contenta de frémir sur place et ses dernières rumeurs s’éteignirent sans qu’il se fût mis en marche.