0915 - Je fus tiré de ma rêverie par la voix du directeur

Je fus tiré de ma rêverie par la voix du directeur, dont je n’avais pas écouté les dissertations politiques. Changeant de sujet, il me dit la joie du premier président en apprenant mon arrivée et qu’il viendrait me voir dans ma chambre, le soir même. La pensée de cette visite m’effraya si fort (car je commençais à me sentir fatigué) que je le priai d’y mettre obstacle (ce qu’il me promit) et, pour plus de sûreté, de faire, pour le premier soir, monter la garde à mon étage par ses employés. Il ne paraissait pas les aimer beaucoup. «Je suis tout le temps obligé de courir après eux parce qu’ils manquent trop d’inertie. Si je n’étais pas là ils ne bougeraient pas. Je mettrai le liftier de planton à votre porte.» Je demandai s’il était enfin «chef des chasseurs». «Il n’est pas encore assez vieux dans la maison, me répondit-il. Il a des camarades plus âgés que lui. Cela ferait crier. En toutes choses il faut des granulations. Je reconnais qu’il a une bonne aptitude (pour attitude) devant son ascenseur. Mais c’est encore un peu jeune pour des situations pareilles. Avec d’autres qui sont trop anciens, cela ferait contraste. Ça manque un peu de sérieux, ce qui est la qualité primitive (sans doute la qualité primordiale, la qualité la plus importante). Il faut qu’il ait un peu plus de plomb dans l’aile (mon interlocuteur voulait dire dans la tête). Du reste, il n’a qu’à se fier à moi. Je m’y connais. Avant de prendre mes galons comme directeur du Grand-Hôtel, j’ai fait mes premières armes sous M. Paillard.» Cette comparaison m’impressionna et je remerciai le directeur d’être venu lui-même jusqu’à Pont-à-Couleuvre. «Oh! de rien. Cela ne m’a fait perdre qu’un temps infini» (pour infime). Du reste nous étions arrivés.