0893 - J’ai dit qu’elle était d’un petit pays qui était tout voisin de celui de sa mère

J’ai dit qu’elle était d’un petit pays qui était tout voisin de celui de sa mère, et pourtant différent par la nature du terrain, les cultures, le patois, par certaines particularités des habitants, surtout. Ainsi la «bouchère» et la nièce de Françoise s’entendaient fort mal, mais avaient ce point commun, quand elles partaient faire une course, de s’attarder des heures «chez la soeur» ou «chez la cousine», étant d’elles-mêmes incapables de terminer une conversation, conversation au cours de laquelle le motif qui les avait fait sortir s’évanouissait au point que si on leur disait à leur retour: «Hé bien, M. le marquis de Norpois sera-t-il visible à six heures un quart», elles ne se frappaient même pas le front en disant: «Ah! j’ai oublié», mais: «Ah! je n’ai pas compris que monsieur avait demandé cela, je croyais qu’il fallait seulement lui donner le bonjour.» Si elles «perdaient la boule» de cette façon pour une chose dite une heure auparavant, en revanche il était impossible de leur ôter de la tête ce qu’elles avaient une fois entendu dire par la soeur ou par la cousine. Ainsi, si la bouchère avait entendu dire que les Anglais nous avaient fait la guerre en 70 en même temps que les Prussiens, et que j’eusse eu beau expliquer que ce fait était faux, toutes les trois semaines la bouchère me répétait au cours d’une conversation: «C’est cause à cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70 en même temps que les Prussiens.—Mais je vous ai dit cent fois que vous vous trompez.» Elle répondait, ce qui impliquait que rien n’était ébranlé dans sa conviction: «En tout cas, ce n’est pas une raison pour leur en vouloir. Depuis 70, il a coulé de l’eau sous les ponts, etc.» Une autre fois, prônant une guerre avec l’Angleterre, que je désapprouvais, elle disait: «Bien sûr, vaut toujours mieux pas de guerre; mais puisqu’il le faut, vaut mieux y aller tout de suite. Comme l’a expliqué tantôt la soeur, depuis cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70, les traités de commerce nous ruinent. Après qu’on les aura battus, on ne laissera plus entrer en France un seul Anglais sans payer trois cents francs d’entrée, comme nous maintenant pour aller en Angleterre.»