Une page de Proust au hasard:
0833 - Enfin M. de Vaugoubert parla, autrement que par ses regards
Enfin M. de Vaugoubert parla, autrement que par ses regards. «Qui sait, dit-il avec mélancolie, si, dans le pays où je réside, la même chose n’existe pas.—C’est probable, répondit M. de Charlus, à commencer par le roi Théodose, bien que je ne sache rien de positif sur lui.—Oh! pas du tout!—Alors il n’est pas permis d’en avoir l’air à ce point-là. Et il fait des petites manières. Il a le genre «ma chère», le genre que je déteste le plus. Je n’oserais pas me montrer avec lui dans la rue. Du reste, vous devez bien le connaître pour ce qu’il est, il est connu comme le loup blanc.—Vous vous trompez tout à fait sur lui. Il est du reste charmant. Le jour où l’accord avec la France a été signé, le Roi m’a embrassé. Je n’ai jamais été si ému.—C’était le moment de lui dire ce que vous désiriez.—Oh! mon Dieu, quelle horreur, s’il avait seulement un soupçon! Mais je n’ai pas de crainte à cet égard.» Paroles que j’entendis, car j’étais peu éloigné, et qui firent que je me récitai mentalement:
Le Roi jusqu’à ce jour ignore qui je suis,
Et ce secret toujours tient ma langue enchaînée.
Ce dialogue, moitié muet, moitié parlé, n’avait duré que peu d’instants, et je n’avais encore fait que quelques pas dans les salons avec la duchesse de Guermantes quand une petite dame brune, extrêmement jolie, l’arrêta:
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