0760 - Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots, que j’avais pris par précaution contre la neige, dont il était tombé quelques flocons vite changés en boue, ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous, une honte qui atteignit son plus haut degré quand je vis que Mme de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi. «Oh! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique! voilà un homme intelligent. Madame, il faudra que nous achetions cela», dit-elle à sa dame d’honneur, tandis que l’ironie des valets se changeait en respect et que les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles. «Grâce à cela, vous n’aurez rien à craindre, même s’il reneige et si vous allez loin; il n’y a plus de saison», me dit la princesse.

—Oh! à ce point de vue, Votre Altesse Royale peut se rassurer, interrompit la dame d’honneur d’un air fin, il ne reneigera pas.

—Qu’en savez-vous, madame? demanda aigrement l’excellente princesse de Parme, que seule réussissait à agacer la bêtise de sa dame d’honneur.

—Je peux l’affirmer à Votre Altesse Royale, il ne peut pas reneiger, c’est matériellement impossible.

—Mais pourquoi?

—Il ne peut plus neiger, on a fait le nécessaire pour cela: on a jeté du sel! La naïve dame ne s’aperçut pas de la colère de la princesse et de la gaieté des autres personnes, car, au lieu de se taire, elle me dit avec un sourire amène, sans tenir compte de mes dénégations au sujet de l’amiral Jurien de la Gravière: «D’ailleurs qu’importe? Monsieur doit avoir le pied marin. Bon sang ne peut mentir.»