0735 - Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes, Mémé n’a rien d’efféminé

—Ce que vous dites est absurde, interrompit vivement M. de Guermantes, Mémé n’a rien d’efféminé, personne n’est plus viril que lui.

—Mais je ne vous dis pas qu’il soit efféminé le moins du monde. Comprenez au moins ce que je dis, reprit la duchesse. Ah! celui-là, dès qu’il croit qu’on veut toucher à son frère..., ajouta-t-elle en se tournant vers la princesse de Parme.

—C’est très gentil, c’est délicieux à entendre. Il n’y a rien de si beau que deux frères qui s’aiment, dit la princesse de Parme, comme l’auraient fait beaucoup de gens du peuple, car on peut appartenir à une famille princière, et à une famille par le sang, par l’esprit fort populaire.

—Puisque nous parlions de votre famille, Oriane, dit la princesse, j’ai vu hier votre neveu Saint–Loup; je crois qu’il voudrait vous demander un service. Le duc de Guermantes fronça son sourcil jupitérien. Quand il n’aimait pas rendre un service, il ne voulait pas que sa femme s’en chargeât, sachant que cela reviendrait au même et que les personnes à qui la duchesse avait été obligée de le demander l’inscriraient au débit commun de ménage, tout aussi bien que s’il avait été demandé par le mari seul.

—Pourquoi ne me l’a-t-il pas demandé lui-même? dit la duchesse, il est resté deux heures ici, hier, et Dieu sait ce qu’il a pu être ennuyeux. Il ne serait pas plus stupide qu’un autre s’il avait eu, comme tant de gens du monde, l’intelligence de savoir rester bête. Seulement, c’est ce badigeon de savoir qui est terrible. Il veut avoir une intelligence ouverte... ouverte à toutes les choses qu’il ne comprend pas. Il vous parle du Maroc, c’est affreux.

—Il ne veut pas y retourner, à cause de Rachel, dit le prince de Foix.

—Mais puisqu’ils ont rompu, interrompit M. de Bréauté.