0731 - Je crois que vous connaissez M. Elstir, me dit la duchesse

—Je crois que vous connaissez M. Elstir, me dit la duchesse. L’homme est agréable.

—Il est intelligent, dit le duc, on est étonné, quand on cause avec lui, que sa peinture soit si vulgaire.

—Il est plus qu’intelligent, il est même assez spirituel, dit la duchesse de l’air entendu et dégustateur d’une personne qui s’y connaît.

—Est-ce qu’il n’avait pas commencé un portrait de vous, Oriane? demanda la princesse de Parme.

—Si, en rouge écrevisse, répondit Mme de Guermantes, mais ce n’est pas cela qui fera passer son nom à la postérité. C’est une horreur, Basin voulait le détruire. Cette phrase-là, Mme de Guermantes la disait souvent. Mais d’autres fois, son appréciation était autre: «Je n’aime pas sa peinture, mais il a fait autrefois un beau portrait de moi.» L’un de ces jugements s’adressait d’habitude aux personnes qui parlaient à la duchesse de son portrait, l’autre à ceux qui ne lui en parlaient pas et à qui elle désirait en apprendre l’existence. Le premier lui était inspiré par la coquetterie, le second par la vanité.

—Faire une horreur avec un portrait de vous! Mais alors ce n’est pas un portrait, c’est un mensonge: moi qui sais à peine tenir un pinceau, il me semble que si je vous peignais, rien qu’en représentant ce que je vois je ferais un chef-d’oeuvre, dit naïvement la princesse de Parme.

—Il me voit probablement comme je me vois, c’est-à-dire dépourvue d’agrément, dit Mme de Guermantes avec le regard à la fois mélancolique, modeste et câlin qui lui parut le plus propre à la faire paraître autre que ne l’avait montrée Elstir.