0452 - Parfois pourtant la pluie trop cinglante nous retenait

Parfois pourtant la pluie trop cinglante nous retenait, ma grand’mère et moi, le casino étant fermé, dans des pièces presque complètement vides comme à fond de cale d’un bateau quand le vent souffle, et où chaque jour, comme au cours d’une traversée, une nouvelle personne d’entre celles près de qui nous avions passé trois mois sans les connaître, le premier président de Rennes, la bâtonnier de Caen, une dame américaine et ses filles, venaient à nous, entamaient la conversation, inventaient quelque manière de trouver les heures moins longues, révélaient un talent, nous enseignaient un jeu, nous invitaient à prendre le thé, ou à faire de la musique, à nous réunir à une certaine heure, à combiner ensemble de ces distractions qui possèdent le vrai secret de nous faire donner du plaisir, lequel est de n’y pas prétendre, mais seulement de nous aider à passer le temps de notre ennui, enfin nouaient avec nous sur la fin de notre séjour des amitiés que le lendemain leurs départs successifs venaient interrompre. Je fis même la connaissance du jeune homme riche, d’un de ses deux amis nobles et de l’actrice qui était revenue pour quelques jours; mais la petite société ne se composait plus que de trois personnes, l’autre ami était rentré à Paris. Ils me demandèrent de venir dîner avec eux dans leur restaurant. Je crois qu’ils furent assez contents que je n’acceptasse pas. Mais ils avaient fait l’invitation le plus aimablement possible, et bien qu’elle vînt en réalité du jeune homme riche puisque les autres personnes n’étaient que ses hôtes, comme l’ami qui l’accompagnait, le marquis Maurice de Vaudémont, était de très grande maison, instinctivement l’actrice en me demandant si je ne voudrais pas venir, me dit pour me flatter:

— Cela fera tant de plaisir à Maurice.

Et quand dans le hall je les rencontrai tous trois, ce fut M. de Vaudémont, le jeune homme riche s’effaçant, qui me dit:

— Vous ne nous ferez pas le plaisir de dîner avec nous?