Une page de Proust au hasard:
0404 - Je pensai que ma situation vis-à-vis d’Albertine
Je pensai que ma situation vis-à-vis d’Albertine allait en être améliorée. Elles étaient les filles d’une parente de Mme de Villeparisis et qui connaissait aussi Mme de Luxembourg. M. et Mme d’Ambresac qui avaient une petite villa à Balbec, et excessivement riches, menaient une vie des plus simples, étaient toujours habillés, le mari du même veston, la femme d’une robe sombre. Tous deux faisaient à ma grand’mère d’immenses saluts qui ne menaient à rien. Les filles, très jolies, s’habillaient avec plus d’élégance mais une élégance de ville et non de plage. Dans leurs robes longues, sous leurs grands chapeaux, elles avaient l’air d’appartenir à une autre humanité qu’Albertine. Celle-ci savait très bien qui elles étaient. «Ah! vous connaissez les petites d’Ambresac. Hé bien, vous connaissez des gens très chics. Du reste, ils sont très simples, ajouta-t-elle comme si c’était contradictoire. Elles sont très gentilles mais tellement bien élevées qu’on ne les laisse pas aller au Casino, surtout à cause de nous, parce que nous avons trop mauvais genre. Elles vous plaisent? Dame, ça dépend. C’est tout à fait les petites oies blanches. Ça a peut-être son charme. Si vous aimez les petites oies blanches, vous êtes servi à souhait. Il paraît qu’elles peuvent plaire puisqu’il y en a déjà une de fiancée au marquis de Saint-Loup. Et cela fait beaucoup de peine à la cadette qui était amoureuse de ce jeune homme. Moi, rien que leur manière de parler du bout des lèvres m’énerve. Et puis elles s’habillent d’une manière ridicule. Elles vont jouer au golf en robes de soie. A leur âge elles sont mises plus prétentieusement que des femmes âgées qui savent s’habiller. Tenez Madame Elstir, voilà une femme élégante.» Je répondis qu’elle m’avait semblé vêtue avec beaucoup de simplicité. Albertine se mit à rire. «Elle est mise très simplement, en effet, mais elle s’habille à ravir et pour arriver à ce que vous trouvez de la simplicité, elle dépense un argent fou.» Les robes de Mme Elstir passaient inaperçues aux yeux de quelqu’un qui n’avait pas le goût sûr et sobre des choses de la toilette. Il me faisait défaut. Elstir le possédait au suprême degré, à ce que me dit Albertine. Je ne m’en étais pas douté ni que les choses élégantes mais simples qui emplissaient son atelier étaient des merveilles désirées par lui, qu’il avait suivies de vente en vente, connaissant toute leur histoire, jusqu’au jour où il avait gagné assez d’argent pour pouvoir les posséder. Mais là-dessus, Albertine aussi ignorante que moi, ne pouvait rien m’apprendre. Tandis que pour les toilettes, avertie par un instinct de coquette et peut-être par un regret de jeune fille pauvre qui goûte avec plus de désintéressement, de délicatesse chez les riches ce dont elle ne pourra se parer elle-même, elle sut me parler très bien des raffinements d’Elstir, si difficile qu’il trouvait toute femme mal habillée, et que mettant tout un monde dans une proportion, dans une nuance, il faisait faire pour sa femme à des prix fous des ombrelles, des chapeaux, des manteaux qu’il avait appris à Albertine à trouver charmants et qu’une personne sans goût n’eût pas plus remarqués que je n’avais fait. Du reste, Albertine qui avait fait un peu de peinture sans avoir d’ailleurs, elle l’avouait, aucune «disposition», éprouvait une grande admiration pour Elstir, et grâce à ce qu’il lui avait dit et montré, s’y connaissait en tableaux d’une façon qui contrastait fort avec son enthousiasme pour Cavalleria Rusticana. C’est qu’en réalité bien que cela ne se vît guère encore, elle était très intelligente et dans les choses qu’elle disait, la bêtise n’était pas sienne, mais celle de son milieu et de son âge. Elstir avait eu sur elle une influence heureuse mais partielle. Toutes les formes de l’intelligence n’étaient pas arrivées chez Albertine au même degré de développement. Le goût de la peinture avait presque rattrapé celui de la toilette et de toutes les formes de l’élégance, mais n’avait pas été suivi par le goût de la musique qui restait fort en arrière.
SUR LE MEME THEME:
Deux notes littéraires au hasard:
PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bossuet
carnet
cinema
classiques
discours histoire universelle
femme
flaubert
histoire
langage
leitmotiv proust
litterature
montherlant
musique
nuage de tags
paul valery
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
Proust dans l’oeil des philosophes
rene girard
sexe
style
theatre
tragedie
video
FILMS7
- JULIA DELAGE
- LILIE PARM
- DEPARDIEU : J'ai un tatouage à plusieurs dimensions - MICHEL BLANC - TENUE DE SOIREE - BERTRAND BLIER
- BREF LE MAGAZINE DU COURT METRAGE
- ORFEO - GUSTAVE MOREAU & MONTEVERDI & GLUCK
- FILMS7 - LES "UNE"
- KATHLEEN FERRIER - CHE PURO CIEL - ORFEO - GLUCK
- NIGEL ROGERS & JAMES BOWMAN - MONTEVERDI : ORFEO : la descente aux Enfers d'Orphée
- NIGEL ROGERS & IAN PARTRIDGE - MONTEVERDI : Zefiro Torna - NIGEL ROGERS le demi-dieu de Monteverdi
- EMMANUELLE GUILBART, LAGARDERE ACTIVE & OLIVIER-RENE VEILLON : Médias à la demande VS Broadcasting
- ERICH VON STROHEIM - Derrière la Façade - 1939 - Elvire Popesco - Michel Simon - Jules Berry
- LOUIS JOUVET - ERICH VON STROHEIM - JANY HOLT - L'ALIBI
- LOUIS JOUVET - KNOCK
- Pure laine vierge - Emmanuel Malherbe - Viviane Bonelli - Nahel
- NIGEL ROGERS - Possente Spirto - ORFEO - MONTEVERDI
- POSSENTE SPIRTO - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI - Lajos Kozma
- Vittorio Prato - POSSENTE SPIRTO - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI
- Josè Maria Lo Monaco - Speranza - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI
- Daphné Touchais - ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI
- ORFEO - CLAUDIO MONTEVERDI - favola in musica


