Une page de Proust au hasard:
0375 - Je n’en aimais aucune les aimant toutes
Ma grand’mère me témoignait, parce que maintenant, je m’intéressais extrêmement au golf et au tennis et laissais échapper l’occasion de regarder travailler et entendre discourir un artiste qu’elle savait des plus grands, un mépris qui me semblait procéder de vues un peu éroites. J’avais autrefois entrevu aux Champs Élysées et je m’étais rendu mieux compte depuis qu’en étant amoureux d’une femme nous projetons simplement en elle un état de notre âme; que par conséquent l’important n’est pas la valeur de la femme mais la profondeur de l’état; et que les émotions qu’une jeune fille médiocre nous donne peuvent nous permettre de faire monter à notre conscience des parties plus intimes de nous-même, plus personnelles, plus lointaines, plus essentielles, que ne ferait le plaisir que nous donne la conversation d’un homme supérieur ou même la contemplation admirative de ses oeuvres.

