0374 - Je prenais tous les prétextes pour aller sur la plage

Je prenais tous les prétextes pour aller sur la plage aux heures où j’espérais pouvoir les rencontrer. Les ayant aperçues une fois pendant notre déjeuner je n’y arrivais plus qu’en retard, attendant indéfiniment sur la digue qu’elles y passassent; restant le peu de temps que j’étais assis dans la salle à manger à interroger des yeux l’azur du vitrage; me levant bien avant le dessert pour ne pas les manquer dans le cas où elles se fussent promenées à une autre heure et m’irritant contre ma grand-mère, inconsciemment méchante, quand elle me faisait rester avec elle au delà de l’heure qui me semblait propice. Je tâchais de prolonger l’horizon en mettant ma chaise de travers; si par hasard j’apercevais n’importe laquelle des jeunes filles, comme elles participaient toutes à la même essence spéciale, c’était comme si j’avais vu projeté en face de moi dans une hallucination mobile et diabolique un peu de rêve ennemi et pourtant passionnément convoité qui l’instant d’avant encore, n’existait, y stagnant d’ailleurs d’une façon permanente, que dans mon cerveau.