0316 Sans doute s’il n’avait pas eu ces yeux, le visage de M. de Charlus
— «Rien au contraire, répondit-il, ne me semble plus vrai. C’était du reste une époque où ces sentiments-là étaient bien compris. L’habitant du Monomopata de Lafontaine, courant chez son ami qui lui est apparu un peu triste pendant son sommeil, le pigeon trouvant que le plus grand des maux est l’absence de l’autre pigeon, vous semblent peut-être, ma tante, aussi exagérés que Mme de Sévigné ne pouvant pas attendre le moment où elle sera seule avec sa fille. C’est si beau ce qu’elle dit quand elle la quitte: cette séparation me fait une douleur à l’âme que je sens comme un mal du corps. Dans l’absence on est libéral des heures. On avance dans un temps auquel on aspire.» Ma grand’mère était ravie d’entendre parler de ces Lettres, exactement de la façon qu’elle eût fait. Elle s’étonnait qu’un homme pût les comprendre si bien. Elle trouvait à M. de Charlus des délicatesses, une sensibilité féminines. Nous nous dîmes plus tard quand nous fûmes seuls et parlâmes tous les deux de lui qu’il avait dû subir l’influence profonde d’une femme, sa mère, ou plus tard sa fille s’il avait des enfants. Moi je pensai: «Une maîtresse» en me reportant à l’influence que celle de Saint-Loup me semblait avoir eue sur lui et qui me permettait de me rendre compte à quel point les femmes avec lesquelles ils vivent affinent les hommes.
«Une fois près de sa fille elle n’avait probablement rien à lui dire», répondit Mme de Villeparisis.
«Certainement si; fût-ce de ce qu’elle appelait «choses si légères qu’il n’y a que vous et moi qui les remarquions». Et en tous cas, elle était près d’elle. Et Labruyère nous dit que c’est tout: «Etre près des gens qu’on aime, leur parler, ne leur parler point, tout est égal.» Il a raison; c’est le seul bonheur, ajouta M. de Charlus d’une voix mélancolique; et ce bonheur-là, hélas, la vie est si mal arrangée qu’on le goûte bien rarement; Mme de Sévigné a été en somme moins à plaindre que d’autres. Elle a passé une grande partie de sa vie auprès de ce qu’elle aimait.
— Tu oublies que ce n’était pas de l’amour, c’était de sa fille qu’il s’agissait.
— Mais l’important dans la vie n’est pas ce qu’on aime, reprit-il d’un ton compétent, péremptoire et presque tranchant, c’est d’aimer. Ce que ressentait Mme de Sévigné pour sa fille peut prétendre beaucoup plus justement ressembler à la passion que Racine a dépeinte dans Andromaque ou dans Phèdre, que les banales relations que le jeune Sévigné avait avec ses maîtresses. De même l’amour de tel mystique pour son Dieu. Les démarcations trop étroites que nous traçons autour de l’amour viennent seulement de notre grande ignorance de la vie.
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