0294 Cette insolence que je devinais chez M. de Saint-Loup
Cette insolence que je devinais chez M. de Saint-Loup, et tout ce qu’elle impliquait de dureté naturelle se trouva vérifiée par son attitude chaque fois qu’il passait à côté de nous, le corps aussi inflexiblement élancé, la tête toujours aussi haute, le regard impassible, ce n’est pas assez dire aussi implacable, dépouillé de ce vague respect qu’on a pour les droits d’autres créatures, même si elles ne connaissent pas votre tante et qui faisait que je n’étais pas tout à fait le même devant une vieille dame que devant un bec de gaz. Ces manières glacées étaient aussi loin des lettres charmantes que je l’imaginais encore il y a quelques jours, m’écrivant pour me dire sa sympathie, qu’est loin de l’enthousiasme de la Chambre et du peuple qu’il s’est représenté en train de soulever par un discours inoubliable la situation médiocre, obscure, de l’imaginatif qui après avoir ainsi rêvassé tout seul, pour son compte, à haute voix, se retrouve, les acclamations imaginaires une fois apaisées, gros Jean comme devant. Quand Mme de Villeparisis sans doute pour tâcher d’effacer la mauvaise impression que nous avaient causée ces dehors révélateurs d’une nature orgueilleuse et méchante nous reparla de l’inépuisable bonté de son petit-neveu (il était le fils d’une de ses nièces et était un peu plus âgé que moi) j’admirai comme dans le monde, au mépris de toute vérité, on prête des qualités de cur à ceux qui l’ont si sec, fussent-ils d’ailleurs aimables avec des gens brillants, qui font partie de leur milieu. Mme de Villeparisis ajouta elle-même, quoique indirectement, une confirmation aux traits essentiels, déjà certains pour moi de la nature de son neveu, un jour où je les rencontrai tous deux dans un chemin si étroit qu’elle ne put faire autrement que de me présenter à lui. Il sembla ne pas entendre qu’on lui nommait quelqu’un, aucun muscle de son visage ne bougea; ses yeux où ne brilla pas la plus faible lueur de sympathie humaine, montrèrent seulement dans l’insensibilité, dans l’inanité du regard, une exagération à défaut de laquelle, rien ne les eût différenciés de miroirs sans vie. Puis fixant sur moi ces yeux durs comme s’il eût voulu se renseigner sur moi, avant de me rendre mon salut, par un brusque déclenchement qui sembla plutôt dû à un réflexe musculaire qu’à un acte de volonté, mettant entre lui et moi le plus grand intervalle possible, allongea le bras dans toute sa longueur, et me tendit la main, à distance. Je crus qu’il s’agissait au moins d’un duel, quand le lendemain il me fit passer sa carte. Mais il ne me parla que de littérature, déclara après une longue causerie qu’il avait une envie extrême de me voir plusieurs heures chaque jour. Il n’avait pas, durant cette visite, fait preuve seulement d’un goût très ardent pour les choses de l’esprit, il m’avait témoigné une sympathie qui allait fort peu avec le salut de la veille. Quand je le lui eus vu refaire chaque fois qu’on lui présentait quelqu’un, je compris que c’était une simple habitude mondaine particulière à une certaine partie de sa famille et à laquelle sa mère qui tenait à ce qu’il fût admirablement bien élevé, avait plié son corps; il faisait ces saluts-là sans y penser plus qu’à ses beaux vêtements, à ses beaux cheveux; c’était une chose dénuée de la signification morale que je lui avais donnée d’abord, une chose purement apprise, comme cette autre habitude qu’il avait aussi de se faire présenter immédiatement aux parents de quelqu’un qu’il connaissait, et qui était devenue chez lui si instinctive, que me voyant le lendemain de notre rencontre, il fonça sur moi et, sans me dire bonjour, me demanda de le nommer à ma grand’mère qui était auprès de moi, avec la même rapidité fébrile que si cette requête eût été due à quelque instinct défensif, comme le geste de parer un coup ou de fermer les yeux devant un jet d’eau bouillante et sans le préservatif de laquelle il y eût péril à demeurer une seconde de plus.
PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bossuet
bouc emissaire
carla bruni-sarkozy
carnet
chateaubriand
cinema
classiques
de gaulle
desir
diable
education sentimentale
femme
flaubert
free audiobook
histoire
humour
illusions perdues
laclos
langage
leitmotiv proust
les liaisons dangereuses
litterature
luchini
madame bovary
mensonge
mlle vinteuil
montherlant
morel
musique
musset
paul valery
people
perspective
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
proust et le roman
racine
regard
rene girard
romantiques
rostand
sadisme
scenario
seduction
sexe
societe
SPLENDEURS ET MISERES DES COURTISANES
strategie
theatre
tragedie
vice
video
violence
wagner
DERNIERES VIDEOS
- THE DUBLINERS - DIRTY OLD TOWN - LIVE
- WAGNER - PARSIFAL - PRELUDE - BARENBOIM
- The Pogues and Joe Strummer - London Calling
- THE POGUES - If I Should Fall from Grace with God - LIVE
- THE POGUES - DIRTY OLD TOWN - LIVE
- KARL RICHTER - Kommt, ihr Töchter - J.S. BACH - MATTHAUS PASSION
- DARCEY BUSSELL - GUSTAV MAHLER
- KARL RICHTER - JULIA HAMARI - Können Tränen meiner Wangen - BACH - MATTHAUS PASSION
- JULIA HAMARI - ERBARME DICH - BACH - MATTHAUS PASSION - KARL RICHTER
- PULCHRA ES - Claudio Monteverdi - Vespro della Beata Vergine - Gabriel Garrido - Ambronay, 2000
- KARL RICHTER - Wir setzen uns mit Tränen nieder - J.S. BACH - MATTHAUS PASSION
- Et resurrexit - BACH - MASS IN B MINOR - MESSE EN RE MINEUR - PHILIPPE HERREWEGHE
- COLIN DAVIS - DIES IRAE - TUBA MIRUM - REQUIEM - BERLIOZ
- MARLON BRANDO - DOGS OF WAR SPEECH - MARC ANTONY - JULIUS CAESAR - SHAKESPEARE
- THE DUBLINERS - Fiddlers green - Barney Mckenna - LIVE
- ORSON WELLES - JAMES STEWART - DEAN MARTIN : Men's Hair Salon
- JACQUES ROZIER - ADIEU PHILIPPINE : PROMENADE
- JACQUES ROZIER - ADIEU PHILIPPINE : DANSE
- LE VIEIL HOMME ET L'ENFANT
- THE DUBLINERS - I WISH I HAD SOMEONE TO LOVE ME - Barney Mckenna - LIVE
TAGS VIDEOS
musique videos realisateurs tags video au hasard opera chefs d'orchestre classique pop rock comique acteurs actrices chanteurs chanteuses musique de film chanson française courts métrages femmes interviews histoire du cinéma casting concerts danse dessins animes wagner blondes sexe stars hollywood television humour amour citations de films chanson youtube animaux anthologie photo seduction meilleurs films grandes repliques love story


Post new comment