0266 Or, en sortant du concert, comme, en reprenant le chemin qui va vers l’hôtel
Or, en sortant du concert, comme, en reprenant le chemin qui va vers l’hôtel, nous nous étions arrêtés un instant sur la digue, ma grand’mère et moi, pour échanger quelques mots avec Mme de Villeparisis qui nous annonçait qu’elle avait commandé pour nous à l’hôtel des «Croque Monsieur» et des ufs à la crème, je vis de loin venir dans notre direction la princesse de Luxembourg, à demi-appuyée sur une ombrelle de façon à imprimer à son grand et merveilleux corps cette légère inclinaison, à lui faire dessiner cette arabesque si chère aux femmes qui avaient été belles sous l’Empire et qui savaient, les épaules tombantes, le dos remonté, la hanche creuse, la jambe tendue, faire flotter mollement leur corps comme un foulard, autour de l’armature d’une invisible tige inflexible et oblique, qui l’aurait traversé. Elle sortait tous les matins faire son tour de plage presque à l’heure où tout le monde après le bain remontait pour déjeuner et comme le sien était seulement à une heure et demie, elle ne rentrait à sa villa que longtemps après que les baigneurs avaient abandonné la digue déserte et brûlante. Mme de Villeparisis présenta ma grand’mère, voulut me présenter, mais dut me demander mon nom, car elle ne se le rappelait pas. Elle ne l’avait peut-être jamais su, ou en tous cas avait oublié depuis bien des années à qui ma grand’mère avait marié sa fille. Ce nom parut faire une vive impression sur Mme de Villeparisis. Cependant la princesse de Luxembourg nous avait tendu la main et, de temps en temps, tout en causant avec la marquise, elle se détournait pour poser de doux regards, sur ma grand’mère et sur moi, avec cet embryon de baiser qu’on ajoute au sourire quand celui-ci s’adresse à un bébé avec sa nounou. Même dans son désir de ne pas avoir l’air de siéger dans une sphère supérieure à la nôtre, elle avait sans doute mal calculé la distance, car, par une erreur de réglage, ses regards s’imprégnèrent d’une telle bonté que je vis approcher le moment où elle nous flatterait de la main comme deux bêtes sympathiques qui eussent passé la tête vers elle, à travers un grillage, au Jardin d’Acclimatation. Aussitôt du reste cette idée d’animaux et de Bois-de-Boulogne prit plus de consistance pour moi. C’était l’heure où la digue est parcourue par des marchands ambulants et criards qui vendent des gâteaux, des bonbons, des petits pains. Ne sachant que faire pour nous témoigner sa bienveillance, la princesse arrêta le premier qui passa; il n’avait plus qu’un pain de seigle, du genre de ceux qu’on jette aux canards. La princesse le prit et me dit: «C’est pour votre grand’mère.» Pourtant, ce fut à moi qu’elle le tendit, en me disant avec un fin sourire: «Vous le lui donnerez vous-même», pensant qu’ainsi mon plaisir serait plus complet s’il n’y avait pas d’intermédiaires entre moi et les animaux. D’autres marchands s’approchèrent, elle remplit mes poches de tout ce qu’ils avaient, de paquets tout ficelés, de plaisirs, de babas et de sucres d’orge. Elle me dit: «Vous en mangerez et vous en ferez manger aussi à votre grand’mère» et elle fit payer les marchands par le petit nègre habillé en satin rouge qui la suivait partout et qui faisait l’émerveillement de la plage. Puis elle dit adieu à Mme de Villeparisis et nous tendit la main avec l’intention de nous traiter de la même manière que son amie, en intimes et de se mettre à notre portée. Mais cette fois, elle plaça sans doute notre niveau un peu moins bas dans l’échelle des êtres, car son égalité avec nous fut signifiée par la princesse à ma grand’mère au moyen de ce tendre et maternel sourire qu’on adresse à un gamin quand on lui dit au revoir comme à une grande personne. Par un merveilleux progrès de l’évolution, ma grand’mère n’était plus un canard ou une antilope, mais déjà ce que Mme Swann eût appelé un «baby». Enfin, nous ayant quittés tous trois, la Princesse reprit sa promenade sur la digue ensoleillée en incurvant sa taille magnifique qui comme un serpent autour d’une baguette s’enlaçait à l’ombrelle blanche imprimée de bleu que Mme de Luxembourg tenait fermée à la main. C’était ma première altesse, je dis la première, car la princesse Mathilde n’était pas altesse du tout de façons. La seconde, on le verra plus tard, ne devait pas moins m’étonner par sa bonne grâce. Une forme de l’amabilité des grands seigneurs, intermédiaires bénévoles entre les souverains et les bourgeois me fut apprise le lendemain quand Mme de Villeparisis nous dit: «Elle vous a trouvés charmants. C’est une femme d’un grand jugement, de beaucoup de cur. Elle n’est pas comme tant de souverains ou d’altesses. Elle a une vraie valeur.» Et Mme de Villeparisis ajouta d’un air convaincu, et toute ravie de pouvoir nous le dire: «Je crois qu’elle serait enchantée de vous revoir.»
PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bouc emissaire
carla bruni-sarkozy
carnet
charlus
chateaubriand
cinema
classiques
de gaulle
desir
diable
education sentimentale
femme
flaubert
free audiobook
gerard philippe
histoire
humour
illusions perdues
laclos
langage
leitmotiv proust
les liaisons dangereuses
litterature
luchini
madame bovary
mensonge
montherlant
morel
musique
musset
paul valery
people
perspective
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
proust et le roman
racine
regard
rene girard
romantiques
rostand
sadisme
scenario
seduction
sexe
societe
SPLENDEURS ET MISERES DES COURTISANES
strategie
theatre
tragedie
vice
video
violence
wagner
DERNIERES VIDEOS
- SPRINGSTEEN & The E Street Band - RACING IN THE STREET - PASSAIC 78
- SPRINGSTEEN - The high notes of the Boss Bruce Springsteen
- Springsteen - Wedding Bells - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Good Rockin' Tonight - PASSAIC 1978
- SPRINGSTEEN - Twist and Shout - PASSAIC 78
- Bruce Springsteen & E Street Band - Incident On 57th Street - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - 10th Avenue Freeze-Out - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Streets of Fire - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Prove It All Night - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Spirit in the Night - PASSAC 1978 - Version Francaise
- BRUCE SPRINGSTEEN - Santa Claus is Coming to Town - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - The Promised Land - PASSAIC 1978
- POINT BLANK - BRUCE SPRINGSTEEN - PASSAIC 1978 - SEPT 19
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Because The Night - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Thunder Road - PASSAIC 1978 - Version Francaise
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Raise Your Hand - PASSAIC 1978
- OLIVIA GOTANEGRE - DURRINGER DEMO
- OLIVIA GOTANEGRE = SEGOLENE ROYAL - QUAND SARKO RENCONTRE SEGO
- OLIVIA GOTANEGRE - SUSPECTES
- OLIVIA GOTANEGRE - GROUPUSCULE (SERIE WEB) - MAGALIE
TAGS VIDEOS
musique videos realisateurs tags video au hasard opera chefs d'orchestre classique pop rock comique acteurs actrices chanteurs chanteuses musique de film chanson française courts métrages femmes interviews histoire du cinéma casting concerts danse dessins animes wagner blondes sexe stars hollywood television humour amour citations de films chanson youtube animaux anthologie photo seduction meilleurs films grandes repliques love story


