0261 Ma vie dans l’hôtel était rendue non seulement triste
Ma vie dans l’hôtel était rendue non seulement triste parce que je n’y avais pas de relations, mais incommode, parce que Françoise en avait noué de nombreuses. Il peut sembler qu’elles auraient dû nous faciliter bien des choses. C’était tout le contraire. Les prolétaires s’ils avaient quelque peine à être traités en personnes de connaissance par Françoise et ne le pouvaient qu’à de certaines conditions de grande politesse envers elle, en revanche, une fois qu’ils y étaient arrivés, étaient les seules gens qui comptassent pour elle. Son vieux code lui enseignait qu’elle n’était tenue à rien envers les amis de ses maîtres, qu’elle pouvait si elle était pressée envoyer promener une dame venue pour voir ma grand’mère. Mais envers ses relations à elle, c’est-à-dire avec les rares gens du peuple admis à sa difficile amitié, le protocole le plus subtil et le plus absolu réglait ses actions. Ainsi Françoise ayant fait la connaissance du cafetier et d’une petite femme de chambre qui faisait des robes pour une dame belge, ne remontait plus préparer les affaires de ma grand’mère tout de suite après déjeuner, mais seulement une heure plus tard parce que le cafetier voulait lui faire du café ou une tisane à la caféterie, que la femme de chambre lui demandait de venir la regarder coudre et que leur refuser eût été impossible et de ces choses qui ne se font pas. D’ailleurs des égards particuliers étaient dus à la petite femme de chambre qui était orpheline et avait été élevée chez des étrangers auprès desquels elle allait passer parfois quelques jours. Cette situation excitait la pitié de Françoise et aussi son dédain bienveillant. Elle qui avait de la famille, une petite maison qui lui venait de ses parents et où son frère élevait quelques vaches, elle ne pouvait pas considérer comme son égale une déracinée. Et comme cette petite espérait pour le 15 août aller voir ses bienfaiteurs, Françoise ne pouvait se tenir de répéter: «Elle me fait rire. Elle dit: j’espère d’aller chez moi pour le 15 août. Chez moi, qu’elle dit! C’est seulement pas son pays, c’est des gens qui l’ont recueillie, et ça dit chez moi comme si c’était vraiment chez elle. Pauvre petite! quelle misère qu’elle peut bien avoir pour qu’elle ne connaisse pas ce que c’est que d’avoir un chez soi.» Mais si encore Françoise ne s’était liée qu’avec des femmes de chambre amenées par des clients, lesquelles dînaient avec elle aux «courriers» et devant son beau bonnet de dentelles et son fin profil la prenaient pour quelque dame noble peut-être, réduite par les circonstances, ou poussée par l’attachement à servir de dame de compagnie à ma grand’mère, si en un mot Françoise n’eût connu que des gens qui n’étaient pas de l’hôtel, le mal n’eût pas été grand, parce qu’elle n’eût pu les empêcher de nous servir à quelque chose, pour la raison qu’en aucun cas, et même inconnus d’elle, ils n’auraient pu nous servir à rien. Mais elle s’était liée aussi avec un sommelier, avec un homme de la cuisine, avec une gouvernante d’étage. Et il en résultait en ce qui concernait notre vie de tous les jours que, Françoise qui le jour de son arrivée, quand elle ne connaissait encore personne sonnait à tort et à travers pour la moindre chose, à des heures où ma grand’mère et moi nous n’aurions pas osé le faire, et, si nous lui en faisions une légère observation répondait: «Mais on paye assez cher pour ça», comme si elle avait payé elle-même; maintenant depuis qu’elle était amie d’une personnalité de la cuisine, ce qui nous avait paru de bon augure pour notre commodité, si ma grand’mère ou moi nous avions froid aux pieds, Françoise, fût-il une heure tout à fait normale, n’osait pas sonner; elle assurait que ce serait mal vu parce que cela obligerait à rallumer les fourneaux, ou gênerait le dîner des domestiques qui seraient mécontents. Et elle finissait par une locution qui malgré la façon incertaine dont elle la prononçait n’en était pas moins claire et nous donnait nettement tort: «Le fait est...» Nous n’insistions pas, de peur de nous en faire infliger une, bien plus grave: «C’est quelque chose!...» De sorte qu’en somme nous ne pouvions plus avoir d’eau chaude parce que Françoise était devenue l’amie de celui qui la faisait chauffer.
PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bouc emissaire
carla bruni-sarkozy
carnet
charlus
chateaubriand
cinema
classiques
de gaulle
desir
diable
education sentimentale
femme
flaubert
free audiobook
gerard philippe
histoire
humour
illusions perdues
laclos
langage
leitmotiv proust
les liaisons dangereuses
litterature
luchini
madame bovary
mensonge
montherlant
morel
musique
musset
paul valery
people
perspective
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
proust et le roman
racine
regard
rene girard
romantiques
rostand
sadisme
scenario
seduction
sexe
societe
SPLENDEURS ET MISERES DES COURTISANES
strategie
theatre
tragedie
vice
video
violence
wagner
DERNIERES VIDEOS
- SPRINGSTEEN & The E Street Band - RACING IN THE STREET - PASSAIC 78
- SPRINGSTEEN - The high notes of the Boss Bruce Springsteen
- Springsteen - Wedding Bells - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Good Rockin' Tonight - PASSAIC 1978
- SPRINGSTEEN - Twist and Shout - PASSAIC 78
- Bruce Springsteen & E Street Band - Incident On 57th Street - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - 10th Avenue Freeze-Out - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Streets of Fire - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Prove It All Night - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen - Spirit in the Night - PASSAC 1978 - Version Francaise
- BRUCE SPRINGSTEEN - Santa Claus is Coming to Town - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - The Promised Land - PASSAIC 1978
- POINT BLANK - BRUCE SPRINGSTEEN - PASSAIC 1978 - SEPT 19
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Because The Night - PASSAIC 1978
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Thunder Road - PASSAIC 1978 - Version Francaise
- Bruce Springsteen & The E Street Band - Raise Your Hand - PASSAIC 1978
- OLIVIA GOTANEGRE - DURRINGER DEMO
- OLIVIA GOTANEGRE = SEGOLENE ROYAL - QUAND SARKO RENCONTRE SEGO
- OLIVIA GOTANEGRE - SUSPECTES
- OLIVIA GOTANEGRE - GROUPUSCULE (SERIE WEB) - MAGALIE
TAGS VIDEOS
musique videos realisateurs tags video au hasard opera chefs d'orchestre classique pop rock comique acteurs actrices chanteurs chanteuses musique de film chanson française courts métrages femmes interviews histoire du cinéma casting concerts danse dessins animes wagner blondes sexe stars hollywood television humour amour citations de films chanson youtube animaux anthologie photo seduction meilleurs films grandes repliques love story


