0231 Mais cette souffrance et ce regain d’amour pour Gilberte

Mais cette souffrance et ce regain d’amour pour Gilberte ne furent pas plus longs que ceux qu’on a en rêve, et cette fois au contraire parce qu’à Balbec, l’Habitude ancienne n’était plus là pour les faire durer. Et si ces effets de l’Habitude semblent contradictoires, c’est qu’elle obéit à des lois multiples. A Paris j’étais devenu de plus en plus indifférent à Gilberte, grâce à l’Habitude. Le changement d’habitude, c’est-à-dire la cessation momentanée de l’Habitude paracheva l’uvre de l’Habitude quand je partis pour Balbec. Elle affaiblit mais stabilise, elle amène la désagrégation mais la fait durer indéfiniment. Chaque jour depuis des années je calquais tant bien que mal mon état d’âme sur celui de la veille. A Balbec un lit nouveau à côté duquel on m’apportait le matin un petit déjeuner différent de celui de Paris, ne devait plus soutenir les pensées dont s’était nourri mon amour pour Gilberte: il y a des cas (assez rares, il est vrai) où la sédentarité immobilisant les jours, le meilleur moyen de gagner du temps, c’est de changer de place. Mon voyage à Balbec fut comme la première sortie d’un convalescent qui n’attendait plus qu’elle pour s’apercevoir qu’il est guéri.



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