0194 Toute une autre partie des meubles et surtout une magnifique argenterie ancienne

Toute une autre partie des meubles et surtout une magnifique argenterie ancienne de ma tante Léonie, je les vendis, malgré l’avis contraire de mes parents, pour pouvoir disposer de plus d’argent et envoyer plus de fleurs à Mme Swann qui me disait en recevant d’immenses corbeilles d’orchydées: «Si j’étais monsieur votre père, je vous ferais donner un conseil judiciaire.» Comment pouvais-je supposer qu’un jour je pourrais regretter tout particulièrement cette argenterie et placer certains plaisirs plus haut, que celui, qui deviendrait peut-être absolument nul, de faire des politesses aux parents de Gilberte. C’est de même en vue de Gilberte et pour ne pas la quitter que j’avais décidé de ne pas entrer dans les ambassades. Ce n’est jamais qu’à cause d’un état d’esprit qui n’est pas destiné à durer qu’on prend des résolutions définitives. J’imaginais à peine que cette substance étrange qui résidait en Gilberte et rayonnait en ses parents, en sa maison, me rendant indifférent à tout le reste, cette substance pourrait être libérée, émigrer dans un autre être. Vraiment la même substance et pourtant devant avoir sur moi de tout autres effets. Car la même maladie évolue; et un délicieux poison n’est plus toléré de même, quand avec les années, a diminué la résistance du coeur.