Une page de Proust au hasard:
0113 Quelquefois il allait dans des maisons de rendezvous, espérant apprendre quelque chose d’elle
Quelquefois il allait dans des maisons de rendezvous, espérant apprendre quelque chose d’elle, sans oser la nommer cependant. «J’ai une petite qui va vous plaire», disait l’entremetteuse.» Et il restait une heure à causer tristement avec quelque pauvre fille étonnée qu’il ne fit rien de plus. Une toute jeune et ravissante lui dit un jour: «Ce que je voudrais, c’est trouver un ami, alors il pourrait être sûr, je n’irais plus jamais avec personne.»—«Vraiment, crois-tu que ce soit possible qu’une femme soit touchée qu’on l’aime, ne vous trompe jamais?» lui demanda Swann anxieusement. «Pour sûr! ça dépend des caractères!» Swann ne pouvait s’empêcher de dire à ces filles les mêmes choses qui auraient plu à la princesse des Laumes. A celle qui cherchait un ami, il dit en souriant: «C’est gentil, tu as mis des yeux bleus de la couleur de ta ceinture.»—«Vous aussi, vous avez des manchettes bleues.»—«Comme nous avons une belle conversation, pour un endroit de ce genre! Je ne t’ennuie pas, tu as peut-être à faire?»—«Non, j’ai tout mon temps. Si vous m’aviez ennuyée, je vous l’aurais dit. Au contraire j’aime bien vous entendre causer.»—«Je suis très flatté. N’est-ce pas que nous causons gentiment?» dit-il à l’entremetteuse qui venait d’entrer.—«Mais oui, c’est justement ce que je me disais. Comme ils sont sages! Voilà! on vient maintenant pour causer chez moi. Le Prince le disait, l’autre jour, c’est bien mieux ici que chez sa femme. Il paraît que maintenant dans le monde elles ont toutes un genre, c’est un vrai scandale! Je vous quitte, je suis discrète.» Et elle laissa Swann avec la fille qui avait les yeux bleus. Mais bientôt il se leva et lui dit adieu, elle lui était indifférente, elle ne connaissait pas Odette.
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0113 Sometimes he repaired to ‘gay’ houses
Marcel Proust
"Remembrance of Things Past" (In Search of Lost Time),
translated by C. K. Scott Moncrieff (1889-1930)
Sometimes he repaired to ‘gay’ houses, hoping to learn something about Odette, although he dared not mention her name. “I have a little thing here, you’re sure to like,” the ‘manageress’ would greet him, and he would stay for an hour or so, talking dolefully to some poor girl who sat there astonished that he went no further. One of them, who was still quite young and attractive, said to him once, “Of course, what I should like would be to find a real friend, then he might be quite certain, I should never go with any other men again.” “Indeed, do you think it possible for a woman really to be touched by a man’s being in love with her, and never to be unfaithful to him?” asked Swann anxiously. “Why, surely! It all depends on their characters!” Swann could not help making the same remarks to these girls as would have delighted the Princesse des Laumes. To the one who was in search of a friend he said, with a smile: “But how nice of you, you’ve put on blue eyes, to go with your sash.” “And you too, you’ve got blue cuffs on.” “What a charming conversation we are having, for a place of this sort! I’m not boring you, am I; or keeping you?” “No, I’ve nothing to do, thank you. If you bored me I should say so. But I love hearing you talk.” “I am highly flattered.... Aren’t we behaving prettily?” he asked the ‘manageress,’ who had just looked in. “Why, yes, that’s just what I was saying to myself, how sensibly they’re behaving! But that’s how it is! People come to my house now, just to talk. The Prince was telling me, only the other day, that he’s far more comfortable here than with his wife. It seems that, nowadays, all the society ladies are like that; a perfect scandal, I call it. But I’ll leave you in peace now, I know when I’m not wanted,” she ended discreetly, and left Swann with the girl who had the blue eyes. But presently he rose and said good-bye to her. She had ceased to interest him. She did not know Odette.