0078 En somme la vie qu’on menait chez les Verdurin
Mais, comme les vertus qu’il attribuait tantôt encore aux Verdurin, n’auraient pas suffi, même s’ils les avaient vraiment possédées, mais s’ils n’avaient pas favorisé et protégé son amour, à provoquer chez Swann cette ivresse où il s’attendrissait sur leur magnanimité et qui, même propagée à travers d’autres personnes, ne pouvait lui venir que d’Odette,—de même, l’immoralité, eût-elle été réelle, qu’il trouvait aujourd’hui aux Verdurin aurait été impuissante, s’ils n’avaient pas invité Odette avec Forcheville et sans lui, à déchaîner son indignation et à lui faire flétrir «leur infamie». Et sans doute la voix de Swann était plus clairvoyante que lui-même, quand elle se refusait à prononcer ces mots pleins de dégoût pour le milieu Verdurin et de la joie d’en avoir fini avec lui, autrement que sur un ton factice et comme s’ils étaient choisis plutôt pour assouvir sa colère que pour exprimer sa pensée. Celle-ci, en effet, pendant qu’il se livrait à ces invectives, était probablement, sans qu’il s’en aperçût, occupée d’un objet tout à fait différent, car une fois arrivé chez lui, à peine eut-il refermé la porte cochère, que brusquement il se frappa le front, et, la faisant rouvrir, ressortit en s’écriant d’une voix naturelle cette fois: «Je crois que j’ai trouvé le moyen de me faire inviter demain au dîner de Chatou!» Mais le moyen devait être mauvais, car Swann ne fut pas invité: le docteur Cottard qui, appelé en province pour un cas grave, n’avait pas vu les Verdurin depuis plusieurs jours et n’avait pu aller à Chatou, dit, le lendemain de ce dîner, en se mettant à table chez eux:
—«Mais, est-ce que nous ne venons pas M. Swann, ce soir? Il est bien ce qu’on appelle un ami personnel du...»
—«Mais j’espère bien que non! s’écria Mme Verdurin, Dieu nous en préserve, il est assommant, bête et mal élevé.»
Cottard à ces mots manifesta en même temps son étonnement et sa soumission, comme devant une vérité contraire à tout ce qu’il avait cru jusque-là, mais d’une évidence irrésistible; et, baissant d’un air ému et peureux son nez dans son assiette, il se contenta de répondre: «Ah!-ah!-ah!-ah!-ah!» en traversant à reculons, dans sa retraite repliée en bon ordre jusqu’au fond de lui-même, le long d’une gamme descendante, tout le registre de sa voix. Et il ne fut plus question de Swann chez les Verdurin.
Mais les actrices pressenties pour le rôle disparaissent tour à tour...
Production : Films7.com
Réalisation : Paul Robin (ESRA)
Concept & Scénario : AK (Films7.com)
Directeur photo et électro : Stéphanie Arbogast (ESRA)
Ingénieur du son et assistant : Eder Urrejola (ESRA)
CAST :
Maud Bettina-marie
Ben Caloone
Virginie Caloone
Mélody Garotin
Elodie Godart
Sébastien Gonthier






