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0028 Tandis que je lisais au jardin
—«Peut-être, peut-être (ce qui signifiait peut-être non)» disait Françoise pour ne pas écarter définitivement la possibilité d’une alternative plus favorable.
—«Tiens, disait ma tante en se frappant le front, cela me fait penser que je n’ai point su si elle était arrivée à l’église après l’élévation. Il faudra que je pense à le demander à Eulalie... Françoise, regardez-moi ce nuage noir derrière le clocher et ce mauvais soleil sur les ardoises, bien sûr que la journée ne se passera pas sans pluie. Ce n’était pas possible que ça reste comme ça, il faisait trop chaud. Et le plus tôt sera le mieux, car tant que l’orage n’aura pas éclaté, mon eau de Vichy ne descendra pas, ajoutait ma tante dans l’esprit de qui le désir de hâter la descente de l’eau de Vichy l’emportait infiniment sur la crainte de voir Mme Goupil gâter sa robe.»
—«Peut-être, peut-être.»
—«Et c’est que, quand il pleut sur la place, il n’y a pas grand abri.»
—«Comment, trois heures? s’écriait tout à coup ma tante en pâlissant, mais alors les vêpres sont commencées, j’ai oublié ma pepsine! Je comprends maintenant pourquoi mon eau de Vichy me restait sur l’estomac.»
Et se précipitant sur un livre de messe relié en velours violet, monté d’or, et d’où, dans sa hâte, elle laissait s’échapper de ces images, bordées d’un bandeau de dentelle de papier jaunissante, qui marquent les pages des fêtes, ma tante, tout en avalant ses gouttes commençait à lire au plus vite les textes sacrés dont l’intelligence lui était légèrement obscurcie par l’incertitude de savoir si, prise aussi longtemps après l’eau de Vichy, la pepsine serait encore capable de la rattraper et de la faire descendre. «Trois heures, c’est incroyable ce que le temps passe!»
Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle: c’était la pluie.
—«Eh bien! Françoise, qu’est-ce que je disais? Ce que cela tombe! Mais je crois que j’ai entendu le grelot de la porte du jardin, allez donc voir qui est-ce qui peut être dehors par un temps pareil.»
Françoise revenait:
—«C’est Mme Amédée (ma grand’mère) qui a dit qu’elle allait faire un tour. Ça pleut pourtant fort.»
—Cela ne me surprend point, disait ma tante en levant les yeux au ciel. J’ai toujours dit qu’elle n’avait point l’esprit fait comme tout le monde. J’aime mieux que ce soit elle que moi qui soit dehors en ce moment.
—Mme Amédée, c’est toujours tout l’extrême des autres, disait Françoise avec douceur, réservant pour le moment où elle serait seule avec les autres domestiques, de dire qu’elle croyait ma grand’mère un peu «piquée».
—Voilà le salut passé! Eulalie ne viendra plus, soupirait ma tante; ce sera le temps qui lui aura fait peur.»
—«Mais il n’est pas cinq heures, madame Octave, il n’est que quatre heures et demie.»
—Que quatre heures et demie? et j’ai été obligée de relever les petits rideaux pour avoir un méchant rayon de jour. A quatre heures et demie! Huit jours avant les Rogations! Ah! ma pauvre Françoise, il faut que le bon Dieu soit bien en colère après nous. Aussi, le monde d’aujourd’hui en fait trop! Comme disait mon pauvre Octave, on a trop oublié le bon Dieu et il se venge.
Une vive rougeur animait les joues de ma tante, c’était Eulalie. Malheureusement, à peine venait-elle d’être introduite que Françoise rentrait et avec un sourire qui avait pour but de se mettre elle-même à l’unisson de la joie qu’elle ne doutait pas que ses paroles allaient causer à ma tante, articulant les syllabes pour montrer que, malgré l’emploi du style indirect, elle rapportait, en bonne domestique, les paroles mêmes dont avait daigné se servir le visiteur:
—«M. le Curé serait enchanté, ravi, si Madame Octave ne repose pas et pouvait le recevoir. M. le Curé ne veut pas déranger. M. le Curé est en bas, j’y ai dit d’entrer dans la salle.»
En réalité, les visites du curé ne faisaient pas à ma tante un aussi grand plaisir que le supposait Françoise et l’air de jubilation dont celle-ci croyait devoir pavoiser son visage chaque fois qu’elle avait à l’annoncer ne répondait pas entièrement au sentiment de la malade. Le curé (excellent homme avec qui je regrette de ne pas avoir causé davantage, car s’il n’entendait rien aux arts, il connaissait beaucoup d’étymologies), habitué à donner aux visiteurs de marque des renseignements sur l’église (il avait même l’intention d’écrire un livre sur la paroisse de Combray), la fatiguait par des explications infinies et d’ailleurs toujours les mêmes. Mais quand elle arrivait ainsi juste en même temps que celle d’Eulalie, sa visite devenait franchement désagréable à ma tante. Elle eût mieux aimé bien profiter d’Eulalie et ne pas avoir tout le monde à la fois. Mais elle n’osait pas ne pas recevoir le curé et faisait seulement signe à Eulalie de ne pas s’en aller en même temps que lui, qu’elle la garderait un peu seule quand il serait parti.
—«Monsieur le Curé, qu’est-ce que l’on me disait, qu’il y a un artiste qui a installé son chevalet dans votre église pour copier un vitrail. Je peux dire que je suis arrivée à mon âge sans avoir jamais entendu parler d’une chose pareille! Qu’est-ce que le monde aujourd’hui va donc chercher! Et ce qu’il y a de plus vilain dans l’église!»
—«Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est ce qu’il y a de plus vilain, car s’il y a à Saint-Hilaire des parties qui méritent d’être visitées, il y en a d’autres qui sont bien vieilles, dans ma pauvre basilique, la seule de tout le diocèse qu’on n’ait même pas restaurée! Mon dieu, le porche est sale et antique, mais enfin d’un caractère majestueux; passe même pour les tapisseries d’Esther dont personnellement je ne donnerais pas deux sous, mais qui sont placées par les connaisseurs tout de suite après celles de Sens. Je reconnais d’ailleurs, qu’à côté de certains détails un peu réalistes, elles en présentent d’autres qui témoignent d’un véritable esprit d’observation. Mais qu’on ne vienne pas me parler des vitraux. Cela a-t-il du bon sens de laisser des fenêtres qui ne donnent pas de jour et trompent même la vue par ces reflets d’une couleur que je ne saurais définir, dans une église où il n’y a pas deux dalles qui soient au même niveau et qu’on se refuse à me remplacer sous prétexte que ce sont les tombes des abbés de Combray et des seigneurs de Guermantes, les anciens comtes de Brabant. Les ancêtres directs du duc de Guermantes d’aujourd’hui et aussi de la Duchesse puisqu’elle est une demoiselle de Guermantes qui a épousé son cousin.» (Ma grand’mère qui à force de se désintéresser des personnes finissait par confondre tous les noms, chaque fois qu’on prononçait celui de la Duchesse de Guermantes prétendait que ce devait être une parente de Mme de Villeparisis. Tout le monde éclatait de rire; elle tâchait de se défendre en alléguant une certaine lettre de faire part: «Il me semblait me rappeler qu’il y avait du Guermantes là-dedans.» Et pour une fois j’étais avec les autres contre elle, ne pouvant admettre qu’il y eût un lien entre son amie de pension et la descendante de Geneviève de Brabant.)—«Voyez Roussainville, ce n’est plus aujourd’hui qu’une paroisse de fermiers, quoique dans l’antiquité cette localité ait dû un grand essor au commerce de chapeaux de feutre et des pendules. (Je ne suis pas certain de l’étymologie de Roussainville. Je croirais volontiers que le nom primitif était Rouville (Radulfi villa) comme Châteauroux (Castrum Radulfi) mais je vous parlerai de cela une autre fois. Hé bien! l’église a des vitraux superbes, presque tous modernes, et cette imposante Entrée de Louis-Philippe à Combray qui serait mieux à sa place à Combray même, et qui vaut, dit-on, la fameuse verrière de Chartres. Je voyais même hier le frère du docteur Percepied qui est amateur et qui la regarde comme d’un plus beau travail.
«Mais, comme je le lui disais, à cet artiste qui semble du reste très poli, qui est paraît-il, un véritable virtuose du pinceau, que lui trouvez-vous donc d’extraordinaire à ce vitrail, qui est encore un peu plus sombre que les autres?»
—«Je suis sûre que si vous le demandiez à Monseigneur, disait mollement ma tante qui commençait à penser qu’elle allait être fatiguée, il ne vous refuserait pas un vitrail neuf.»
—«Comptez-y, madame Octave, répondait le curé. Mais c’est justement Monseigneur qui a attaché le grelot à cette malheureuse verrière en prouvant qu’elle représente Gilbert le Mauvais, sire de Guermantes, le descendant direct de Geneviève de Brabant qui était une demoiselle de Guermantes, recevant l’absolution de Saint-Hilaire.»
—«Mais je ne vois pas où est Saint-Hilaire?
—«Mais si, dans le coin du vitrail vous n’avez jamais remarqué une dame en robe jaune? Hé bien! c’est Saint-Hilaire qu’on appelle aussi, vous le savez, dans certaines provinces, Saint-Illiers, Saint-Hélier, et même, dans le Jura, Saint-Ylie. Ces diverses corruptions de sanctus Hilarius ne sont pas du reste les plus curieuses de celles qui se sont produites dans les noms des bienheureux. Ainsi votre patronne, ma bonne Eulalie, sancta Eulalia, savez-vous ce qu’elle est devenue en Bourgogne? Saint-Eloi tout simplement: elle est devenue un saint. Voyez-vous, Eulalie, qu’après votre mort on fasse de vous un homme?»—«Monsieur le Curé a toujours le mot pour rigoler.»—«Le frère de Gilbert, Charles le Bègue, prince pieux mais qui, ayant perdu de bonne heure son père, Pépin l’Insensé, mort des suites de sa maladie mentale, exerçait le pouvoir suprême avec toute la présomption d’une jeunesse à qui la discipline a manqué; dès que la figure d’un particulier ne lui revenait pas dans une ville, il y faisait massacrer jusqu’au dernier habitant. Gilbert voulant se venger de Charles fit brûler l’église de Combray, la primitive église alors, celle que Théodebert, en quittant avec sa cour la maison de campagne qu’il avait près d’ici, à Thiberzy (Theodeberciacus), pour aller combattre les Burgondes, avait promis de bâtir au-dessus du tombeau de Saint-Hilaire, si le Bienheureux lui procurait la victoire. Il n’en reste que la crypte où Théodore a dû vous faire descendre, puisque Gilbert brûla le reste. Ensuite il défit l’infortuné Charles avec l’aide de Guillaume Le Conquérant (le curé prononçait Guilôme), ce qui fait que beaucoup d’Anglais viennent pour visiter. Mais il ne semble pas avoir su se concilier la sympathie des habitants de Combray, car ceux-ci se ruèrent sur lui à la sortie de la messe et lui tranchèrent la tête. Du reste Théodore prête un petit livre qui donne les explications.
«Mais ce qui est incontestablement le plus curieux dans notre église, c’est le point de vue qu’on a du clocher et qui est grandiose. Certainement, pour vous qui n’êtes pas très forte, je ne vous conseillerais pas de monter nos quatre-vingt-dix-sept marches, juste la moitié du célèbre dôme de Milan. Il y a de quoi fatiguer une personne bien portante, d’autant plus qu’on monte plié en deux si on ne veut pas se casser la tête, et on ramasse avec ses effets toutes les toiles d’araignées de l’escalier. En tous cas il faudrait bien vous couvrir, ajoutait-il (sans apercevoir l’indignation que causait à ma tante l’idée qu’elle fût capable de monter dans le clocher), car il fait un de ces courants d’air une fois arrivé là-haut! Certaines personnes affirment y avoir ressenti le froid de la mort. N’importe, le dimanche il y a toujours des sociétés qui viennent même de très loin pour admirer la beauté du panorama et qui s’en retournent enchantées. Tenez, dimanche prochain, si le temps se maintient, vous trouveriez certainement du monde, comme ce sont les Rogations. Il faut avouer du reste qu’on jouit de là d’un coup d’œil féerique, avec des sortes d’échappées sur la plaine qui ont un cachet tout particulier. Quand le temps est clair on peut distinguer jusqu’à Verneuil. Surtout on embrasse à la fois des choses qu’on ne peut voir habituellement que l’une sans l’autre, comme le cours de la Vivonne et les fossés de Saint-Assise-lès-Combray, dont elle est séparée par un rideau de grands arbres, ou encore comme les différents canaux de Jouy-le-Vicomte (Gaudiacus vice comitis comme vous savez). Chaque fois que je suis allé à Jouy-le-Vicomte, j’ai bien vu un bout du canal, puis quand j’avais tourné une rue j’en voyais un autre, mais alors je ne voyais plus le précédent. J’avais beau les mettre ensemble par la pensée, cela ne me faisait pas grand effet. Du clocher de Saint-Hilaire c’est autre chose, c’est tout un réseau où la localité est prise. Seulement on ne distingue pas d’eau, on dirait de grandes fentes qui coupent si bien la ville en quartiers, qu’elle est comme une brioche dont les morceaux tiennent ensemble mais sont déjà découpés. Il faudrait pour bien faire être à la fois dans le clocher de Saint-Hilaire et à Jouy-le-Vicomte.»
Le curé avait tellement fatigué ma tante qu’à peine était-il parti, elle était obligée de renvoyer Eulalie.
—«Tenez, ma pauvre Eulalie, disait-elle d’une voix faible, en tirant une pièce d’une petite bourse qu’elle avait à portée de sa main, voilà pour que vous ne m’oubliiez pas dans vos prières.»
—«Ah! mais, madame Octave, je ne sais pas si je dois, vous savez bien que ce n’est pas pour cela que je viens!» disait Eulalie avec la même hésitation et le même embarras, chaque fois, que si c’était la première, et avec une apparence de mécontentement qui égayait ma tante mais ne lui déplaisait pas, car si un jour Eulalie, en prenant la pièce, avait un air un peu moins contrarié que de coutume, ma tante disait:
—«Je ne sais pas ce qu’avait Eulalie; je lui ai pourtant donné la même chose que d’habitude, elle n’avait pas l’air contente.»
—Je crois qu’elle n’a pourtant pas à se plaindre, soupirait Françoise, qui avait une tendance à considérer comme de la menue monnaie tout ce que lui donnait ma tante pour elle ou pour ses enfants, et comme des trésors follement gaspillés pour une ingrate les piécettes mises chaque dimanche dans la main d’Eulalie, mais si discrètement que Françoise n’arrivait jamais à les voir. Ce n’est pas que l’argent que ma tante donnait à Eulalie, Françoise l’eût voulu pour elle. Elle jouissait suffisamment de ce que ma tante possédait, sachant que les richesses de la maîtresse du même coup élèvent et embellissent aux yeux de tous sa servante; et qu’elle, Françoise, était insigne et glorifiée dans Combray, Jouy-le-Vicomte et autres lieux, pour les nombreuses fermes de ma tante, les visites fréquentes et prolongées du curé, le nombre singulier des bouteilles d’eau de Vichy consommées. Elle n’était avare que pour ma tante; si elle avait géré sa fortune, ce qui eût été son rêve, elle l’aurait préservée des entreprises d’autrui avec une férocité maternelle. Elle n’aurait pourtant pas trouvé grand mal à ce que ma tante, qu’elle savait incurablement généreuse, se fût laissée aller à donner, si au moins ç’avait été à des riches. Peut-être pensait-elle que ceux-là, n’ayant pas besoin des cadeaux de ma tante, ne pouvaient être soupçonnés de l’aimer à cause d’eux. D’ailleurs offerts à des personnes d’une grande position de fortune, à Mme Sazerat, à M. Swann, à M. Legrandin, à Mme Goupil, à des personnes «de même rang» que ma tante et qui «allaient bien ensemble», ils lui apparaissaient comme faisant partie des usages de cette vie étrange et brillante des gens riches qui chassent, se donnent des bals, se font des visites et qu’elle admirait en souriant. Mais il n’en allait plus de même si les bénéficiaires de la générosité de ma tante étaient de ceux que Françoise appelait «des gens comme moi, des gens qui ne sont pas plus que moi» et qui étaient ceux qu’elle méprisait le plus à moins qu’ils ne l’appelassent «Madame Françoise» et ne se considérassent comme étant «moins qu’elle». Et quand elle vit que, malgré ses conseils, ma tante n’en faisait qu’à sa tête et jetait l’argent—Françoise le croyait du moins—pour des créatures indignes, elle commença à trouver bien petits les dons que ma tante lui faisait en comparaison des sommes imaginaires prodiguées à Eulalie. Il n’y avait pas dans les environs de Combray de ferme si conséquente que Françoise ne supposât qu’Eulalie eût pu facilement l’acheter, avec tout ce que lui rapporteraient ses visites. Il est vrai qu’Eulalie faisait la même estimation des richesses immenses et cachées de Françoise. Habituellement, quand Eulalie était partie, Françoise prophétisait sans bienveillance sur son compte. Elle la haïssait, mais elle la craignait et se croyait tenue, quand elle était là, à lui faire «bon visage». Elle se rattrapait après son départ, sans la nommer jamais à vrai dire, mais en proférant des oracles sibyllins, des sentences d’un caractère général telles que celles de l’Ecclésiaste, mais dont l’application ne pouvait échapper à ma tante. Après avoir regardé par le coin du rideau si Eulalie avait refermé la porte: «Les personnes flatteuses savent se faire bien venir et ramasser les pépettes; mais patience, le bon Dieu les punit toutes par un beau jour», disait-elle, avec le regard latéral et l’insinuation de Joas pensant exclusivement à Athalie quand il dit:
Le bonheur des méchants comme un torrent s’écoule.
Mais quand le curé était venu aussi et que sa visite interminable avait épuisé les forces de ma tante, Françoise sortait de la chambre derrière Eulalie et disait:
—«Madame Octave, je vous laisse reposer, vous avez l’air beaucoup fatiguée.»
Et ma tante ne répondait même pas, exhalant un soupir qui semblait devoir être le dernier, les yeux clos, comme morte. Mais à peine Françoise était-elle descendue que quatre coups donnés avec la plus grande violence retentissaient dans la maison et ma tante, dressée sur son lit, criait:
—«Est-ce qu’Eulalie est déjà partie? Croyez-vous que j’ai oublié de lui demander si Mme Goupil était arrivée à la messe avant l’élévation! Courez vite après elle!»
Mais Françoise revenait n’ayant pu rattraper Eulalie.
—«C’est contrariant, disait ma tante en hochant la tête. La seule chose importante que j’avais à lui demander!»
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0028 While I was reading in the garden
Marcel Proust
"Remembrance of Things Past" (In Search of Lost Time),
translated by C. K. Scott Moncrieff (1889-1930)
While I was reading in the garden, a thing my great-aunt would never have understood my doing save on a Sunday, that being the day on which it was unlawful to indulge in any serious occupation, and on which she herself would lay aside her sewing (on a week-day she would have said, “How you can go on amusing yourself with a book; it isn’t Sunday, you know!” putting into the word ‘amusing’ an implication of childishness and waste of time), my aunt Léonie would be gossiping with Françoise until it was time for Eulalie to arrive. She would tell her that she had just seen Mme. Goupil go by “without an umbrella, in the silk dress she had made for her the other day at Châteaudun. If she has far to go before vespers, she may get it properly soaked.”
“Very likely” (which meant also “very likely not”) was the answer, for Françoise did not wish definitely to exclude the possibility of a happier alternative.
“There, now,” went on my aunt, beating her brow, “that reminds me that I never heard if she got to church this morning before the Elevation. I must remember to ask Eulalie... Françoise, just look at that black cloud behind the steeple, and how poor the light is on the slates, you may be certain it will rain before the day is out. It couldn’t possibly keep on like this, it’s been too hot. And the sooner the better, for until the storm breaks my Vichy water won’t ‘go down,’” she concluded, since, in her mind, the desire to accelerate the digestion of her Vichy water was of infinitely greater importance than her fear of seeing Mme. Goupil’s new dress ruined.
“Very likely.”
“And you know that when it rains in the Square there’s none too much shelter.” Suddenly my aunt turned pale. “What, three o’clock!” she exclaimed. “But vespers will have begun already, and I’ve forgotten my pepsin! Now I know why that Vichy water has been lying on my stomach.” And falling precipitately upon a prayer-book bound in purple velvet, with gilt clasps, out of which in her haste she let fall a shower of the little pictures, each in a lace fringe of yellowish paper, which she used to mark the places of the greater feasts of the church, my aunt, while she swallowed her drops, began at full speed to mutter the words of the sacred text, its meaning being slightly clouded in her brain by the uncertainty whether the pepsin, when taken so long after the Vichy, would still be able to overtake it and to ‘send it down.’ “Three o’clock! It’s unbelievable how time flies.”
A little tap at the window, as though some missile had struck it, followed by a plentiful, falling sound, as light, though, as if a shower of sand were being sprinkled from a window overhead; then the fall spread, took on an order, a rhythm, became liquid, loud, drumming, musical, innumerable, universal. It was the rain.
“There, Françoise, what did I tell you? How it’s coming down! But I think I heard the bell at the garden gate: go along and see who can be outside in this weather.”
Françoise went and returned. “It’s Mme. Amédée” (my grandmother). “She said she was going for a walk. It’s raining hard, all the same.”
“I’m not at all surprised,” said my aunt, looking up towards the sky. “I’ve always said that she was not in the least like other people. Well, I’m glad it’s she and not myself who’s outside in all this.”
“Mme. Amédée is always the exact opposite of the rest,” said Françoise, not unkindly, refraining until she should be alone with the other servants from stating her belief that my grandmother was ‘a bit off her head.’
“There’s Benediction over! Eulalie will never come now,” sighed my aunt. “It will be the weather that’s frightened her away.”
“But it’s not five o’clock yet, Mme. Octave, it’s only half-past four.”
“Only half-past four! And here am I, obliged to draw back the small curtains, just to get a tiny streak of daylight. At half-past four! Only a week before the Rogation-days. Ah, my poor Françoise, the dear Lord must be sorely vexed with us. The world is going too far in these days. As my poor Octave used to say, we have forgotten God too often, and He is taking vengeance upon us.”
A bright flush animated my aunt’s cheeks; it was Eulalie. As ill luck would have it, scarcely had she been admitted to the presence when Françoise reappeared and, with a smile which was meant to indicate her full participation in the pleasure which, she had no doubt, her tidings would give my aunt, articulating each syllable so as to shew that, in spite of her having to translate them into indirect speech, she was repeating, as a good servant should, the very words which the new visitor had condescended to use, said: “His reverence the Curé would be delighted, enchanted, if Mme. Octave is not resting just now, and could see him. His reverence does not wish to disturb Mme. Octave. His reverence is downstairs; I told him to go into the parlour.”
Had the truth been known, the Curé‘s visits gave my aunt no such ecstatic pleasure as Françoise supposed, and the air of jubilation with which she felt bound to illuminate her face whenever she had to announce his arrival, did not altogether correspond to what was felt by her invalid. The Curé (an excellent man, with whom I am sorry now that I did not converse more often, for, even if he cared nothing for the arts, he knew a great many etymologies), being in the habit of shewing distinguished visitors over his church (he had even planned to compile a history of the Parish of Com-bray), used to weary her with his endless explanations, which, incidentally, never varied in the least degree. But when his visit synchronized exactly with Eulalie’s it became frankly distasteful to my aunt. She would have preferred to make the most of Eulalie, and not to have had the whole of her circle about her at one time. But she dared not send the Curé away, and had to content herself with making a sign to Eulalie not to leave when he did, so that she might have her to herself for a little after he had gone.
“What is this I have been hearing, Father, that a painter has set up his easel in your church, and is copying one of the windows? Old as I am, I can safely say that I have never even heard of such a thing in all my life! What is the world coming to next, I wonder! And the ugliest thing in the whole church, too.”
“I will not go so far as to say that it is quite the ugliest, for, although there are certain things in Saint-Hilaire which are well worth a visit, there are others that are very old now, in my poor basilica, the only one in all the diocese that has never even been restored. The Lord knows, our porch is dirty and out of date; still, it is of a majestic character; take, for instance, the Esther tapestries, though personally I would not give a brass farthing for the pair of them, but experts put them next after the ones at Sens. I can quite see, too, that apart from certain details which are—well, a trifle realistic, they shew features which testify to a genuine power of observation. But don’t talk to me about the windows. Is it common sense, I ask you, to leave up windows which shut out all the daylight, and even confuse the eyes by throwing patches of colour, to which I should be hard put to it to give a name, on a floor in which there are not two slabs on the same level? And yet they refuse to renew the floor for me because, if you please, those are the tombstones of the Abbots of Combray and the Lords of Guermantes, the old Counts, you know, of Brabant, direct ancestors of the present Duc de Guermantes, and of his Duchesse also, since she was a lady of the Guermantes family, and married her cousin.” (My grandmother, whose steady refusal to take any interest in ‘persons’ had ended in her confusing all their names and titles, whenever anyone mentioned the Duchesse de Guermantes used to make out that she must be related to Mme. de Villeparisis. The whole family would then burst out laughing; and she would attempt to justify herself by harking back to some invitation to a christening or funeral: “I feel sure that there was a Guermantes in it somewhere.” And for once I would side with the others, and against her, refusing to admit that there could be any connection between her school-friend and the descendant of Geneviève de Brabant.)
“Look at Roussainville,” the Curé went on. “It is nothing more nowadays than a parish of farmers, though in olden times the place must have had a considerable importance from its trade in felt hats and clocks. (I am not certain, by the way, of the etymology of Roussainville. I should dearly like to think that the name was originally Rouville, from Radulfi villa, analogous, don’t you see, to Châteauroux, Castrum Radulfi, but we will talk about that some other time.) Very well; the church there has superb windows, almost all quite modern, including that most imposing ‘Entry of Louis-Philippe into Combray’ which would be more in keeping, surely, at Combray itself, and which is every bit as good, I understand, as the famous^windows at Chartres. Only yesterday I met Dr. Percepied’s brother, who goes in for these things, and he told me that he looked upon it as a most beautiful piece of work. But, as I said to this artist, who, by the way, seems to be a most civil fellow, and is a regular virtuoso, it appears, with his brush; what on earth, I said to him, do you find so extraordinary in this window, which is, if anything, a little dingier than the rest?”
“I am sure that if you were to ask his Lordship,” said my aunt in a resigned tone, for she had begun to feel that she was going to be ‘tired,’ “he would never refuse you a new window.”
“You may depend upon it, Mme. Octave,” replied the Curé. “Why, it was just his Lordship himself who started the outcry about the window, by proving that it represented Gilbert the Bad, a Lord of Guermantes and a direct descendant of Geneviève de Brabant, who was a daughter of the House of Guermantes, receiving absolution from Saint Hilaire.”
“But I don’t see where Saint Hilaire comes in.”
“Why yes, have you never noticed, in the corner of the window, a lady in a yellow robe? Very well, that is Saint Hilaire, who is also known, you will remember, in certain parts of the country as Saint Illiers, Saint Hèlier, and even, in the Jura, Saint Ylie. But these various corruptions of Sanctus Hilarius are by no means the most curious that have occurred in the names of the blessed Saints. Take, for example, my good Eulalie, the case of your own patron, Sancta Eulalia; do you know what she has become in Burgundy? Saint Eloi, nothing more nor less! The lady has become a gentleman. Do you hear that, Eulalie, after you are dead they will make a man of you!”
“Father will always have his joke.”
“Gilbert’s brother, Charles the Stammerer, was a pious prince, but, having early in life lost his father, Pepin the Mad, who died as a result of his mental infirmity, he wielded the supreme power with all the arrogance of a man who has not been subjected to discipline in his youth, so much so that, whenever he saw a man in a town whose face he did not remember, he would massacre the whole place, to the last inhabitant. Gilbert, wishing to be avenged on Charles, caused the church at Combray to be burned down, the original church, that was, which Théodebert, when he and his court left the country residence he had near here, at Thiberzy (which is, of course, Theodeberiacus), to go out and fight the Burgundians, had promised to build over the tomb of Saint Hilaire if the Saint brought him; victory. Nothing remains of it now but the crypt, into which Théodore has probably taken you, for Gilbert burned all the rest. Finally, he defeated the unlucky Charles with the aid of William” which the Curé pronounced “Will’am” “the Conqueror, which is why so many English still come to visit the place. But he does not appear to have managed to win the affection of the people of Combray, for they fell upon him as he was coming out from mass, and cut off his head. Théodore has a little book, that he lends people, which tells you the whole story.
“But what is unquestionably the most remarkable thing about our church is the view from the belfry, which is full of grandeur. Certainly in your case, since you are not very strong, I should never recommend you: to climb our seven and ninety steps, just half the number they have in the famous cathedral at Milan. It is quite tiring enough for the most active person, especially as you have to go on your hands and knees, if you don’t wish to crack your skull, and you collect all the cobwebs off the staircase upon your clothes. In any case you should be well wrapped up,” he went on, without noticing my aunt’s fury at the mere suggestion that she could ever, possibly, be capable of climbing into his belfry, “for there’s a strong breeze there, once you get to the top. Some people even assure me that they have felt the chill of death up there. No matter, on Sundays there are always clubs and societies, who come, some of them, long distances to admire our beautiful panorama, and they always go home charmed. Wait now, next Sunday, if the weather holds, you will be sure to find a lot of people there, for Rogation-tide. You must admit, certainly, that the view from up there is like a fairy-tale, with what you might call vistas along the plain, which have quite a special charm of their own. On a clear day you can see as far as Verneuil. And then another thing; you can see at the same time places which you are in the habit of seeing one without the other, as, for instance, the course of the Vivonne and the ditches at Saint-Assise-lès-Combray, which are separated, really, by a screen of tall trees; or, to take another example, there are all the canals at Jouy-le-Vicomte, which is Gaudiacus vicecomitis, as of course you know. Each time that I have been to Jouy I have seen a bit of a canal in one place, and then I have turned a corner and seen another, but when I saw the second I could no longer see the first. I tried in vain to imagine how they lay by one another; it was no good. But, from the top of Saint-Hilaire, it’s quite another matter; the whole countryside is spread out before you like a map. Only, you cannot make out the water; you would say that there were great rifts in the town, slicing it up so neatly that it looks like a loaf of bread which still holds together after it has been cut up. To get it all quite perfect you would have to be in both places at once; up here on the top of Saint-Hilaire and down there at Jouy-le-Vicomte.”
The Curé had so much exhausted my aunt that no sooner had he gone than she was obliged to send away Eulalie also.
“Here, my poor Eulalie,” she said in a feeble voice, drawing a coin from a small purse which lay ready to her hand. “This is just something so that you shall not forget me in your prayers.”
“Oh, but, Mme. Octave, I don’t think I ought to; you know very well that I don’t come here for that!” So Eulalie would answer, with the same hesitation and the same embarrassment, every Sunday, as though each temptation were the first, and with a look of displeasure which enlivened my aunt and never offended her, for if it so happened that Eulalie, when she took the money, looked a little less sulky than usual, my aunt would remark afterwards, “I cannot think what has come over Eulalie; I gave her just the trifle I always give, and she did not look at all pleased.”
“I don’t think she has very much to complain of, all the same,” Françoise would sigh grimly, for she had a tendency to regard as petty cash all that my aunt might give her for herself or her children, and as treasure riotously squandered on a pampered and ungrateful darling the little coins slipped, Sunday by Sunday, into Eulalie’s hand, but so discreetly passed that Françoise never managed to see them. It was not that she wanted to have for herself the money my aunt bestowed on Eulalie. She already enjoyed a sufficiency of all that my aunt possessed, in the knowledge that the wealth of the mistress automatically ennobled and glorified the maid in the eyes of the world; and that she herself was conspicuous and worthy to be praised throughout Combray, Jouy-le-Vicomte, and other cities of men, on account of my aunt’s many farms, her frequent and prolonged visits from the Curé, and the astonishing number of bottles of Vichy water which she consumed. Françoise was avaricious only for my aunt; had she had control over my aunt’s fortune (which would have more than satisfied her highest ambition) she would have guarded it from the assaults of strangers with a maternal ferocity. She would, however, have seen no great harm in what my aunt, whom she knew to be incurably generous, allowed herself to give away, had she given only to those who were already rich. Perhaps she felt that such persons, not being actually in need of my aunt’s presents, could not be suspected of simulating affection for her on that account. Besides, presents offered to persons of great wealth and position, such as Mme. Sazerat, M. Swann, M. Legrandin and Mme. Goupil, to persons of the ‘same class’ as my aunt, and who would naturally ‘mix with her,’ seemed to Françoise to be included among the ornamental customs of that strange and brilliant life led by rich people, who hunted and shot, gave balls and paid visits, a life which she would contemplate with an admiring smile. But it was by no means the same thing if, for this princely exchange of courtesies, my aunt substituted mere charity, if her beneficiaries were of the class which Françoise would label “people like myself,” or “people no better than myself,” people whom she despised even more if they did not address her always as “Mme. Françoise,” just to shew that they considered themselves to be ‘not as good.’ And when she saw that, despite all her warnings, my aunt continued to do exactly as she pleased, and to fling money away with both hands (or so, at least, Françoise believed) on undeserving objects, she began to find that the presents she herself received from my aunt were very tiny compared to the imaginary riches squandered upon Eulalie, There was not, in the neighbourhood of Combray, a farm of such prosperity and importance that Françoise doubted Eulalie’s ability to buy it, without thinking twice, out of the capital which her visits to my aunt had ‘brought in.’ It must be added that Eulalie had formed an exactly similar estimate of the vast and secret hoards of Françoise. So, every Sunday, after Eulalie had gone, Françoise would mercilessly prophesy her coming downfall. She hated Eulalie, but was at the same time afraid of her, and so felt bound, when Eulalie was there, to ‘look pleasant.’ But she would make up for that after the other’s departure; never, it is true, alluding to her by name, bul hinting at her in Sibylline oracles, or in utterances of a comprehensive character, like those of Ecclesiastes, the Preacher, but so worded that their special application could not escape my aunt. After peering out at the side of the curtain to see whether Eulalie had shut the front-door behind her; “Flatterers know how to make themselves welcome, and to gather up the crumbs; but have patience, have patience; our God is a jealous God, and one fine day He will be avenged upon them!” she would declaim, with the sidelong, insinuating glance of Joash, thinking of Athaliah alone when he says that the
prosperity
Of wicked men runs like a torrent past,
And soon is spent.
But on this memorable afternoon, when the Curé had come as well, and by his interminable visit had drained my aunt’s strength, Françoise followed Eulalie from the room, saying: “Mme. Octave, I will leave you to rest; you look utterly tired out.”
And my aunt answered her not a word, breathing a sigh so faint that it seemed it must prove her last, and lying there with closed eyes, as though already dead. But hardly had Françoise arrived downstairs, when four peals of a bell, pulled with the utmost violence, reverberated through the house, and my aunt, sitting erect upon her bed, called out: “Has Eulalie gone yet? Would you believe it; I forgot to ask her whether Mme. Goupil arrived in church before the Elevation. Run after her, quick!”
But Françoise returned alone, having failed to overtake Eulalie. “It is most provoking,” said my aunt, shaking her head. “The one important thing that I had to ask her.”