L'obsédé et son vice - PROUST - RENE GIRARD - ESPACE DU DESIR ET ESPACE ROMANESQUE


"...des tirades enflammées qu’il entamait souvent contre l’aristocratie, la vie mondaine, le snobisme, «certainement le péché auquel pense saint Paul quand il parle du péché pour lequel il n’y a pas de rémission.»"

(Du côté de chez swann, 0020 - M. Legrandin)

"Et certes cela ne veut pas dire que M. Legrandin ne fût pas sincère quand il tonnait contre les snobs.

Il ne pouvait pas savoir, au moins par lui-même, qu’il le fût, puisque nous ne connaissons jamais que les passions des autres, et que ce que nous arrivons à savoir des nôtres, ce n’est que d’eux que nous avons pu l’apprendre.

Sur nous, elles n’agissent que d’une façon seconde, par l’imagination qui substitue aux premiers mobiles des mobiles de relais qui sont plus décents."

(Du côté de chez swann, 0033 Legrandin saint Sébastien du snobisme)

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René Girard:

"L'espace du désir est "euclidien". Nous croyons toujours nous mouvoir en ligne droite vers l'objet de nos désirs et de nos haines.

L'espace romanesque est "einsteinien". Le romancier nous montre que la ligne droite est en réalité un cercle qui nous ramène invinciblement sur nous-même.

...

L'obsédé ressemble à une place forte encerclée par l'ennemi. Il est réduit à ses propres ressources.

Legrandin stigmatise éloquemment le snobisme, Bloch vitupère l'arrivisme et Charlus l'homosexualité.

Chacun ne parle jamais que de son propre vice.

...

Ce sont toujours les plus malades qu'obsède la maladie des Autres."

(René Girard, Mensonge romantique et vérité romanesque, pages 91-92)