HOHENSTAUFEN L'ANTECHRIST

"Frédéric II [Hohenstaufen] se soumit à son destin, même lorsque celui-ci lui ordonna de prendre le visage de l'Antéchrist.

Les événements antérieurs furent dès lors marqués par cette disposition à assumer la fatalité, et même à en être l'artisan et à lui obéir consciemment, en toute lucidité.

Bien que totalement sûr, écrit Frédéric en ces années, qu'Innocent s'opposerait à lui comme n'importe quel autre, il s'était efforcé de l'élever sur le trône pontifical lorsque celui-ci s'était trouvé vacant.

Et pourquoi ?

"Nous l'avons fait pour que notre main trouve quelqu'un qu'elle puisse vaincre ou, si les destins se montraient plus favorables, qu'elle puisse aimer!"

Cela veut dire: travailler soi-même à son mystérieux destin les yeux ouverts, se créer son propre ennemi uniquement parce que son propre fatum l'exige.

C'est le fatalisme clairvoyant de l'homme d'action, une survivance des âges héroïques."

(KANTOROWICZ, L'Empereur Frédéric II, Les Deux Corps du Roi, Essai sur la théologie politique au Moyen Age, IX: L'Antéchrist, pages 561-562)