CRASSUS & POMPEE
"Crassus avait du chagrin des succès de Pompée à la guerre, du triomphe qu'il avait remporté avant même de faire partie du Sénat, et du surnom de Magnus, c'est-à-dire Grand, que les citoyens lui donnèrent :
une fois même, entendant dire à quelqu'un que Pompée le Grand arrivait, il demanda en riant : "Quelle taille a-t-il ?"
Enfin, désespérant de l'égaler sur le terrain des armes, il s'insinua dans la politique; et par son empressement, ses plaidoyers, ses prêts, l'assistance et le concours offert à ceux qui sollicitaient une faveur du peuple, il s'acquit une influence et une réputation comparables à celles que Pompée tenait de ses grandes et nombreuses campagnes.
Et il leur arrivait une aventure singulière: Pompée absent avait plus de renom et d'autorité dans la Ville à cause de ses expéditions : présent, au contraire, il en avait souvent moins que Crassus;
car, dans sa hauteur et son affectation de dignité, il fuyait la foule, s'écartait du Forum, ne rendait service qu'à un petit nombre de solliciteurs, et sans grand zèle : il entendait ainsi garder son crédit intact pour en disposer à son profit exclusif.
Crassus, au contraire, était d'une utilité permanente; loin de se montrer rarement et de se laisser à peine approcher, il se démenait toujours en pleine activité officieuse; et, par sa bonhomie et son affabilité, il dominait la majesté de Pompée.
(Plutarque, Vies Parallèles, Vie de Crassus, Traduction B. Latzarus p. 47 - 48)

