0216 Quand Gilberte qui d’habitude donnait ses goûters
Quand Gilberte qui d’habitude donnait ses goûters le jour où recevait sa mère, devait au contraire être absente et qu’à cause de cela je pouvais aller au «Choufleury» de Mme Swann, je la trouvais vêtue de quelque belle robe, certaines en taffetas, d’autres en faille, ou en velours, ou en crêpe de Chine, ou en satin, ou en soie, et qui non point lâches comme les déshabillés qu’elle revêtait ordinairement à la maison, mais combinées comme pour la sortie au dehors, donnaient cet après-midi-là à son oisiveté chez elle quelque chose d’alerte et d’agissant. Et sans doute la simplicité hardie de leur coupe, était bien appropriée à sa taille et à ses mouvements dont les manches avaient l’air d’être la couleur, changeante selon les jours; on aurait dit qu’il y avait soudain de la décision dans le velours bleu, une humeur facile dans le taffetas blanc, et qu’une sorte de réserve suprême et pleine de distinction dans la façon d’avancer le bras avait, pour devenir visible, revêtu l’apparence brillante du sourire des grands sacrifices, du crêpe de Chine noir. Mais en même temps à ces robes si vives, la complication des «garnitures» sans utilité pratique, sans raison d’être visible, ajoutait quelque chose de désintéressé, de pensif, de secret, qui s’accordait à la mélancolie que Mme Swann gardait toujours au moins dans la cernure de ses yeux et les phalanges de ses mains. Sous la profusion des porte-bonheur en saphir, des trèfles à quatre feuilles d’émail, des médailles d’argent, des médaillons d’or, des amulettes de turquoise, des chaînettes de rubis, des châtaignes de topaze, il y avait dans la robe elle-même tel dessin colorié poursuivant sur un empiècement rapporté son existence antérieure, telle rangée de petits boutons de satin qui ne boutonnaient rien et ne pouvaient pas se déboutonner, une soutache cherchant à faire plaisir avec la minutie, la discrétion d’un rappel délicat, lesquels, tout autant que les bijoux, avaient l’air — n’ayant sans cela aucune justification possible — de déceler une intention, d’être un gage de tendresse, de retenir une confidence, de répondre à une superstition, de garder le souvenir d’une guérison, d’un vu, d’un amour ou d’une philippine. Et parfois, dans le velours bleu du corsage un soupçon de crevé Henri II, dans la robe de satin noir un léger renflement qui soit aux manches, près des épaules, faisaient penser aux «gigots» 1830, soit, au contraire sous la jupe «aux paniers» Louis XV, donnaient à la robe un air imperceptible d’être un costume et en insinuant sous la vie présente comme une réminiscence indiscernable du passé, mêlaient à la personne de Mme Swann le charme de certaines héroïnes historiques ou romanesques. Et si je lui faisais remarquer: «Je ne joue pas au golf comme plusieurs de mes amies, disait-elle. Je n’aurais aucune excuse à être comme elles, vêtues de Swetters.»
Reply
DERNIERS BILLETS :
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bouc emissaire
carla bruni-sarkozy
carnet
celine
chateaubriand
cinema
classiques
de gaulle
desir
education sentimentale
femme
flaubert
free audiobook
gerard philippe
histoire
humour
illusions perdues
laclos
langage
leitmotiv proust
les liaisons dangereuses
litterature
luchini
madame bovary
mensonge
mlle vinteuil
montherlant
morel
mort
musique
musset
paul valery
people
perspective
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
proust et le roman
racine
regard
rene girard
romantiques
sadisme
scenario
seduction
sexe
societe
SPLENDEURS ET MISERES DES COURTISANES
strategie
theatre
tragedie
vice
video
violence
wagner
DERNIERES VIDEOS
- THE DUBLINERS - Fiddlers green - Barney Mckenna - LIVE
- ORSON WELLES - JAMES STEWART - DEAN MARTIN : Men's Hair Salon
- JACQUES ROZIER - ADIEU PHILIPPINE : PROMENADE
- JACQUES ROZIER - ADIEU PHILIPPINE : DANSE
- LE VIEIL HOMME ET L'ENFANT
- THE DUBLINERS - I WISH I HAD SOMEONE TO LOVE ME - Barney Mckenna - LIVE
- MARGUERITE GUERIN - CASTING - Tu vois pas que je suis en train de me noyer ?
- QUE JE TE COUCHE DANS MON LIT - MARGUERITE GUERIN
- JOHNNY HALLYDAY DANS UN FAUTEUIL ROULANT - BUSculades
- AURELIA M - C'est comme l'amour, quoi...
- FLORENCE LEON - VIEWS OF TAO - CONCERT 2 OCTOBRE SENTIER DES HALLES PARIS
- JON VICKERS - WAGNER - PARSIFAL - Ja, Wehe! Weh' über mich! - Mein Vater
- JON VICKERS - WAGNER - PARSIFAL - END
- RAMON VINAY - WAGNER - TRISTAN UND ISOLDE - TRISTAN'S DEATH - 1958 - LEONARD BERNSTEIN
- JON VICKERS - WAGNER - TRISTAN UND ISOLDE - TRISTAN'S DEATH - 1973 KARL BOHM - ORANGE
- MARLON BRANDO - MARC ANTONY'S SPEECH - JULIUS CAESAR - SHAKESPEARE
- YUKIO MISHIMA - TRIBUTE
- COLOMBE SCHNECK - VAL DE GRACE - Rencontre avec Colombe Schneck - Michel Field
- NINO ROTA - 8½ theme FELLINI
- DARK EYES - NIKITA MIKHALKOV - MARCELLO MASTROIANNI 1987 - OCI CIORNIE - LES YEUX NOIRS
TAGS VIDEOS
musique videos realisateurs tags video au hasard opera chefs d'orchestre classique pop rock comique acteurs actrices chanteurs chanteuses musique de film chanson française courts métrages femmes interviews histoire du cinéma casting concerts danse dessins animes wagner blondes sexe stars hollywood television humour amour citations de films chanson youtube animaux anthologie photo seduction meilleurs films grandes repliques love story

