0188 Mon Dieu, mais comme votre présence élève le niveau
«Mon Dieu, mais comme votre présence élève le niveau de la conversation! me dit comme pour s’excuser auprès de Bergotte, Swann qui avait pris dans le milieu Guermantes l’habitude de recevoir les grands artistes comme de bons amis à qui on cherche seulement à faire manger les plats qu’ils aiment, jouer aux jeux ou, à la campagne, se livrer aux sports qui leur plaisent. «Il me semble que nous parlons bien d’art», ajouta-t-il. — «C’est très bien, j’aime beaucoup ça», dit Mme Swann en me jetant un regard reconnaissant, par bonté et aussi parce qu’elle avait gardé ses anciennes aspirations vers une conversation plus intellectuelle. Ce fut ensuite à d’autres personnes, à Gilberte en particulier que parla Bergotte. J’avais dit à celui-ci tout ce que je ressentais avec une liberté qui m’avait étonné et qui tenait à ce qu’ayant pris avec lui, depuis des années (au cours de tant d’heures de solitude et de lecture, où il n’était pour moi que la meilleure partie de moi-même), l’habitude de la sincérité, de la franchise, de la confiance, il m’intimidait moins qu’une personne avec qui j’aurais causé pour la première fois. Et cependant pour la même raison j’étais fort inquiet de l’impression que j’avais dû produire sur lui, le mépris que j’avais supposé qu’il aurait pour mes idées ne datant pas d’aujourd’hui, mais des temps déjà anciens où j’avais commencé à lire ses livres, dans notre jardin de Combray. J’aurais peut-être dû pourtant me dire que puisque c’était sincèrement, en m’abandonnant à ma pensée, que d’une part j’avais tant sympathisé avec l’uvre de Bergotte et que, d’autre part, j’avais éprouvé au théâtre un désappointement dont je ne connaissais pas les raisons, ces deux mouvements instinctifs qui m’avaient entraîné ne devaient pas être si différents l’un de l’autre, mais obéir aux mêmes lois; et que cet esprit de Bergotte, que j’avais aimé dans ses livres ne devait pas être quelque chose d’entièrement étranger et hostile à ma déception et à mon incapacité de l’exprimer. Car mon intelligence devait être une, et peut-être même n’en existe-t-il qu’une seule dont tout le monde est co-locataire, une intelligence sur laquelle chacun, du fond de son corps particulier porte ses regards, comme au théâtre, où si chacun a sa place, en revanche, il n’y a qu’une seule scène. Sans doute, les idées que j’avais le goût de chercher à démêler, n’étaient pas celles qu’approfondissait d’ordinaire Bergotte dans ses livres. Mais si c’était la même intelligence que nous avions lui et moi à notre disposition, il devait, en me les entendant exprimer, se les rappeler, les aimer, leur sourire, gardant probablement, malgré ce que je supposais, devant son il intérieur, tout une autre partie de l’intelligence que celle dont une découpure avait passé dans ses livres et d’après laquelle j’avais imaginé tout son univers mental. De même que les prêtres, ayant la plus grande expérience du cur, peuvent le mieux pardonner aux péchés qu’ils ne commettent pas, de même le génie ayant la plus grande expérience de l’intelligence peut le mieux comprendre les idées qui sont le plus opposées à celles qui forment le fond de ses propres uvres. J’aurais dû me dire tout cela (qui d’ailleurs n’a rien de très agréable, car la bienveillance des hauts esprits a pour corollaire l’incompréhension et l’hostilité des médiocres; or, on est beaucoup moins heureux de l’amabilité d’un grand écrivain qu’on trouve à la rigueur dans ses livres qu’on ne souffre de l’hostilité d’une femme qu’on n’a pas choisie pour son intelligence, mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer). J’aurais dû me dire tout cela, mais ne me le disais pas, j’étais persuadé que j’avais paru stupide à Bergotte, quand Gilberte me chuchota à l’oreille:
— «Je nage dans la joie, parce que vous avez fait la conquête de mon grand ami Bergotte. Il a dit à maman qu’il vous avait trouvé extrêmement intelligent.»
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MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
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