0069 Comme tout ce qui environnait Odette et n’était en quelque sorte que le mode selon lequel il pouvait la voir
Et comme les qualités qu’il croyait intrinsèques aux Verdurin n’étaient que le reflet sur eux de plaisirs qu’avait goûtés chez eux son amour pour Odette, ces qualités devenaient plus sérieuses, plus profondes, plus vitales, quand ces plaisirs l’étaient aussi. Comme Mme Verdurin donnait parfois à Swann ce qui seul pouvait constituer pour lui le bonheur; comme, tel soir où il se sentait anxieux parce qu’Odette avait causé avec un invité plus qu’avec un autre, et où, irrité contre elle, il ne voulait pas prendre l’initiative de lui demander si elle reviendrait avec lui, Mme Verdurin lui apportait la paix et la joie en disant spontanément: «Odette, vous allez ramener M. Swann, n’est-ce pas»? comme cet été qui venait et où il s’était d’abord demandé avec inquiétude si Odette ne s’absenterait pas sans lui, s’il pourrait continuer à la voir tous les jours, Mme Verdurin allait les inviter à le passer tous deux chez elle à la campagne,—Swann laissant à son insu la reconnaissance et l’intérêt s’infiltrer dans son intelligence et influer sur ses idées, allait jusqu’à proclamer que Mme Verdurin était une grande âme. De quelques gens exquis ou éminents que tel de ses anciens camarades de l’école du Louvre lui parlât: «Je préfère cent fois les Verdurin, lui répondait-il.» Et, avec une solennité qui était nouvelle chez lui: «Ce sont des êtres magnanimes, et la magnanimité est, au fond, la seule chose qui importe et qui distingue ici-bas. Vois-tu, il n’y a que deux classes d’êtres: les magnanimes et les autres; et je suis arrivé à un âge où il faut prendre parti, décider une fois pour toutes qui on veut aimer et qui on veut dédaigner, se tenir à ceux qu’on aime et, pour réparer le temps qu’on a gâché avec les autres, ne plus les quitter jusqu’à sa mort. Eh bien! ajoutait-il avec cette légère émotion qu’on éprouve quand même sans bien s’en rendre compte, on dit une chose non parce qu’elle est vraie, mais parce qu’on a plaisir à la dire et qu’on l’écoute dans sa propre voix comme si elle venait d’ailleurs que de nous-mêmes, le sort en est jeté, j’ai choisi d’aimer les seuls cœurs magnanimes et de ne plus vivre que dans la magnanimité. Tu me demandes si Mme Verdurin est véritablement intelligente. Je t’assure qu’elle m’a donné les preuves d’une noblesse de cœur, d’une hauteur d’âme où, que veux-tu, on n’atteint pas sans une hauteur égale de pensée. Certes elle a la profonde intelligence des arts. Mais ce n’est peut-être pas là qu’elle est le plus admirable; et telle petite action ingénieusement, exquisement bonne, qu’elle a accomplie pour moi, telle géniale attention, tel geste familièrement sublime, révèlent une compréhension plus profonde de l’existence que tous les traités de philosophie.»
Reply
DERNIERS BILLETS :
TAGS
DERNIERES VIDEOS
- Wagner - Parsifal Act III Mittag - Syberberg 1982 Film
- MONTEVERDI - ORFEO - SAVALL
- MONTEVERDI - VESPRO DELLA BEATA VERGINE - GLORIA - GARDINER Basilica di San Marco, Venice
- IRINA - OMRI BEN-CANAAN - DELPHINE CHANEAC - RICHARD CHEVALLIER
- LA FILLE - LE MALE APPETIT
- KUBRICK - BARRY LYNDON - MUSIC : Thierry Mutin - The Sketch of Love
- RITA HAYWORTH - LEONTYNE PRICE - LIEBESTOD - ISOLDE - WAGNER
- RITA HAYWORTH - YOU EXCITE ME - AM I EXCITING YOU ? - Tonight and Every Night - Jack Cole
- DELALANDE - TIMBALES et TROMPETTES pour VERSAILLES
- CORELLI : LA FOLLIA
- LULLY - TE DEUM DU ROI
- LULLY - Las Folias de España
- Pierre Desproges - Apprenons à vaincre la mort avec un marteau - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
- Pierre Desproges - Apprenons à pratiquer l'interruption volontaire de vieillesse - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
- Pierre Desproges - Autopsions la pucelle inflammable - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
- Pierre Desproges - Commémorons n'importe quoi - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
- Pierre Desproges - Evitons de sombrer dans l'antinazisme primaire - La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
- LOUIS DE FUNES - GAGS
- SPRINGSTEEN - SANDY GIRL 4th Of July, Asbury Park - PASSAIC 78
- BRUCE SPRINGSTEEN - BACKSTREETS - Drive All Night - SAD EYES - PASSAIC 1978

