1332 - Sans doute, puisque j’avais des doutes sur la vie, sur la mort d’Albertine
Sans doute, puisque j’avais des doutes sur la vie, sur la mort d’Albertine, j’aurais dû depuis bien longtemps me livrer à des enquêtes, mais la même fatigue, la même lâcheté qui m’avaient fait me soumettre à Albertine quand elle était là, m’empêchaient de rien entreprendre depuis que je ne la voyais plus. Et pourtant de la faiblesse traînée pendant des années un éclair d’énergie surgit parfois. Je me décidai à cette enquête, au moins toute naturelle. On eût dit qu’il n’y eût rien eu d’autre dans toute la vie d’Albertine. Je me demandais qui je pourrais bien envoyer tenter une enquête sur place, à Balbec. Aimé me parut bien choisi. Outre qu’il connaissait admirablement les lieux, il appartenait à cette catégorie de gens du peuple soucieux de leur intérêt, fidèles à ceux qu’ils servent, indifférents à toute espèce de morale et dont--parce que, si nous les payons bien, dans leur obéissance à notre volonté ils suppriment tout ce qui l’entraverait d’une manière ou de l’autre, se montrant aussi incapables d’indiscrétion, de mollesse ou d’improbité que dépourvus de scrupules--nous disons : « Ce sont de braves gens. » En ceux-là nous pouvons avoir une confiance absolue. Quand Aimé fut parti, je pensai combien il eût mieux valu que ce qu’il allait essayer d’apprendre là-bas, je pusse le demander maintenant à Albertine elle-même. Et aussitôt l’idée de cette question que j’aurais voulu, qu’il me semblait que j’allais lui poser, ayant amené Albertine à mon côté--non grâce à un effort de résurrection mais comme par le hasard d’une de ces rencontres qui, comme cela se passe dans les photographies qui ne sont pas « posées », dans les instantanés, laissent toujours la personne plus vivante--en même temps que j’imaginais notre conversation j’en sentais l’impossibilité ; je venais d’aborder par une nouvelle face cette idée qu’Albertine était morte, Albertine qui m’inspirait cette tendresse qu’on a pour les absentes dont la vue ne vient pas rectifier l’image embellie, inspirant aussi la tristesse que cette absence fût éternelle et que la pauvre petite fût privée à jamais de la douceur de la vie. Et aussitôt, par un brusque déplacement, de la torture de la jalousie je passais au désespoir de la séparation.
Reply
PROUST
MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU - DU COTE DE CHEZ SWANN (COMBRAY - UN AMOUR DE SWANN - NOMS DE PAYS : LE NOM) - A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS (AUTOUR DE Mme SWANN - NOMS DE PAYS : LE PAYS) - LE COTE DE GUERMANTES - SODOME ET GOMORRHE - LA PRISONNIERE - ALBERTINE DISPARUE - LE TEMPS RETROUVE
DERNIERS BILLETS :
TAGS
albertine
amour
audiobook
balzac
bossuet
carnet
cinema
classiques
discours histoire universelle
femme
flaubert
histoire
langage
leitmotiv proust
litterature
montherlant
musique
nuage de tags
paul valery
photographie
politique
proust
Proust citation et contexte
psychologie
rene girard
sexe
style
theatre
tragedie
video
FILMS7
- FEMINISME, SEXUALITE ET DESIR - NATACHA POLONY
- Elle était jeune et belle, Comme de bien entendu - elle se regala en le faisant cocu - Arletty - Michel Simon - Jean Boyer
- OFFENBACH - ORPHEE AUX ENFERS - Marc Minkowski, les Musiciens du Louvre, Anne Sofie von Otter
- French Cancan 1954 Moulin Rouge - Jean Renoir
- COUP DE POKER Cinq femmes, une partie de poker, un mot de trop... cartes sur table - Caroline Guivarch, Julie Bataille
- CHRISTELLE PICOT - LECTRICE VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT - DIRECT8
- O Lord, increase my Faith - ORLANDO GIBBONS - Cappella Enrico Stuart - THE ORATORY SINGERS - Peter Litman
- STEPHANIE D'OUSTRAC & VERONIQUE GENS : Enfin, il est en ma puissance, Ce fatal ennemi - ARMIDE - LULLY
- Natalie Dessay : Les oiseaux dans la charmille - CONTES D'HOFFMANN - OFFENBACH
- Anne Sophie von Otter - Stephanie d'Oustrac : Barcarolle - Les Contes d'Hoffmann OFFENBACH
- Expo Nathalie Rheims - Gerard Rancinan et Virginie Luc
- ANNE SOFIE VON OTTER - OFFENBACH Pourvu que ce soit bon - LA VIE PARISIENNE
- GERARD PHILIPE - JEAN DESCHAMPS - LA MORT DE LORENZACCIO - MUSSET
- LA CHASSE AUX LOUPS
- SPEM IN ALIUM - TALLIS - 40 part motet
- GLENN GOULD : SO YOU WANT TO WRITE A FUGUE ?
- Orlando Gibbons - Madrigals - The silver swan - The Hilliard Ensemble
- Orlando Gibbons - GLENN GOULD
- WILLIAM BYRD - Galliard No.6 - GLENN GOULD
- HIGHWAYMEN - LIVING LEGEND



