1148 - Parfois l’écriture où je déchiffrais les mensonges d’Albertine

Parfois l’écriture où je déchiffrais les mensonges d’Albertine, sans être idéographique, avait simplement besoin d’être lue à rebours ; c’est ainsi que ce soir elle m’avait lancé d’un air négligent ce message destiné à passer presque inaperçu : « Il serait possible que j’aille demain chez les Verdurin, je ne sais pas du tout si j’irai, je n’en ai guère envie. » Anagramme enfantin de cet aveu : « J’irai demain chez les Verdurin, c’est absolument certain, car j’y attache une extrême importance. » Cette hésitation apparente signifiait une volonté arrêtée et avait pour but de diminuer l’importance de la visite tout en me l’annonçant. Albertine employait toujours le ton dubitatif pour les résolutions irrévocables. La mienne ne l’était pas moins. Je m’arrangeai pour que la visite à Mlle Verdurin n’eût pas lieu. La jalousie n’est souvent qu’un inquiet besoin de tyrannie appliqué aux choses de l’amour. J’avais sans doute hérité de mon père ce brusque désir arbitraire de menacer les êtres que j’aimais le plus dans les espérances dont ils se berçaient avec une sécurité que je voulais leur montrer trompeuse ; quand je voyais qu’Albertine avait combiné à mon insu, en se cachant de moi, le plan d’une sortie que j’eusse fait tout au monde pour lui rendre plus facile et plus agréable si elle m’en avait fait le confident, je disais négligemment, pour la faire trembler, que je comptais sortir ce jour-là.



Reply

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
  • Lines and paragraphs break automatically.

More information about formatting options

CAPTCHA
This question is for testing whether you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.

DERNIERS BILLETS :

dès qu’on s’approche des êtres, des existences, les étiquettes et les compartiments faits d’avance sont trop simples
Tout bon raisonnement offense - Stendhal, Barthes anarchiste conservateur, Sollers
Crime de bestialité (PINK PANTHER & Cicciolina - KOONS - VERSAILLES)
Proust face caméra : l’heure de la mort (Dans quelques minutes... - Eric Challier - Cedric le Coadou)
SCENARIO ALBERTINE : un mois de la vie d'une femme - Recherche témoignages - FILMS7.COM
Eve-Norah Pauset : TEMPS ET RECIT CHEZ GUSTAV MAHLER : UNE LECTURE CROISÉE DE THEODOR W. ADORNO ET PAUL RICOEUR
ALBERTINE : Ah ! si j’avais trois cent mille francs de rente...
ALBERTINE : VIVRE SA VIE
SARA FORESTIER : si j'étais un livre, je serais A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU
MARCEL PROUST - DOCUMENTAIRE VIDEO
PATRICIA PETIBON : Livre culte ? A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust
Le narrateur qui eût pu me parler d’Albertine
LA CONFESSION D'UNE JEUNE FILLE - PROUST - SARA FORESTIER - PATRICK MILLE
Ne pas laisser voir que c’était à la recherche de la Vérité que je partais
SANIETTE et les bonnes grâces du petit noyau Verdurin
La conviction crée l’évidence : des millions d'univers s’éveillent tous les matins
La conviction crée l’évidence : la jeune beauté, "vieille rombière de 80 ans"
La conviction crée l’évidence : Charlus vieux coureur de femmes, ses pantalons jaunes dans la "pistière"
Restaurant FLICOTEAUX - Pain à discrétion - BALZAC ILLUSIONS PERDUES
Héraclite, l'insulteur de la foule, qui parle par énigmes