0829 - Je repris la file des visiteurs qui entraient dans l’hôteL

Je repris la file des visiteurs qui entraient dans l’hôtel. «Est-ce qu’il y a longtemps que vous avez vu ma délicieuse cousine Oriane?» me demanda la Princesse qui avait depuis peu déserté son fauteuil à l’entrée, et avec qui je retournais dans les salons. «Elle doit venir ce soir, je l’ai vue cet après-midi, ajouta la maîtresse de maison. Elle me l’a promis. Je crois du reste que vous dînez avec nous deux chez la reine d’Italie, à l’ambassade, jeudi. Il y aura toutes les Altesses possibles, ce sera très intimidant.» Elles ne pouvaient nullement intimider la princesse de Guermantes, de laquelle les salons en foisonnaient et qui disait: «Mes petits Cobourg» comme elle eût dit: «Mes petits chiens». Aussi, Mme de Guermantes dit-elle: «Ce sera très intimidant», par simple bêtise, qui, chez les gens du monde, l’emporte encore sur la vanité. A l’égard de sa propre généalogie, elle en savait moins qu’un agrégé d’histoire. Pour ce qui concernait ses relations, elle tenait à montrer qu’elle connaissait les surnoms qu’on leur avait donnés. M’ayant demandé si je dînais la semaine suivante chez la marquise de la Pommelière, qu’on appelait souvent «la Pomme», la Princesse, ayant obtenu de moi une réponse négative, se tut pendant quelques instants. Puis, sans aucune autre raison qu’un étalage voulu d’érudition involontaire, de banalité et de conformité à l’esprit général, elle ajouta: «C’est une assez agréable femme, la Pomme!»


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